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Réseau mondial de la corruption

Karim Felli

7 Avril 2016 1:25 pm

 
Évasion fiscale: politiques, hommes d’affaires, sportifs, la liste des «Panama Papers» s’allonge. Douze chefs d’Etat ou de gouvernement et 128 dirigeants politiques et hauts fonctionnaires sont cités par l’enquête sur les «Panama Papers», des révélations par des médias du monde entier sur ces pratiques fiscales opaques au Panama. Une enquête internationale coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) a révélé, dimanche, des avoirs dans les paradis fiscaux de 140 responsables politiques ou personnalités de premier plan. Celles-ci ont fait enregistrer des sociétés offshore dans un paradis fiscal, et le soupçon de fraude fiscale est important. L’enquête porte sur environ 11,5 millions de documents provenant du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca entre 1977 et 2015, regroupés sous la dénomination « Panama papers ». Discrétion des grands médias, rareté des noms de personnalités et entreprises américaines. Comment s’explique la quasi-absence des États-Unis dans les révélations des Panama Papers ?
Ce scandale planétaire a deux dimensions. La première est médiatique : le “New York Times”, le “Washington Post”, le “Wall Street Journal” et Bloomberg n’ont pas été associés au travail de l’lCIJ, le consortium de journalistes ayant coordonné l’enquête sur les 11,5 millions de documents. Les seuls médias américains ayant participé, dont certains sont d’ailleurs excellents, n’ont pas la même notoriété que ces quatre géants : il s’agit de quotidiens de la chaîne de journaux McClatchy, du network latino Univision et de son site en ligne Fusion, qui a produit un travail remarquable sur ce dossier.Une première hypothèse serait que les “grands journaux” auraient décidé de s’abstenir, vu le peu de noms américains célèbres impliqués. D’abord, cela n’est pas encore certain, bien d’autres révélations étant attendues dans les jours et semaines à venir ; ensuite, on a du mal à imaginer les grands organes de presse américains, qui ont beaucoup enquêté sur l’évasion fiscale ces dernières années, décliner de participer à une enquête mondiale de cette ampleur.
C’est le nom d’Alaa Moubarak, fils du président déchu Hosni Moubarak, qui est listé pour représenter l’Égypte dans cette première vague de fuites. Avec son frère Gamal, ils ont été condamnés à trois ans de prison en 2015 pour avoir gaspillé des millions de dollars de l’argent public pour financer la rénovation de plusieurs palais. Ils ont été libérés en octobre 2015.Selon les Panama Papers, Alaa détenait une compagnie aux Iles vierges Britanniques, nommée Pan World Investments Inc. gérée par le Crédit Suisse. En 2011, lorsque Hosni Moubarak a laissé le pouvoir, les autorités des Iles vierges Britanniques ont demandé à Mossack Fonesca de geler les comptes de la compagnie en question, pour se conformer à la loi européenne. En 2013, Mossack Fonesca a dû payer une amende de 37 500 dollars pour ne pas avoir bien vérifié l’identité d4Alaa Moubarak, un client considéré à haut risque.Davantage de détails sur le compte en Suisse lié à la compagnie pourraient filtrer, mais ce que l’on sait actuellement est que le gouvernement Suisse a également gelé un compte lié à l’entreprise du Alaa. Jusqu’à l’heure de la publication de cet article, aucun des pays concernés n’a réagi ou commenté  les faits dévoilés.
12 chefs d’Etat et de gouvernement, dont six en activité apparaissent dans ces documents. Le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson est soupçonné d’avoir dissimulé avec son épouse des millions de dollars aux Iles vierges britanniques. Deux des principaux membres de son gouvernement et le chef de son parti ont eu également des liens avec des sociétés dans des paradis fiscaux sans l’avoir déclaré publiquement, continue le quotidien.
Sont également cités par l’enquête de l’ICIJ BidzinaIvanishvili, ancien Premier ministre géorgien, Ayad Allawi, ancien vice-président irakien, Ali Aboul-Ragheb, ancien Premier ministre jordanien ; mais aussi l’ancien Premier ministre et l’ancien émir du Qatar Hamad ben Jassim ben Jaber Al Thani et Cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, l’ancien président soudanais Ahmad Ali al-Mirghani, l’ancien Premier ministre ukrainien Pavlo Lazarenko. Toujours selon cette enquête internationale, une soixantaine de personnalités proches de dirigeants est impliquée. Il s’agit notamment de Mounir Majidi, secrétaire particulier du roi du Maroc Mohammed VI, ou Daniel Muñoz, ancien conseiller et confident des anciens présidents argentins Néstor puis Cristina Kirchner.
Ainsi que Gianni Infantino, président de la FIFA, le fameux joueur Lionel Messi, Michel Platini, et plusieurs d’autres fameux sportifs sont cité dans les “Panama Papers”.Alors que le procès contre Lionel Messi et son père Jorge pour évasion fiscale en Espagne s’ouvre le 31 mai, les nouvelles révélations des Panama Papers viennent compliquer leur situation.
Le quotidien français Le Monde, un des participants à l’opération de l’ICIJ, a mis en cause l’entourage de Marine Le Pen, la présidente du Front national, un des principaux partis politiques français.Selon le journal, ces proches de Mme Le Pen ont utilisé des sociétés-écrans et des fausses factures pour sortir de l’argent de France. L’un d’entre eux, Frédéric Chatillon, avait pris les devants lundi et affirmait avoir «mis à disposition de ces deux journalistes les documents prouvant la parfaite légalité» des opérations le concernant.
Des proches de très hauts dirigeants chinois, dont le président Xi Jinping, ont aussi possédé dans des paradis fiscaux des sociétés écrans propres à dissimuler leur fortune. Au moins huit membres, anciens ou actuels, du tout-puissant comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois figurent parmi les responsables politiques identifiés dans cette enquête.Li Xiaolin, la fille de l’ancien Premier ministre chinois Li Peng, apparaît dans ces documents.
En Europe, le nom du père (décédé) du Premier ministre britannique David Cameron, l’épouse du commissaire européen au climat Micaela Domecq Solis Beaumont ou la sœur de l’ancien roi d’Espagne Pilar de Borbon font partie des noms cités dans cette vaste enquête journalistique.La plus grande fuite de documents dans l’histoire, la « fuite du siècle » c’est en ces termes qu’est  décrite la fuite des documents de la compagnie Mossack Fonseca, derrière  l’affaire Panama Papers ou Panamaleaks, comme préfèrent l’appeler certains. Des dizaines de personnalités politiques, dont de nombreux actuels et anciens chefs d’État sont impliqués.
Certains se sont réjouis de la fuite, dont le président français François Hollande qui est allé même à offrir la protection aux personnes l’ayant réalisée, alors que bien d’autres ont parlé de complot comme c’est le cas de la  Russie dont le président Vladimir Poutine est listé avec une affaire de 2 milliards de dollars par le biais de ses proches amis.La région de l’Afrique du Nord n’a pas été épargnée par ce tsunami de documents, dont le nombre est estimé à 11,5 millions.