Dernières nouvelles

Périple asiatique du président El-Sissi 

7 Septembre 2015 3:32 pm

Lors d’une interview accordée à une agence de presse asiatique, le président Al-Sissi a fait valoir que l’Egypte est un Etat civil, et qu’il y a un besoin actuel de redoubler d’efforts pour lutter contre les idéologies extrémistes telles que celles prônées par l’Etat islamique, qui tire parti de problèmes économiques et sociaux de la jeunesse au chômage.
C’est dans ce contexte que le chef de l’Etat a effectué cette semaine une tournée asiatique l’ayant mené au Singapour, en Chine et en Indonésie.
Ce périple s’inscrit dans le cadre de l’attachement du président El-Sissi à créer un réseau des relations étrangères soutenant les positions de l’Egypte quant aux différents évènements régionaux.
 
Le président Abdel Fattah El-Sissi a invité lundi le président singapourien Tony Tan et son Premier ministre Lee Hsien Loong à se rendre en Egypte.
Les présidents singapourien et égyptien se sont rencontrés lundi au palais présidentiel de Singapour, à Istana, suivie d’une réunion des délégations des deux pays pour discuter des questions régionales, y compris la lutte contre le terrorisme, ainsi que les moyens de renforcer les relations bilatérales.
 Sissi a également rencontré le Premier ministre de Singapour pour explorer les moyens de coopération dans les domaines de l’énergie, de l’eau, l’enseignement technique, l’investissement et les ports maritimes.
 Le président égyptien avait commencé sa tournée dimanche par une visite à la plus grande centrale de dessalement de Singapour.
La visite de l’usine est venue avec la signature d’un protocole d’entente (PE) entre le chef de l’Autorité du Canal de Suez, Mohab Mamiche, et Olivia Lum, PDG de la société Singapourienne, Hyflux Ltd, avec El-Sissi présent.
Le protocole d’entente a été signé pour le dessalement et des projets de production d’électricité en Egypte.
Dans un discours public, Al-Sissi a souligné la solidité des relations bilatérales entre l’Egypte et Singapour datant de 1965, l’Egypte a été le premier Etat arabe à soutenir l’indépendance de ce dernier.
“Vous avez développé votre pays et êtes devenu un modèle en Asie du Sud. Nous avons commencé la mise en œuvre de notre plan de développement aussi bien, avec la réforme visant à attirer les investissements étrangers, améliorer l’éducation et la promotion de nouvelles technologies », a déclaré Al-Sissi.
 
Visite en Chine
 
Le président chinois Xi Jinping a rencontré son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi mercredi dernier à Beijing, en mettant l’accent sur la coopération bilatérale.
Le partenariat sino-égyptien est fort, a dit Xi à Sissi, qui était à Beijing pour assister à des événements marquant le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Il a déclaré que les deux pays ont coopéré dans de nombreux secteurs, avec des échanges étroits entre les autorités locales et en sciences humaines et de l’armée. Ils ont également maintenu une coordination étroite dans les affaires régionales et internationales.
La Chine et l’Egypte devraient poursuivre les échanges de haut niveau, promouvoir la coopération industrielle et renforcer la coopération dans les infrastructures et la sécurité, selon le président chinois.
Les deux pays doivent continuer à faire des efforts conjoints dans des enceintes multilatérales telles que les Nations unies pour protéger les intérêts communs des pays en développement, a suggéré Xi.
Sissi a pour sa part dit qu’il était heureux d’assister aux célébrations de la Journée de la victoire de la Chine au nom du peuple égyptien. Il est l’un des 30 leaders mondiaux qui participaient à un défilé militaire jeudi, dans sa deuxième visite en Chine.
L’Egypte apprécie son partenariat avec la Chine et est excitée au sujet de la coopération dans l’initiative commerciale régionale, les infrastructures et les projets routiers.
Les deux dirigeants ont également assisté à la signature d’un certain nombre d’accords dans divers domaines y compris la capacité industrielle et la finance. Le ministre de l’Investissement égyptien Achraf Salmane a signé mercredi un mémorandum d’accord avec une société chinoise pour développer la nouvelle capitale administrative.
Cet accord a été signé en marge de la visite du président Abdel Fattah al-Sissi en Chine, qui vise le renforcement de la coopération d’affaires.
L’Egypte avait lancé en mars une nouvelle capitale administrative à l’est du Caire au coût de 45 milliards de $. Elle prendra de cinq à sept ans pour la construire. Elle sera située entre le Caire et la région du canal de Suez.
La nouvelle ville comprendra 1,1 million d’unités résidentielles pour répartir la population envahissante qui compte maintenant à 90 millions de personnes.

La Chine, une autre Banque mondiale

 
L’Égypte attend des investissements et la Chine peut s’y prêter, espérant un poids diplomatique en échange. Ces 10 dernières années, la Banque import-export chinoise a fait plus de prêts aux pays africains que la Banque mondiale. À la conférence de Charm el-Cheikh du début de l’année, la Chine a promis des investissements dans l’énergie propre, le tourisme et le canal de Suez. L’Égypte et la Chine ont aussi des intérêts géostratégiques communs, notamment au Yémen, dans le golfe d’Aden. Un trafic maritime stable est important pour l’Égypte qui tire une grande partie de ses revenus du canal de Suez, et pour la Chine qui dépend de l’exportation de ses marchandises en bateau – et tient aussi, maintenant qu’elle est devenue une grande consommatrice de pétrole, à la stabilité au Moyen-Orient. L’Égypte a participé à la guerre en cours au Yémen. Dès 2008, la Chine déployait des flottes anti-piraterie autour du golfe d’Aden et des côtes somaliennes. Selon une étude réalisée par l’université norvégienne des sciences et de la technologie, de 1989 à 2008, la Chine a vendu plus d’armes à l’Égypte qu’au Soudan et au Zimbabwe – ses clients traditionnels – réunis, faisant de l’Égypte le plus grand marché d’armes en Afrique. Après l’incendie de certains véhicules de police en 2011, la Chine a fourni à l’Égypte des véhicules de police pour la stabilité du pays. Le but est à la fois politique et commercial. Politique, comme la Chine est désireuse de protéger ses intérêts à l’étranger et la stabilité des pays concernés, et commercial, pour les nouveaux marchés. L’automobile est l’un des produits que la Chine exporte le plus dans le monde, mais n’a qu’une petite part du marché en Égypte pour le moment.
 
Des millions de consommateurs
 
Les liens économiques se sont renforcés entre Le Caire et Pékin, lentement mais sûrement, depuis les années 1980. La Chine exporte beaucoup vers l’Égypte (pour presque quatre milliards de dollars en 2013), et le pays pourrait également servir de porte d’entrée vers différents marchés, l’Afrique et l’Europe. L’Égypte est en effet sur la « nouvelle route de la soie »  dont Pékin s’est entiché depuis 2013. Le grand producteur chinois de fibres de verre est l’une des plus grosses usines de la zone économique spéciale de la région du canal de Suez. Sa branche égyptienne a été établie en janvier 2012, à proximité de Port-Saïd. Les marchés visés sont l’Égypte, le reste du Moyen-Orient, l’Inde et les marchés européens. S’installer dans une zone économique spéciale est essentiel pour les entreprises chinoises. Les deux pays sont très dirigistes et les accords se font de gouvernement à gouvernement. Les produits manufacturés dans la zone économique spéciale de Teda sont à 90 % pour l’exportation, pas pour le marché égyptien. Même dans le secteur du textile, la Chine a utilisé les accords commerciaux de l’Égypte avec ses voisins africains pour faciliter ses propres exportations.
 
Infrastructure, énergie, télécoms
 
Des collaborations interentreprises sont envisagées entre les deux pays. On
cite le domaine de la technologie agricole (irrigation, engrais ; les Chinois sont déjà présents dans le domaine des nourritures animales en Égypte) ou des pièces pour l’industrie automobile (l’Égypte sous-traite déjà pour des marques américaines et allemandes). Le secteur de l’énergie est concerné, bien sûr, notamment dans le domaine de centrales fonctionnant au charbon, la Chine ayant une expertise dans ce domaine et cherchant à diminuer sa production d’énergie à partir du charbon sur son territoire. Rien n’est encore officialisé pour le moment. Les firmes pétrolières chinoises ont annoncé leur intention de participer à l’exploration et au transport du pétrole. D’autres compagnies s’intéressent particulièrement au solaire et à l’éolien, elles ne sont pas les seules, le photovoltaïque attire beaucoup de firmes internationales qui prospectent en Égypte. La Chine est un grand producteur de panneaux photovoltaïques bon marché. Une entreprise électrique égyptienne est justement à l’origine de la création du conseil sino-égyptien. Elle produit avec ses partenaires chinois des transformateurs électriques. On parle beaucoup d’une ligne à grande vitesse entre Le Caire et Alexandrie. Il est en effet intéressant pour la Chine de trouver de nouveaux marchés pour ses usines de matériel ferroviaire qui cherchent à continuer à tourner. Développer l’infrastructure, en Égypte et dans les pays africains, lui est également utile pour faciliter le transport de ses exportations.
 
Visite en Indonésie
 
Le président El Sissi  s’est rendu ensuite   en Indonésie. Lors de cette visite El-Sissi s’est entretenu avec son homologue indonésien, Joko Widodo, de la promotion des relations bilatérales entre l’Egypte et l’Indonésie.
 
Le président Abdel Fattah El-Sissi a entamé une visite historique à Jakarta jeudi, 32 ans après que l’ancien président déchu Hosni Moubarak est venu en Indonésie. Dès sa réception d’une invitation à assister à la Conférence Asie-Afrique à Jakarta en avril dernier, El-Sissi se décida qu’il était grand temps d’effectuer une visite à l’archipel.
L’Egypte est d’une stature de premier plan dans la politique et le commerce mondial. Deux événements récents mettent en lumière la raison pour laquelle l’Egypte est importante pour l’Indonésie.
Économiquement parlant, El-Sissi a récemment inauguré l’expansion du canal de Suez au milieu des défis économiques et de sécurité. Le projet de 8,4 milliards de $ US devrait susciter l’optimisme économique et attirer les investisseurs étrangers en Egypte. Le canal sera désormais en mesure d’accueillir deux sens de circulation, doublant presque le nombre de navires qui peuvent passer à travers lui chaque jour.
Dans le cas de l’Indonésie, les relations avec l’Egypte sont cruciales.
Tout d’abord, l’Egypte était le premier pays à reconnaître l’indépendance de l’Indonésie en 1947. Presque tous les présidents indonésiens ont visité l’Egypte; le président fondateur Sukarno seul y a effectué six visites.
Pendant ce temps, le défunt président égyptien Gamal Abdel Nasser a effectué sa première visite en Indonésie au cours de la Conférence Asie-Afrique en 1955.
Les relations diplomatiques ont prospéré comme Sukarno et Nasser ont fondé ensemble le Mouvement des non-alignés en 1961.
L’Université Al Azhar est aussi un porte-flambeau de l’Islam modéré. En mars dernier, le président Joko Widodo a demandé au grand cheikh de l’université, Ahmad el-Tayeb, d’aider à propager la compréhension islamique modérée en Indonésie.
L’Egypte est le troisième plus grand partenaire commercial de l’Indonésie en Afrique après le Nigeria et l’Afrique du Sud. Le commerce bilatéral a été à la hausse, atteignant 1,48 milliard de $ en 2014.
Cela représente une augmentation de 41,7 pour cent par rapport aux chiffres de 2010. En outre, l’Indonésie a vu une augmentation de 79 pour cent de l’excédent commercial au cours des cinq dernières années.
Les compagnies indonésiennes ont utilisé l’Egypte comme une plaque tournante à partir de laquelle elles peuvent commercialiser leurs produits à l’Afrique et l’Europe.
Dans le domaine économique, les deux gouvernements se sont engagés à pousser la coopération commerciale dans les deux sens de l’avant d’une façon progressive, équilibrée et durable.
Atteindre un nouvel objectif commercial de 2 milliards de $ d’ici 2020 est également à l’ordre du jour. Pour soutenir le commerce et l’investissement des relations bilatérales, un accord a été conclu sur la création d’un comité de commerce conjoint.
Le périple asiatique du président El Sissi reflète la politique étrangère de l’Egypte, qui est basée sur l’ouverture et la coopération avec tous les pays du monde afin de tirer profit des expériences réussies des pays émergents dans le sud-est de l’Asie.