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L'Ukraine déchirée entre la Russie, l'UE et son allié américain

Karim Felli

21 Février 2014 3:35 pm


La tension est à son maximum à Kiev, la capitale ukrainienne. Les autorités ont adressé un ultimatum à l##opposition pour mettre fin aux violents affrontements entre opposants au président Viktor Ianoukovitch et policiers.

 Le gouvernement a fini par exécuter ses menaces et lancé l’assaut sur les manifestants, réunis à Maïdan, la place de l’Indépendance, occupée par des milliers de personnes depuis près de trois mois.
Américains et Européens ont sommé le président Viktor Ianoukovitch de reprendre le dialogue avec l’opposition, Moscou accusant à l’inverse les Occidentaux. De son côté, Varsovie a exprimé sa crainte de voir éclater une guerre civile dans ce pays divisé entre les régions de l’est et du sud russophones et celles de l’ouest nationaliste.
 
Face à cette escalade, la communauté internationale s’inquiète. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a dénoncé un “usage indiscriminé de la force” à Kiev et appelé “l’ensemble des parties à faire preuve de la plus grande retenue et à reprendre immédiatement le chemin du dialogue”. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, s’est également déclarée “très préoccupée”. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a brandi la menace de “sanctions personnelles” de l’Union Européenne contre des dirigeants ukrainiens.
La Maison Blanche a elle exhorté le président ukrainien à mettre fin à cette violence, prévenant que le recours à la force ne “résoudra pas la crise”. De sa part, le vice-président américain Joe Biden a appelé le pouvoir à retirer les forces de police à Kiev. Par contre, la Russie a condamné ce regain de violences qu’elle a attribué à la politique des Occidentaux qui “ferment les yeux sur les actes agressifs des forces radicales en Ukraine”.
De sa part, le Premier ministre polonais Donald Tusk a appelé l’Union européenne à imposer des sanctions contre le gouvernement. Alors que le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel s’exprimaient ensemble sur l’Ukraine, le ministre des Affaires étrangères suédois, Carl Bildt, a condamné, sur Twitter, les violences et pointé le rôle du pouvoir en place.
Le Premier ministre polonais est le premier homme d’Etat à réagir aux violences meurtrières survenues en Ukraine.
 
Limites à ne pas franchir
 
Dans son adresse à la Nation diffusée en pleine nuit, après une rencontre sans résultat avec les chefs de l’opposition, le président Ianoukovitch les a accusés d’avoir “franchi les limites” en appelant selon lui à une “lutte armée” pour prendre le pouvoir. “Ces soi-disant hommes politiques ont tenté de prendre le pouvoir en violant la Constitution par la violence et les meurtres”, a-t-il lancé. Il a assuré que les coupables “comparaîtraient devant la justice”. Les violences ont commencé par des affrontements mardi aux environs du parlement, et ont été suivies dans la soirée par l’assaut policier contre l’épicentre de la contestation. Manifestants et policiers continuaient de se faire face sur la place, sans affrontements violents.
 
 
Nécessité du dialogue national
 
Des milliers de contestataires sont restés sur ce haut lieu de la contestation née de la volte-face en novembre du pouvoir ukrainien, qui a renoncé subitement à un rapprochement avec l’Union européenne pour se tourner vers Moscou. La contestation, qui a mobilisé des centaines de milliers de personnes, s’est transformée au fil des semaines en un rejet du régime du président Viktor Ianoukovitch. Prêtres, artistes et hommes politiques se sont succédé dans la nuit sur la scène toujours en place sur le Maïdan. Ils entonnaient parfois ensemble l’hymne national.
“Le président nous a proposé de nous rendre. Nous resterons ici avec les manifestants”, a déclaré l’un des leaders de l’opposition, Arseni Iatseniouk, à la télévision Kanal 5. “Le pouvoir a déclenché une guerre contre son propre peuple”, a déclaré un autre leader, l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko. Les violences menaçaient de s’étendre au reste de l’Ukraine. À Lviv, un bastion de la contestation dans l’ouest, les manifestants ont pris d’assaut les sièges de l’administration régionale et de la police, ainsi que de bâtiments militaires. À l’issue d’affrontements, quelque 5.000 manifestants ont pris le contrôle des dépôts d’armes. De précédents heurts fin janvier avaient fait 4 morts et plus de 500 blessés.