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Les initiatives en faveur des réfugiés se multiplient

Karim Felli Michael Victor

10 Septembre 2015 2:05 pm

 
 
Paris a envoyé ses services de l’asile à Munich, dans le sud de l’Allemagne, pour tenter de convaincre un millier de réfugiés de venir en France, a annoncé un haut responsable. «Nous avons commencé une mission lundi après-midi dans un centre d’accueil temporaire à Munich», a déclaré le directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) Pascal Brice. «Nous proposons à un certain nombre d’entre eux de venir en France au titre de l’asile, en procédant évidemment à une vérification de la nationalité, car l’opération concerne uniquement des Syriens, des Irakiens et des Erythréens», a-t-il ajouté. «L’objectif, c’est qu’une première centaine de personnes partent mardi soir pour être hébergés dans des centres en région parisienne, de façon temporaire», a-t-il encore dit. La veille, le président François Hollande avait annoncé qu’au nom du «principe de solidarité, il était «prêt à accueillir», dans les prochaines semaines, «plusieurs centaines voire un millier» de réfugiés récemment arrivés en Allemagne.
 
Les Etats d’Amérique
 
Plusieurs Etats d’Amérique, notamment, ont annoncé, depuis lundi, leur volonté de recevoir les migrants qui fuient un pays en guerre depuis 2011. L’ONU tire la sonnette d’alarme. Selon un document de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), diffusé mardi 8 septembre, près d’un million de migrants devraient traverser la Méditerranée pour trouver asile en Europe d’ici à la fin 2016. C’est dans ce contexte que la Commission européenne a officiellement proposé mercredi de répartir 120 000 demandeurs d’asile dans les différents pays de l’UE.
Mais les migrants qui fuient la guerre en Syrie pourraient également trouver refuge dans des pays bien plus éloignés. Plusieurs Etats d’Amérique et d’Océanie – du Brésil au Québec en passant par l’Australie, le Chili ou le Venezuela – ont, en effet, spontanément proposé d’accueillir plusieurs milliers de réfugiés.
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a “ordonné” lundi à sa ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez, d’organiser l’accueil de 20 000 réfugiés de Syrie via l’aide de la diaspora syrienne. Il a d’ailleurs rappelé qu’il existe, dans son pays, “une grande communauté syrienne”.
“Combien d’Arabes devraient encore mourir avant qu’une haute conscience humaine de la paix ne se réveille?, a-t-il lancé lors d’une réunion du gouvernement, lundi soir. Je veux que 20 000 Syriens arrivent dans notre patrie vénézuélienne, pour partager cette terre de paix, du Christ, du [héros de l'indépendance] Simon Bolivar et aider au développement de cette terre magique.” Nicolas Maduro et son prédécesseur Hugo Chavez avaient tous les deux exprimé leur soutien au président syrien Bachar Al-Assad, et avaient décrit le conflit comme un complot “impérialiste” occidental.
 
En Amérique du Nord
Le Québec a annoncé qu’il accueillerait 3 650 réfugiés syriens d’ici à fin décembre, soit 2.450 de plus que son objectif initial. “Depuis le début de l’année, 651 personnes en provenance de la Syrie sont déjà arrivées au Québec”, souligne Radio Canada. Teema Kurdi, la tante du petit Aylan Kurdi, l’enfant syrien retrouvé mort noyé sur une plage de Bodrum dont la photo a fait le tour du monde, vit à Vancouver, à l’extrême-ouest canadien. Selon elle, la famille d’Aylan voulait rejoindre ce pays. En revanche, contrairement à ce qu’elle avait d’abord affirmé, Ottawa n’avait pas refusé l’asile à cette famille.
 
Les Etats-Unis ont, pour leur part, promis d’accueillir de 5000 à 8000 Syriens d’ici à l’automne 2016. Pour l’instant, rappelle Le Figaro, seuls 1 500 personnes ont trouvé refuge sur le sol américain en quatre ans de guerre.
Un chiffre qui paraît bien faible aux yeux des organisations humanitaires, dans un pays riche, qui s’est bâti sur l’immigration. Le secrétaire d’Etat John Kerry a d’ailleurs répondu au Huffington Post que les Etats-Unis “pourraient faire beaucoup plus pour protéger ces populations. Mais je ne parle pas de prendre [plus de réfugiés] de manière permanente”, a-t-il prévenu.
 
 
Quotas pour les Syriens
 
Le Premier ministre australien, Tony Abbott, a laissé entendre, lundi, qu’un léger assouplissement de sa très stricte politique de quotas de réfugiés était possible.”Le gouvernement a la ferme intention d’accueillir un nombre significatif de gens venant de Syrie cette année”, a-t-il déclaré au Parlement.
Cette annonce intervient alors que le gouvernement australien a interdit l’accès de son île à tous les migrants. Aucun bateau de réfugiés n’a atteint ses rives depuis plus d’un an. Les migrants qui veulent gagner l’Australie sont repoussés en haute mer, tandis que ceux qui touchent terre sont incarcérés dans des camps sur des îles au large. Seuls 13 500 réfugiés continuent d’être acceptés chaque année, au titre d’un programme humanitaire très limité.
La Nouvelle-Zélande a annoncé, lundi, qu’elle accueillera 750 Syriens sur trois ans. Le ministre de l’Immigration, Michael Woodhouse, a expliqué que 150 Syriens seraient accueillis dans le cadre du programme d’accueil de réfugiés déjà en vigueur, et 600 autres au titre de l’urgence.
Le quota annuel actuel pour l’accueil des réfugiés en Nouvelle-Zélande, pays qui compte 4,5 millions d’habitants, est de 750 personnes. Un chiffre qui n’a pas augmenté depuis 1987.
De son côté, le Brésil est disposé “à accueillir ceux qui, expulsés de leur patrie, voudraient venir vivre, travailler, et contribuer à la prospérité et à la paix du Brésil, a déclaré, lundi, la présidente du pays, Dilma Roussef, dans un message vidéo diffusé sur internet. En ces temps de difficultés, de crise que nous sommes en train de traverser, nous nous tenons les bras ouverts pour accueillir les réfugiés.”
Avec plus de 2000 réfugiés syriens, le Brésil est le pays d’Amérique latine qui a accueilli le plus de ressortissants ce pays depuis le début de la guerre en 2011.
Au Chili, le ministre des Affaires étrangères, Heraldo Munoz, a également affirmé que l’accueil de réfugiés était à l’étude. “Le gouvernement est profondément préoccupé par cette situation humanitaire”, a-t-il déclaré lundi au quotidien Tercera(en espagnol).
Selon le journal, le gouvernement de la socialiste Michelle Bachelet travaillerait sur un projet visant à accueillir 50 à 100 familles de réfugiés. Le plan a été en partie inspiré par l’ancien ministre Sergio Bitar, d’origine syrienne, aujourd’hui membre du Conseil consultatif de la réforme de l’enseignement supérieur.
 
Action chrétienne
 
Dans ce contexte, le pape François a appelé les paroisses d’Europe à accueillir chacune une famille de réfugiés : un geste de miséricorde placé sous le patronage de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta. “La paroisse fermée, cela n’a rien à voir avec Dieu””
Il ne s’agit pas seulement de dire “courage, patience”, a précisé le pape devant des milliers de fidèles enthousiastes rassemblés sur la place Saint-Pierre à Rome. “L’espérance chrétienne est combative”. “Je me tourne vers mes frères les évêques d’Europe, vrais pasteurs, pour qu’ils soutiennent mon appel dans leur diocèse”, a déclaré le pape, précisant qu’il commencerait par son diocèse de Rome et que les deux paroisses du Vatican elles-mêmes accueilleraient “” deux familles de réfugiés.
 
Après l’angélus de midi, dimanche 6 septembre, le pape a lancé cet appel place Saint-Pierre, alors que des milliers de réfugiés frappent à la porte de l’Europe, par terre et par mer.
En outre, la Conférence des évêques de France a tenu à appeler tous les catholiques et hommes de bonne volonté à apporter leur soutien et à ouvrir leur cœur vers leurs frères afin que leur errance vers une meilleure vie ne les amène plus à la mort.
Les évêques ont rappelé le cas d’Alan al-Kurdi, 3 ans, trouvé mort sur la plage de Bodrum (Turquie, presqu’île d’Akyalar) mercredi 2 septembre 2015: il avait échappé à l’enfer des bombes en Syrie. Il venait de Kobané… Alan, son frère Galip (5 ans) et leur maman, Rihan (35 ans), n’arriveront jamais en Europe. Ni au Canada où se trouve leur tante qui ne se console pas d’avoir envoyé l’argent du voyage. Le papa, Abdullah Kurdi, est rentré à Kobané, où il a enseveli les siens ce vendredi 4 septembre.
Par ailleurs, une semaine après la diffusion de la photo d’Aylan Kurdi, BFMTV a dévoilé un sondage qui montre un changement d’opinion sur l’accueil des migrants. 53% des personnes interrogées en France s’y disent favorables contre 44% au début du mois.
L’Egypte accueille 130 000 réfugiés syriens, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés…
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukry, a déclaré lors de sa récente visite à Paris qu’il y a bien plus de réfugiés que cela : de 200000 à 300000 Syriens, 300000 Irakiens et en tout, plus de cinq millions de réfugiés en Egypte, notamment du Soudan du Sud et d’Afrique. Ils ont les mêmes droits que les Egyptiens, des aides alimentaires, l’éducation et l’accès à la santé gratuits… Ils ne sont pas « ghettoïsés ». “Nous espérons qu’en Europe, le sort des réfugiés sera appréhendé conformément aux lois internationales. L’Egypte est aussi un point de transit, comme la Libye, pour les réfugiés. Nous faisons tout pour les dissuader de prendre la mer, mais nos ressources sont limitées. Nous avons demandé de l’aide de l’Italie, de la Grèce et de l’Europe. Nous avons reçu de l’assistance, mais il faut plus,” a-t-il noté.