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Les groupes extrémistes déchirent l’Irak

6 Juillet 2014 12:23 pm

Les djihadistes de l’Etat islamique (EI) assurent être parvenu à leur objectif : réinstaurer un califat. Une annonce qui en laisse beaucoup, y compris dans le monde musulman, sceptiques.
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Apparu en 2013 en Syrie, EI a conquis ces dernières années de nombreuses places fortes du djihad. Issu de l’Etat islamique en Irak créé en 2007 contre l’offensive américaine, EIIL n’a pas fait allégeance au chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui avait désigné son rival Al-Nosra comme la branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie et a de fait évincé un groupe indésirable. Mais EIIL a toujours revendiqué la même idéologie djihadiste, poursuivant sa guerre contre le chiisme, et profitant du conflit syrien pour accélérer, à partir de janvier 2014, la construction de son Etat sunnite.
En Syrie, les combattants d’EI contrôlent une grande partie de la province de Deir Ezzor (est) frontalière de l’Irak, des positions dans celle d’Alep et la grande majorité de la province de Raqa (nord). La ville-même de Raqa a été bouclée par les djihadistes de l’EI, qui y ont fait entrer de nouvelles armes, dont des missiles venant d’Irak. En Irak, où il bénéficie notamment du soutien d’ex-officiers de l’ancien président Saddam Hussein, l’EI est implanté depuis janvier dans la province d’Al-Anbar (à l’ouest, où se trouve la ville de Falloujah). Et il a mis la main depuis trois semaines sur Mossoul, deuxième ville du pays, une grande partie de sa province Ninive (nord), ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est), Salaheddine (nord) et Kirkouk (ouest). A sa tête, Abou Bakr al-Baghdadi, est devenu “calife Ibrahim” en même temps que la proclamation d’un califat.

Au moins 1.531 civils ont été tués en juin en Irak, soit le plus grand nombre de civils tués en un seul mois depuis 2007, selon des chiffres publiés par l’équipe des droits de l’homme de la Mission des Nations Unies en Irak (MANUI). A ce chiffre, il faut ajouter, pour le mois de juin, 886 membres des forces de sécurité Irakiennes tués et 1.763 civils blessés. Ces chiffres n’incluent pas la province d’Anbar, où 244 civils auraient été tués, selon des chiffres officiels, et 588 civils blessés. La publication de ces chiffres reflète la recrudescence des violences en Irak avec l’offensive lancée début juin par les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui contrôlent désormais une partie du pays.
“Le nombre impressionnant de victimes civiles en un mois illustre l’urgence qu’il y a à garantir la protection des civils. Alors qu’une grande partie du pays reste sous le contrôle de l’EIIL et des groupes armés, il est impératif que les dirigeants nationaux travaillent ensemble pour déjouer les tentatives de détruire le tissu social de la société irakienne”, a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général en Irak, Nikolay Mladenov. Une porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a également condamné “dans les termes les plus forts cette recrudescence de la violence et des tueries”.

Très inquiète de la situation
Par ailleurs, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a exprimé sa profonde reconnaissance au gouvernement d’Arabie saoudite pour sa généreuse contribution de 500 millions de dollars à l’assistance humanitaire des Nations Unies destinée à la population en Irak. “Le Secrétaire général se félicite de ce financement qui arrive au bon moment, ce qui permettra à l’Organisation des Nations Unies et à ses partenaires de soutenir les millions d’hommes, de femmes et d’enfants irakiens dont la vie a été déchirée par le conflit”, a-t-il ajouté.
La Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires, Valérie Amos, s’est déclaré très inquiète de la situation en Irak où plus de 1,2 million de personnes ont fui leurs maisons et ont besoin de toute urgence d’une assistance humanitaire. “Alors que la situation sécuritaire continue de s’aggraver, je suis très préoccupée pour les familles ayant un besoin urgent d’eau, de nourriture, d’abris, de soins médicaux, de sanitaires et de protection contre la violence. Les enfants sont particulièrement vulnérables aux épidémies et à la malnutrition, qui sont aggravées par les mauvaises conditions et les températures estivales accablantes”, a dit Mme Amos dans un communiqué de presse.

Réserves pétrolières et investissements
Avec ses énormes réserves pétrolières, l’Irak est clairement le pays qui pourrait être le plus grand contributeur à l’augmentation de la production mondiale (d’or noir) dont nous avons besoin, a fortement insisté le ministre britannique de l’Énergie, Michael Fallon, lors de la conférence “Irak Petroleum 2014″ qui se tenait mardi et mercredi derniers dans la capitale britannique. Deuxième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l’Irak détient plus de 11% des réserves prouvées dans le monde et produit actuellement près de 3,4 millions de barils par jour (mb/j). Le pays a des objectifs très ambitieux, espérant atteindre une production de 8,4 mb/j après 2018, avait indiqué la semaine dernière à Vienne, lors de la réunion de l’Opep, le ministre Irakien du Pétrole, Abdelkarim al-Louaïbi. Plus de 60% de l’augmentation de la production de l’Opep dans les dix prochaines années viendra de l’Irak, a pour sa part rappelé Alirio Parra, ancien ministre de l’Énergie du Venezuela. Seuls les États-Unis (qui n’exportent presque pas de brut) peuvent égaler le potentiel de l’Irak.
Il est important pour l’Irak qu’il y ait un processus politique qui normalise la façon dont le pays est géré, qui en fasse un bon endroit pour investir, notamment à partir de 2016, quand est prévue la prochaine grande vague d’investissements dans l’exploration, a expliqué Hans Nijkamp, président pour l’Irak du groupe pétrolier britannique Shell. La situation actuelle va rendre Bagdad plus difficile d’accès pour les investisseurs potentiels, craint de son côté Michael Knights, du think tank Washington Institute for Near East Policy, soulignant que l’aéroport de Bagdad est un hub particulièrement essentiel. Les experts de l’Agence internationale de l’Energie (AIE) ont d’ailleurs prévenu, dans un rapport, que la progression de la production pétrolière irakienne (prévue en hausse de 1,28 mb/j d’ici 2019) est sujette à de gros risques, notamment en raison de la résurgence dramatique de la violence.

Karim Felli