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Les enjeux du sommet de l'Otan

Karim Felli

4 Septembre 2014 12:17 pm

Le sommet de l’Otan tenu jeudi et vendredi derniers à Newport dans le sud du Pays de Galles, dans un climat géopolitique tendu. Le conflit entre l’Ukraine et la Russie a été abordé ainsi que la situation en Afghanistan. Les discussions ont porté également sur la menace de l’Etat Islamique présent en Syrie et en Irak. La sécurité est d’autant plus renforcée que la Grande-Bretagne a relevé son niveau d’alerte la semaine dernière contre la menace terroriste de “substantiel” à “grave”, en raison de la menace terroriste que constituent les centaines de Britanniques aguerris au djihad en Irak et en Syrie.

L’Ukraine a dominé les discussions du sommet. Bien que ce pays ne soit pas membre de l’Otan, son président Petro Poroshenko a été présent pour tenter d’obtenir un soutien militaire de son homologue américain Barack Obama. Au sommet de l’Otan au Pays de Galles, la Russie durcit le ton face à l’Otan. Moscou prévient: la Russie est prête à réagir aux décisions prises par l’Alliance atlantique. “La Russie va adapter sa doctrine militaire en prenant en compte les nouvelles menaces qui planent sur elle”, a lancé le secrétaire adjoint au conseil de sécurité russe. Pour Mikhaïl Popov, le renforcement de la présence militaire de l’Alliance à proximité des frontières russes est “inacceptable”. Les pays de l’Otan à Cardiff prévoient d’autoriser le déploiement de plusieurs milliers de soldats en Europe de l’Est et d’adopter des sanctions économiques supplémentaires contre la Russie. Mais le secrétaire adjoint du conseil de sécurité russe estime que le rôle de son pays dans le conflit ukrainien a été évalué de manière non objective, et que les mesures prises en conséquence sont inadéquates. “Tous les faits témoignent de la volonté des Etats-Unis et de l’Otan de poursuivre leur politique de détérioration des relations avec la Russie”, a-t-il martelé avant de déplorer : “On attend toujours de la Russie des concessions unilatérales sur les questions de politique étrangère.” Une manière d’affirmer que face à de nouveaux déploiements militaires de l’Alliance, Moscou ne se laissera pas faire.

Obama rassure les Baltes
De sa part, Barack Obama est arrivé dans la nuit de mardi à mercredi à Tallinn, en Estonie. Une escale dans les pays baltes pour rassurer les pays d’Europe de l’Est inquiets des tensions entre l’Ukraine et la Russie, et de la montée de ce que certains qualifient d’expansionnisme russe. Le président russe Vladimir Poutine, qui se défend toujours d’une intervention directe de la Russie sur le territoire ukrainien, a prévenu que la Russie réagirait à toute “menace” venant du renforcement des moyens de l’Otan en Europe de l’Est.
La situation en Ukraine inquiète beaucoup les pays voisins. Tandis que la Pologne a adopté une attitude de fermeté à l’égard de Moscou, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie redoutent que la politique de Moscou dans la région ne les déstabilise aussi. La visite de Barack Obama est donc accueillie avec bienveillance. “La décision de venir ici est déjà en soi une déclaration de principe, explique l’ancienne présidente de la Lettonie Vaira Vike-Freiberga. C’est-à-dire que si par malheur la France ou l’Allemagne ou n’importe qui d’autre en Europe décidait de nous abandonner, comme on l’a fait en 1945, il y aura quelqu’un qui s’intéresse à notre sort et qui est prêt à remplir ce que dit textuellement l’article 5 de l’Otan : que le territoire de l’Union européenne, et surtout celui de l’Otan, est un territoire de défense commune et donc que n’importe quelle agression envers l’un des pays membres sera bel et bien interprétée comme une agression contre l’Otan dans son entièreté, et donc que l’Otan devra réagir en conséquence”.
Enfin, l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN – au nom de la sécurité, mais aussi et, sans doute, surtout au nom des valeurs initiales de l’Occident – donnerait un nouveau souffle à l’ensemble des institutions européennes (dont l’UE, dirigée par le Polonais Donald Tusk, particulièrement sensible aux idéaux occidentaux en raison du parcours de son pays, kidnappé pendant une quarantaine d’années par le soviétisme liberticide), sur la base d’un véritable projet de civilisation, confronté à une menace commune, comme ce fut déjà le cas au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.
Face au terrorisme
Sur le dossier de l’Etat islamique, qui a annoncé mardi avoir décapité un deuxième journaliste américain et menace à présent un otage britannique, il est hautement improbable que l’Alliance s’engage en tant que telle en Irak, où l’aviation américaine bombarde des cibles djihadistes depuis le 8 août, rapportent des diplomates de l’Otan. D’autres pays, individuellement, pourraient se joindre à ces frappes aériennes. La France envisage ainsi une réponse “si nécessaire militaire, dans le respect du droit international” pour lutter contre le mouvement djihadiste “et la menace qu’il représente pour l’ensemble de la région et au-delà”, a indiqué l’Elysée mercredi. L’Otan pourrait toutefois jouer un rôle dans la coordination des initiatives prises par certains de ses Etats membres qui livrent de l’aide humanitaire mais aussi des moyens militaires en Irak. Le sommet a aussi appelé à une coopération accrue en matière de renseignements et de surveillance de l’Etat islamique.