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Les djihadistes ne sont pas des révolutionnaires 

Rafik Baracat

29 Janvier 2015 3:09 pm

Certaines personnes pensent que le problème de la terreur a commencé avec le retour de djihadistes afghans dans leur pays après le retrait soviétique de ce pays en 1989. Mais l’Egypte a connu des mouvements djihadistes violents depuis le début des années 1970, dont l’un, Al-Gamaa Al-Islamiyah, a assassiné le président Anouar Al-Sadate en 1981.

La terreur est devenue un problème mondial avec les attaques du 11 septembre 2001 qui a engendré des guerres américaines en Afghanistan et en Irak. Mais ce sont les soulèvements du printemps arabe qui ont finalement tourné en une guerre de terreur dans une confrontation décisive.

Dans divers pays de la région, les groupes terroristes se présentaient comme des gouvernements, en quête de conquérir des territoires, s’en prendre à des armées régulières, des chapiteaux de contrôle, brutaliser les adversaires et commettant le meurtre de personnes innocentes.

Chaque semaine, des dizaines tombent face à la terreur en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen, en Egypte et au Liban. Même l’Arabie saoudite n’est pas sûre, selon ce que l’attaque contre les gardes-frontières à Arar, il y a deux semaines, montre.

Les guerres intestines entre les groupes jihadistes sont devenues monnaie courante, avec le groupe Etat islamique (IS) et le Front al-Nosra en Syrie, et l’Armée de l’Islam, dirigée par Zahran Alwash, fléchissant ses muscles dans les villages proches de Damas.

Mais ce sont les attaques terroristes à Paris que les gros titres mondiaux ont rapportées, suscitant l’envoi de millions de personnes dans les rues pour protester contre le meurtre de dessinateurs, et apportant les dirigeants du monde à la France dans un spectacle de solidarité.

Affronter la terreur n’est pas une tâche facile. La nouvelle marque de djihadistes semble prospérer sur la guerre et gérer de recruter plus de jeunes pour que les conflits s’éternisent.

Dans certains cas, les négociations ont été recherchées comme un moyen de réduire la menace terroriste.

En Libye, des initiatives ont été proposées pour concilier les milices rivales et les gouvernements. En Irak, l’ancien Premier ministre Iyad Allaoui tente de servir de médiateur entre le gouvernement et les rebelles de l’Armée Naqshabandi.

Le Caire et Moscou parlent aux Syriens, dans l’espoir de trouver un compromis qui mettrait fin à quatre années de guerre civile.

Un problème qui semble aider le terrorisme à survivre est celui des doubles standards. Il est commun à tolérer le terrorisme lorsque la cible d’attaque est un ennemi, mais la pratique peut se retourner. Le terrorisme est inacceptable en toutes circonstances. Et c’est à ne pas confondre avec le combat de la liberté.

Les gens vivant sous occupation sont autorisés par le droit international à utiliser la force létale pour rechercher l’indépendance. Mais en aucun cas le ciblage de civils innocents ne devrait être toléré.

La nouvelle génération de djihadistes qui a émergé dans le sillage du printemps arabe n’a aucun respect pour la vie ou la dignité humaine. Les extrémistes désapprouvent la diversité des opinions et de la foi, méprisent tous les systèmes de gouvernement, sauf leur propre, et ne cessent de tuer et mutiler pour atteindre leurs objectifs.

Leur combat est contre les hypothèses sous-jacentes de l’Etat moderne. Leur combat se lance contre la liberté, l’égalité et la diversité – le tissu même du progrès humain.

La nouvelle génération de djihadistes est suprématiste, intransigeante et déterminée à inverser le cours de l’évolution humaine. Leur manque de respect pour toute société, hormis leurs propres pistes de profondeur, et ils ne sont d’aucune utilité pour les formes bien établies de gouvernement.

Les gouvernements modernes, sans aucun doute, peuvent faire des erreurs. Leurs décisions peuvent être contestées et leurs politiques débattues. Mais la vie sous les formes archaïques que les gouvernements islamistes tentent d’imposer serait un véritable enfer. Un gouvernement moderne est un garant de la dignité humaine et la liberté. Même quand il échoue, cela est mieux que les options que les djihadistes offrent.

Le printemps arabe a commencé par des manifestations pacifiques en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen et en Syrie. La Tunisie a réussi une transition réussie vers un gouvernement stable, et l’Egypte, qui avait certains ennuis des Frères musulmans, s’oriente vers la même voie.

Le régime des Frères musulmans en Egypte a été renversé parce qu’il fomentait des troubles sociaux et politiques, a tenté de s’emparer du pouvoir et de s’y accrocher par des moyens légaux et illégaux. Et il reste, même après son renversement, un bailleur de fonds de la violence en Egypte et ailleurs.

En Libye, la violence a éclaté alors que les milices islamistes rivales ont tenté de démanteler l’État dans une quête effrénée pour le pouvoir. La Libye est devenue une plaque tournante pour les djihadistes régionaux, et le conflit en cours dans ce pays envoie des vagues de la terreur dans la région.

En Syrie et au Yémen les gouvernements sont suspendus à un fil que les groupes djihadistes rivaux hors des sphères d’influence et des idéaux des révolutions depuis longtemps oubliées.

Pour vaincre la terreur nous devons garder nos esprits clairvoyants pour discerner qui sont les terroristes et ce qu’ils visent vraiment. Nous ne pouvons pas fermer les yeux face au terrorisme au nom de toute révolution. Les djihadistes qui se font passer comme des révolutionnaires doivent être confrontés et mis hors-jeu.