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L'EI affirme avoir exécuté l'otage croate au Sinaï

Karim Felli

16 Août 2015 11:02 am

L’organisation Etat islamique (EI) a affirmé mercredi avoir décapité le Croate travaillant pour une compagnie française enlevé en Egypte, qui serait, si l’assassinat était confirmé, le premier Occidental exécuté par des jihadistes dans ce pays.
Une photo mise en ligne sur des sites jihadistes, qui n’a pu être authentifiée dans l’immédiat, montre le cadavre d’un homme surmonté d’une tête à côté d’un drapeau de l’EI et d’un poignard plantés dans le sable.
Les ravisseurs affirment qu’il s’agit de Tomislav Salopek, 31 ans, enlevé le 22 juillet par des inconnus armés sur une route au sud-ouest du Caire.
“Exécution d’un prisonnier de Croatie -pays qui participe à la guerre contre l’Etat islamique- après expiration de l’ultimatum”, lit-on dans un court texte sous la photo.
Le 5 août, la branche égyptienne de l’EI, qui se fait appeler Province du Sinaï, avait menacé de le tuer dans les 48 heures si Le Caire ne libérait pas “les femmes musulmanes” emprisonnées en Egypte.
La victime travaillait depuis quelques mois comme analyste sismique pour la société Ardiseis, filiale de la Compagnie Générale de Géophysique (CGG), une firme française spécialisée dans l’exploration des sous-sols.
- “Acte satanique” -
Dans un communiqué, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que “cet assassinat ignoble, s’il était confirmé, démontrerait une nouvelle fois la nature lâche et barbare” de l’EI.
Son homologue britannique Philip Hammond a condamné “l’apparent meurtre brutal” de Tomislav Salopek et assuré que la Grande-Bretagne était aux côtés de l’Egypte et de la Croatie dans la lutte contre le “terrorisme”.
Au Caire, Al-Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions du sunnisme, a dénoncé un “acte satanique qui n’a rien à voir avec aucune religion”.
Pour le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain Alistair Baskey, la mort de Salopek, si elle était confirmée, constituerait “un acte brutal”. “Leurs atrocités ne font que renforcer notre résolution collective à agir contre ces terroristes”, a-t-il dit.
Pour Mathieu Guidère, professeur d’Etudes islamiques et de géopolitique à l’Université de Toulouse (France), “cette exécution indique que les éléments égyptiens de l’EI qui sont de retour de Syrie et d’Irak ont pris totalement le contrôle du groupe Province du Sinaï et qu’ils appliquent la même stratégie déjà suivie par Daech (en Syrie et en Irak)”.
Dans les régions sous son contrôle dans ces deux pays, l’EI a déjà exécuté de nombreux étrangers enlevés notamment en Syrie, dont des journalistes et des humanitaires, et commis d’autres atrocités qui ont amené l’ONU à accuser ce groupe de crimes contre l’humanité.
Le groupe jihadiste lié à l’EI n’est pas seulement actif dans son bastion du Sinaï.
Le 11 juillet, la branche égyptienne de l’EI avait ainsi revendiqué un attentat à la voiture piégée contre le consulat d’Italie au Caire, dans lequel un passant avait péri. En décembre, elle avait affirmé avoir tué un Américain travaillant pour la société pétrolière Apache, non loin de là où M. Salopek a été kidnappé.
 
Ces derniers mois, la péninsule a également été le théâtre de plusieurs décapitations d’Égyptiens, accusés d’espionnage et de “collaboration” avec Israël. Cette fois-ci, les djihadistes – ou leurs intermédiaires – ont frappé fort en parvenant à monter une opération d’enlèvement à proximité de la capitale égyptienne. “Cette histoire du Croate tué par “Province du Sinaï” me rend fou. Comment sont-ils parvenus à le kidnapper au Caire et l’embarquer dans le Sinaï? Et nos services de renseignements dans tout ça?”, s’emporte, sur son compte Twitter, un des nombreux Égyptiens à réagir avec inquiétude à cette nouvelle. “Cette décapitation marque un dangereux tournant pour l’Égypte”, observe un autre internaute.
Autre élément inquiétant, le jeune Croate travaillait pour une enseigne française. De quoi laissait penser, selon certains observateurs, que les intérêts français aient été visés dans cette opération. La France, qui est membre de la coalition internationale antidjihadistes, et qui a récemment vendu 24 avions de chasse Rafale à l’Égypte, ne cache pas son engagement contre Daech. Lors de son déplacement en Égypte, la semaine dernière, François Hollande, avait également réitéré sa volonté de lutter fermement contre le terrorisme.