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L'Egypte appelle à l'arrêt des violences

10 Juillet 2014 3:37 pm

Karim Felli

L’escalade entre le Hamas et Israël n’est pas quelque chose de nouveau. Ce qui manque en ce moment, disent les analystes, peut se définir comme l’alignement des intérêts extérieurs qui a pu résoudre ces combats dans le passé. L’Egypte a appelé Israël et le Hamas palestinien à mettre fin à l’escalade des violences dans la bande de Gaza, tout en minimisant les attentes quant à une possible trêve grâce à une médiation du Caire. Frontalière d’Israël et de Gaza, contrôlée sur le plan sécuritaire par le Hamas et sous blocus israélien, l’Egypte, premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël en 1979, a souvent joué un rôle d’intermédiaire entre l’Etat hébreu et le Hamas.
Malgré les bouleversements politiques ces dernières années (chute de Moubarak, éviction de Morsi) le pays conserve son rôle traditionnel de médiateur entre l’Etat hébreu et le mouvement palestinien qui contrôle la bande de Gaza.
« La bande de Gaza se trouve entre Israël et l’Egypte, explique Tzvi Mazel, ancien ambassadeur israélien au Caire, et c’est l’intérêt de l’Egypte que les territoires restent calmes. Alors immédiatement, elle se met au travail. Les services de sécurité et de renseignement égyptiens sont toujours en contact avec le Hamas. »

Pacte d’unité Hamas-Fatah
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s’est entretenu samedi avec le chef de la branche politique du Hamas, Khaled Meshaal, lui demandant de prendre immédiatement des mesures pour réprimer toute nouvelle escalade dans la bande de Gaza. Abbas a affirmé que plus de roquette offrirait seulement à Israël “une excuse” pour entamer une action militaire dans la bande de Gaza a rapporté un média arabe. Meshaal, pour sa part, a exigé d’Abbas qu’il travaille pour renforcer le pacte d’unité Hamas-Fatah, alors même que d’autres responsables palestiniens ont demandé que l’Autorité palestinienne dissolve le gouvernement soutenu par le Hamas.

Cesser les agressions
Mais pour ce récent cycle de violences, qui a déjà fait plusieurs dizaines de morts, tous Palestiniens dont des femmes et des enfants, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Badr Abdel Aty, a affirmé qu’il n’y avait “pas de médiation à proprement parler”. “Les efforts diplomatiques égyptiens ont pour objectif de faire cesser immédiatement les agressions israéliennes et d’arrêter les violences et les représailles”, a-t-il toutefois indiqué, ajoutant que “ces contacts n’avaient pas donné de résultat jusqu’alors”.
L’aviation israélienne a entamé un intense pilonnage de l’enclave palestinienne en représailles à de nombreux tirs de roquettes du Hamas et d’autres mouvements radicaux. Il s’agit de l’affrontement le plus meurtrier depuis novembre 2012 à Gaza.
Le président Abdel Fattah Al-Sissi soutient fermement le président palestinien Mahmoud Abbas, à la tête de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui a récemment conclu un accord de réconciliation avec son rival du Hamas pour mettre fin à la division politique depuis 2007. Un communiqué de la présidence égyptienne a fait état d’une conversation téléphonique tard mardi entre les deux dirigeants autour de la “situation qui se détériore sur le terrain”.
Les États-Unis sont en mode “lavage des mains sur le Moyen-Orient”, a déclaré Ami Ayalon, l’ancien chef du Shin Bet, le service de sécurité intérieure d’Israël.
Notons que le Hamas a été interdit en Egypte, accusé d’avoir collaboré à des attentats dans le pays, tandis que l’armée annonce régulièrement avoir détruit des centaines de tunnels reliant Gaza sous blocus au Sinaï égyptien.

Intervention américaine
De sa part, l’administration Obama a publié un bref communiqué condamnant les tirs de roquettes à partir de Gaza. “Nous condamnons fermement les tirs de roquettes continus à l’intérieur d’Israël et le ciblage délibéré des civils par les organisations terroristes dans la bande de Gaza” a fait savoir le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest au cours de sa conférence de presse quotidienne. “Aucun pays ne peut accepter les tirs de roquettes contre des civils, et nous soutenons le droit d’Israël à se défendre contre ces attaques brutales”.
Il a mentionné la volonté du secrétaire d’Etat américain John Kerry à “s’engager résolument” à rétablir le cessez-le feu. Dans le conflit actuel, plusieurs dizaines de missiles sont tombés sur Israël à partir de Gaza. Le Hamas a dévoilé des roquettes à plus longue portée que pour la première fois quand il avait frappé des cibles aussi lointaines que Jérusalem. Les interventions américaines intensive, en collaboration avec l’Egypte, ont pu mettre fin aux guerres avec Gaza en 2009 et en 2012.

L’influence égyptienne
Shlomo Brom, un ancien directeur de la planification stratégique de l’armée israélienne, a déclaré que les États-Unis n’avaient pas d’autre choix que de se retenir en l’absence de l’influence sur le Hamas. “Les Etats-Unis n’ont pas beaucoup de pouvoir parce qu’ils n’ont pas d’influence sur le Hamas” a déclaré Brom, maintenant à la tête du programme sur les relations israélo-palestiniennes à l’Institut d’Israël pour les études de sécurité nationale.
Aaron David Miller, un ancien négociateur en chef des États-Unis au Moyen-Orient, a écrit que la retenue fait sens pour l’instant pour les États-Unis car intervenir et traiter avec le Hamas d’égal à égal casserait leur lien avec leur interlocuteur préféré, Mahmoud Abbas. “Il s’agit de la pire espèce de guerre”, a déclaré Ziad Asali, président de l’American Task Force sur la Palestine, “où rien n’est prévu ou conçu par le leadership mais où peu à peu la logique est entraînée par des forces passionnés.”Brom estime que des rivaux du Hamas, bien plus extrémistes que lui, l’ont acculé à l’escalade.
De son côté, le chef du gouvernement israélien Benyamin Netanhayu demande à l’armée de faire payer le prix fort au Hamas. Le cabinet a décidé d’une opération militaire modulaire, par étapes progressives. Des messages, indique-t-on, ont été transmis par l’intermédiaire de l’Egypte aux dirigeants du Hamas pour leur permettre de faire machine arrière. La question, bien sûr, est de savoir si l’armée israélienne a l’intention de lancer une offensive terrestre qui pourrait coûter cher en vies humaines. Selon un sondage, 47 % des israéliens s’y opposent.