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Le Vatican, l’Italie et la France accueillent chaleureusement le président Al-Sissi

Abdelmasih YOUSUF

27 Novembre 2014 12:11 pm

 
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a entamé, sa première tournée en Europe depuis son election, en juillet 2013. Après une première étape à Rome, il s’est rendu à Paris, mardi 25 novembre, pour un séjour de trois jours. Le président Al-Sissi, en tournée européenne pour conforter son statut de poids lourd régional, a entamé mercredi une visite d’État en France dominée par les grandes crises au Moyen-Orient: conflit israélo-palestinien, chaos libyen et lutte anti-terrorisme. Après un entretien avec le pape au Vatican, le président Abdel Fattah Al-Sissi a rencontré le chef du gouvernement italien, cette visite, la première en Europe depuis son élection en mai, devait également donner lieu à des discussions sur d’importants contrats, en cours ou espérés, notamment dans le domaine de l’armement. Après un déplacement en Italie en début de semaine,  Al-Sissi s’est entretenu mercredi avec le président français François Hollande, qui a appelé l’Égypte à poursuivre son “processus de transition démocratique” et “respecter la feuille de route” devant mener à des élections législatives avant la fin de 2015. Après l’Italie, la France  a accueilli mercredi Abdel Fattah Al-Sissi pour une visite de deux jours à Paris.
 
Efforts anti-terrorisme, l’EI et Libye
“L’Égypte est un pays frappé par le terrorisme et confrontée à des mouvements terroristes dans des pays voisins”, a déclaré  Hollande. “Nous devons agir ensemble”, a ajouté le président français, en citant la Libye, le conflit israélo-palestinien et la lutte contre les jihadistes de l’État islamique (EI) en Irak et en Syrie. “Les Palestiniens représentent la cause la plus importante pour les Arabes et il faut déployer tous les efforts possibles pour trouver une solution par les négociations, le plus rapidement possible”, a acquiescé le président égyptien, dont le pays a un rôle de médiation essentiel dans ce dossier.
Évoquant la Syrie, les deux responsables ont insisté sur la nécessité de “parvenir à une solution politique”, même si, a précisé  Hollande, “nous avons d’abord à lutter contre le terrorisme” de l’État islamique. Autre dossier régional en tête des inquiétudes des deux pays, la Libye. “Nous devons tout faire pour que l’État de droit soit rétabli et éviter que s’installe dans le sud un terrorisme qui menace l’ensemble de la région”, a déclaré  Hollande. Son homologue égyptien a appelé à “soutenir les institutions, les autorités et l’armée nationale” libyennes. L’Égypte, déjà en butte à ses propres groupes jihadistes dans le nord du Sinaï, partage plus de 1.000 km de frontière avec la Libye, et est directement menacée par le chaos dans lequel a plongé ce pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2012.
 
Tourisme, métro et accords militaires
Les sujets économiques ont constitué un autre grand volet des discussions. Le Caire veut organiser au premier trimestre 2015 une conférence économique internationale pour relancer son économie exsangue.
Le président Al-Sissi a rencontré jeudi matin des patrons français, et a discuté mercredi soir d’importants contrats d’armement lors d’un dîner avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.
Le constructeur naval français DCNS a signé au début de l’été un contrat estimé à 1 milliard d’euros pour fournir quatre corvettes Gowind à la Marine égyptienne. “Ce projet ouvre des portes car il suscite énormément d’intérêt chez les pays du Golfe”, se félicite une source gouvernementale française, ajoutant qu’une option sur deux navires supplémentaires devrait être abordée lors des entretiens.
Des discussions sont également en cours sur le renouvellement de la flotte égyptienne d’avions de combat Mirage 2000.
Paris et Le Caire ont par ailleurs signé mercredi des accords de plusieurs millions d’euros pour le métro du Caire et avec l’Aide Française au Développement (AFD).
Le tourisme, l’une des principales mannes économiques de l’Égypte, a aussi été évoqué: “Vous n’avez rien à craindre, les touristes sont les bienvenus”, a lancé le président Sissi, après avoir rencontré dans la matinée les tour-opérateurs et responsables du tourisme.
Malgré l’implacable pressions des frères musulmans (FM) et leurs allés contre le peuple égyptien, le président Al-Sissi, en quête de légitimité internationale, reste “un partenaire stratégique” incontournable, comme l’a souligné Rome. Il est à la tête d’”un grand pays et grand partenaire de la France”, selon Paris.
 
Sécurité régionale et les questions économiques
“Oui, on considère que Al-Sissi est légitime. Pour autant, il y a beaucoup à dire. Nous sommes conscients des tensions, les journalistes emprisonnés, la répression qui s’exerce bien au-delà de la lutte antiterroriste”, souligne une source à l’Élysée, assurant que ces questions ont été évoquées lors de l’entretien avec le président François Hollande.
Mais la politique intérieure de l’Égypte, engagée dans l’éradication de la confrérie des Frères musulmans classée “organisation terroriste”, n’a pas constitué pas le cœur des discussions, dominées par les enjeux de sécurité régionale et les questions économiques. La poudrière libyenne et les menaces qu’elle fait peser sur toute la région figurent ainsi au sommet des préoccupations communes des deux pays. Avec des différences d’appréciation cependant sur la façon de sortir de la crise.
“Les Égyptiens considèrent – à juste titre – que nous avons une responsabilité particulière. Ils ont le sentiment de ne pas avoir été entendus en 2011 en alertant sur les dangers d’une intervention occidentale, ils espèrent être entendus aujourd’hui. Ils estiment qu’il faut réintervenir en Libye, mais nous avons des doutes sur le fait que cette crise peut être résolue uniquement par la force”, explique une source gouvernementale française.
Sans confirmer cette implication directe de l’Égypte – que Le Caire dément-, Paris, qui reconnaît “un enjeu sécuritaire immédiat” en Libye, met cependant en garde contre des “initiatives extérieures” susceptibles de “compliquer encore la donne”. “On a besoin de se mettre d’accord sur la Libye, où l’on ne peut pas se passer d’une solution politique”, souligne la source élyséenne.
 
Le Caire: conférence économique internationale
Les sujets économiques constitueront un autre grand volet des discussions, alors que le Caire veut organiser au premier trimestre 2015 une conférence économique internationale pour relancer son économie exsangue. La délégation égyptienne doit ainsi rencontrer jeudi matin les représentants des patrons français. Mais c’est dans le huis clos des entretiens entre le président Sissi et ses interlocuteurs français que seront discutés les grands dossiers en cours.
Le constructeur naval français DCNS a signé au début de l’été un contrat estimé à 1 milliard d’euros pour fournir quatre corvettes Gowind à la Marine égyptienne. “Ce projet ouvre des portes car il suscite énormément d’intérêt chez les pays du Golfe”, se félicite la source gouvernementale française, ajoutant qu’une option sur deux navires supplémentaires devrait être abordée lors des entretiens.
Les discussions sont également en cours sur le renouvellement de la flotte égyptienne d’avions de combat Mirage 2000, précise-t-on.
À l’issue d’un déjeuner entre les deux chefs d’États, François Hollande et Abdel Fattah al-Sissi, des accords pour le métro du Caire et avec l’Agence française de développement seront signés.
 
Au Vatican: la solidarité de l’Église avec le peuple
En Italie, Abdel Fattah al-Sissi s’est entretenu pendant 22 minutes avec le pape François, réalisant ainsi la première visite au Vatican depuis huit ans d’un président égyptien. D’après un communiqué du Saint-Siège, des entretiens “cordiaux” ont permis de souligner “la solidarité de l’Église avec l’ensemble du peuple égyptien” durant la période de “transition politique”. “Le souhait a été exprimé que la coexistence pacifique puisse être renforcée entre toutes les composantes de la société” égyptienne, a ajouté le Vatican en évoquant “les garanties approuvées par la nouvelle Constitution sur la protection des droits de l’homme et la liberté religieuse”.
“La voie du dialogue interreligieux doit pouvoir être poursuivie”, ajoute le communiqué, dans une référence au sort des coptes, qui sont victimes de discriminations. Le rôle du Caire “dans la promotion de la paix et de la stabilité au Proche-Orient et en Afrique du Nord” a également été abordé, d’après le Saint-Siège.
 
Italie: l’Égypte est un partenaire stratégique
Al-Sissi s’est aussi entretenu avec le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. Lors d’une conférence de presse commune, ce dernier a rappelé que l’Italie “est absolument convaincue que la Méditerranée n’est pas la frontière mais le cœur de l’Europe et que l’Égypte doit être considérée comme un partenaire stratégique pour faire face aux problèmes de la région”. Les deux pays doivent renforcer leur coopération en matière de lutte antiterroriste, avec l’instauration de mini-sommets annuels. Une visite d’entrepreneurs italiens est prévue l’année prochaine, a précisé Matteo Renzi.