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Le maréchal "populaire" sur la route de la présidence

Karim Felli

30 Janvier 2014 12:55 pm

Alors que Mohamed Morsi comparaissait devant la justice pour son procès le 28 janvier, le maréchal Al-Sissi brille en “héros populaire”. Il a désormais mandat de l’armée pour porter sa candidature à la prochaine présidentielle égyptienne

 
 
Vu la vaste et grandiose popularité du maréchal, le Conseil suprême des forces armées (CSFA), a donné mandat à son chef, Abdel Fattah Al-Sissi, pour se présenter à l’élection présidentielle en Egypte. Le vice-premier ministre, qui est homme fort du pays, et très populaire, depuis qu’il a annoncé la destitution du président islamiste Mohamed Morsi en juillet, avait peu auparavant été élevé au rang de maréchal, le plus haut grade de l’armée égyptienne.
A noter que très peu de militaires égyptiens ont été élevés au grade de maréchal. Parmi eux figure Hussein Tantaoui, ex-chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui avait assuré l’intérim du pouvoir après la révolte populaire qui allait chasser du pouvoir Hosni Moubarak au début de 2011.
Le gouvernement intérimaire a reçu l’appui de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, émissaire du Quartette pour le Proche-Orient. Tony Blair a affirmé dans une interview à la chaîne de télévision Sky News Arabia: “Le fait est que les Frères musulmans ont tenté de détourner le pays de ses valeurs de base d’espoir et de progrès. L’armée est intervenue à la demande du peuple afin d’amener le pays à un nouveau stade de son développement démocratique et nous devons soutenir le nouveau gouvernement dans cette tâche”.
 
Parcours honorable
 
A noter qu’Al-Sissi, l’homme populaire et fort de l’Égypte maîtrise l’art de la discrétion. Le portrait de ce militaire de l’ombre s’affiche aujourd’hui sur les murs, dans les manifestations et jusque dans les chocolateries égyptiennes. Né en 1954 dans une famille de petits commerçants, il fut diplômé de l’Académie militaire égyptienne en 197. Il partit ensuite étudier en Angleterre en 1992, puis aux États-Unis en 2006. Dès le début de sa carrière, sous le régime Moubarak, il entretint des liens étroits avec l’Arabie saoudite où il devint attaché militaire égyptien. De retour dans son pays, il devint ensuite chef de la zone militaire Nord à Alexandrie. Patron des renseignements, Al-Sissi devint aussi, en 2011, le benjamin du Conseil Suprême des Forces armées (CSFA). Ce cercle des plus hauts gradés de l’armée égyptienne a eu un rôle important lors de la transition entre la chute d’Hosni Moubarak et l’élection du nouveau président Morsi. C’est ce dernier qui remercia l’influent maréchal Tantaoui, pour avoir nommé Abdel Fatah Al-Sissi à ses postes de chef du Conseil Suprême des Forces armées (CSFA) et de ministre de la Défense.
Al-Sissi fit ainsi son entrée au gouvernement. Grâce à sa renommée d’homme très pieux, les Frères musulmans le voyaient alors comme un allié. Sa nomination avait soulevé alors beaucoup de commentaires. Une mise au pas de l’armée par les nouveaux dirigeants islamistes? En fait, le général Al-Sissi cherche surtout à préserver l’indépendance et la protection de l’armée.
 
Groupe jihadiste menace Al-Sissi et l’Egypte
 
Dans ce contexte, un groupe jihadiste qui a revendiqué plusieurs attaques meurtrières en Égypte a menacé de s’en prendre à l’homme fort du pays, le chef de l’armée Abdel Fattah Al-Sissi, dont l’annonce de la candidature à l’élection présidentielle est attendue. Ce groupe jihadiste s’inspirant d’Al-Qaïda, Ansar Beït Al-Maqdess, a revendiqué l’assassinat d’un général de police, Mohamed Saïd, tué au Caire par des hommes armés qui ont pris la fuite à moto. La victime dirigeait le bureau technique du ministère de l’Intérieur, rattaché à la personne du ministre, Mohamed Ibrahim. Basé dans la péninsule du Sinaï, le groupe a menacé de s’attaquer au maréchal Sissi, à qui l’armée a demandé de postuler à la magistrature suprême, et au ministre de l’Intérieur. “La vengeance va venir”, a-t-il prévenu dans un communiqué publié sur des sites jihadistes.
 
Les FM et la violence
 
Selon le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE, un commandant d’Ansar Beït Al-Maqdess, Abou Oussama Al-Masri, a appelé les soldats à se mutiner, menaçant, sinon, de les attaquer. En septembre 2013, le ministre de l’Intérieur a échappé à un attentat revendiqué par ce groupe qui dit agir en faveur de frères musulmans (FM), de  Morsi et ses partisans. Depuis une semaine, au moins 14 policiers ont été tués et 9 soldats ont péri dans la péninsule du Sinaï, selon un bilan compilé. Mercredi encore, des hommes masqués sur une moto ont tué un policier à Charqiya, une ville du delta du Nil, selon des sources de sécurité. Ansar Beït al-Maqdess a parallèlement revendiqué l’attaque dans le Sinaï d’un gazoduc acheminant du gaz en Jordanie et menacé d’étendre sa “guerre économique contre la clique des traîtres jusqu’à leur défaite”. Il affirme qu’il va s’en prendre aux “intérêts économiques du régime”, accusant “Sissi et ses généraux” de se remplir “les poches de milliards de livres égyptiennes”.
Les Egyptiens soutiennent dans leur vaste majorité l’armée, et ont condamné l’assassinat du général de police
Le gouvernement intérimaire accuse les Frères musulmans qui ont été décrétés “organisation terroriste”.