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Le Hamas jugé menace majeure pour la sécurité égyptienne

Karim Felli

9 Mars 2014 10:15 am

Un tribunal du Caire a proscrit les activités et la présence du Hamas, considéré comme la branche palestinienne des Frères musulmans. Les attentats visant policiers et militaires se sont multipliés depuis la chute de Mohamed Morsi, notamment dans la péninsule du Sinaï frontalière avec Israël et Gaza, et des hauts responsables égyptiens accusent régulièrement le Hamas d##être “impliqué” dans ces attaques

 
Pour le gouvernement égyptien, le Hamas représente “une menace majeure pour la sécurité”. Les autorités du Caire l’accusent régulièrement d’être “impliqué” dans les attaques visant policiers et militaires, notamment dans le Sinaï. La justice égyptienne reproche également au Hamas d’avoir participé à un “projet terroriste” élaboré par Mohamed Morsi en 2005 avec le régime chiite iranien et son allié libanais du Hezbollah. Le pouvoir égyptien affirme par ailleurs que les groupes jihadistes du Sinaï collaborent avec des Palestiniens de la Bande de Gaza. L’enclave palestinienne partage une frontière d’une douzaine de kilomètres avec le territoire égyptien et elle est contrôlée par le Hamas.
 
Allié des Frères musulmans 
A noter que durant la présidence de Mohamed Morsi, de juin 2012 au 3 juillet 2013, le Hamas a été l’un des plus proches alliés du nouveau gouvernement. Mais le gouvernement intérimaire de l’Egypte a gelé les relations avec le mouvement palestinien depuis qu’il a ouvertement critiqué la destitution de Morsi. Depuis 2012, l’armée égyptienne a détruit des centaines de tunnels entre le Sinaï et la bande de Gaza, qui permettaient à des contrebandiers de fournir notamment du carburant et des matériaux de construction à l’enclave palestinienne, mais que l’Egypte suspecte de servir aussi au passage d’armes et de militants islamistes vers Gaza.
Fondé en 1987 dans la Bande de Gaza, le Hamas palestinien est une émanation des Frères Musulmans égyptiens. Lorsque ces derniers sont arrivés au pouvoir au Caire en 2012, le Hamas a donc senti le vent tourner en sa faveur et il a pu croire pendant quelques mois que le temps de son isolement politique avait pris fin. L’Egypte, qui refuse de reconnaître le gouvernement du Hamas à Gaza, ne permet que ponctuellement, suivant les conditions de sécurité, le passage d’aide via Rafah, faisant valoir que cette mesure est destinée aux personnes et pas aux biens.
A noter que des militants pro-palestiniens étrangers avaient protesté au Caire en 2000 lorsqu’ils s’étaient vu interdire d’entrer à Gaza. Selon un organisateur d’un convoi d’aide humanitaire, certaines militantes pro-palestiniennes ont pu entrer dans le pays. Rappelons que le pouvoir égyptien alors dirigé par Hosni Moubarak avait autorisé certains militants à traverser le point de passage.
 
Le Qatar isolé 
Simultanément, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont décidé mercredi dernier de rappeler leurs ambassadeurs au Qatar, reprochant à Doha ses ingérences dans les affaires de ses voisins, un geste sans précédent dans les relations entre pays arabes du Golfe. “Il a été demandé au Qatar de ne soutenir aucune action de nature à menacer la sécurité et la stabilité des Etats membres”, indique un communiqué commun publié dans les capitales des trois pays qui citait notamment les campagnes dans les médias, une allusion à la chaîne de télévision Al-Jazira.
 
Une violente crise a éclaté, au sein du groupement des pays arabes du Golfe. Trois membres de ce groupe, l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn, ont décidé de rappeler leurs ambassadeurs du Qatar, un pays accusé de soutenir la mouvance islamiste dans le monde arabe.
 
Le Qatar menace la stabilité 
Ryad et Doha sont des rivaux, par exemple sur la question égyptienne. Là où le royaume saoudien soutient sans faille le général Sissi dans sa lutte contre les Frères musulmans, le Qatar, au contraire soutient sans réserve ces derniers. Même chose en Syrie où les pays soutiennent, certes, la rébellion islamiste, mais pas les mêmes groupes. Cela a été le cas également en Libye notamment. Enfin, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et Bahreïn soupçonnent fortement le Qatar d’être un des soutiens des Frères musulmans établis dans leurs propres pays. Pour Doha, la crise concerne donc surtout l’Egypte. L’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Emirats soutiennent le nouveau régime égyptien et jugent Doha “trop lié aux Frères musulmans”.
 
Signaux présidentiels 
Dans ce contexte, le maréchal Abdel Fattah Al-Sissi, chef de l’armée et homme populaire de l’Egypte, a annoncé qu’il ne pouvait “ignorer” les appels du peuple à se présenter à la présidentielle.
Sept mois tout juste après l’éviction du président islamiste, le maréchal Al-Sissi, la personnalité la plus populaire du pays, est donné favori du scrutin prévu au printemps.
S’il ne s’est pas encore officiellement déclaré, le maréchal Al-Sissi ne cache plus depuis un certain temps sa ferme intention de briguer la présidence. Déjà fort du “mandat” de l’armée et de rassemblements réclamant sa candidature, il ne lui reste plus qu’à quitter le gouvernement -où il est vice-Premier ministre et ministre de la Défense- et à prendre sa retraite ou quitter l’armée pour être éligible. Al-Sissi a estimé qu’”il ne pouvait tourner le dos au moment où la majorité réclame sa candidature à l’élection présidentielle”, ajoutant que “des mesures officielles seront prises dans les jours qui viennent”.
Des hauts responsables proches du maréchal ont affirmé qu’il quitterait le gouvernement dès que la loi électorale encadrant le scrutin présidentiel sera promulguée. Le président par intérim Adly Mansour devrait approuver ce texte sous deux semaines au plus tard.
La présidentielle est l’avant-dernière étape de la “transition démocratique”. Elle sera suivie par des législatives pour doter le pays d’un Parlement.