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L'aviation russe frappe l’EI en Syrie

Karim Felli

1 Octobre 2015 2:44 pm

 
 
L’aviation russe a mené mercredi ses premiers bombardements en Syrie à la demande du président Bachar al-Assad, Vladimir Poutine assurant qu’il fallait prendre les “terroristes” de vitesse et les frapper avant qu’ils ne viennent “chez nous”. Ces frappes, dont les objectifs ont soulevé des doutes notamment à Paris, sont intervenues quelques heures avant que la Russie ne présente à l’ONU un projet de résolution visant à “coordonner toutes les forces qui font face à l’Etat islamique et aux autres structures terroristes”. Il y a “des indications selon lesquelles les frappes russes n’ont pas visé Daech” (l’Etat Islamique), a déclaré à la presse à New York le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, ajoutant qu’il “faudrait vérifier quels étaient les objectifs” des avions russes.
L’accélération de l’engagement de Moscou s’inscrit sur fond de bras de fer entre le président américain Barack Obama et son homologue russe sur le sort à réserver à Bachar al-Assad, “tyran” pour l’un et rempart contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) pour l’autre. Mécontent, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est plaint auprès de son homologue russe Sergueï Lavrov et a jugé ces bombardements contre-productifs. Washington a toutefois estimé que l’intervention russe ne changerait rien aux missions anti-EI de la coalition.
Les Etats-Unis et la communauté internationale sont mis devant le fait accompli des initiatives militaires et diplomatiques russes en Syrie.
Quelques heures après les premiers bombardements russes en Syrie, le secrétaire d’Etat John Kerry a déclaré devant les Nations unies que Washington n’était pas opposé aux frappes russes à condition qu’elles visent vraiment les positions de Daesh et Al-Qaïda. Mais les Etats-Unis s’opposent à ces frappes si elles ne visent pas ces groupes terroristes. « Nous avons dit clairement que nous aurions de sérieuses inquiétudes si la Russie devait frapper des zones où il n’y a pas d’opérations de l’Etat islamique et de (groupes) affiliés à Al-Qaïda », a-t-il déclaré lors de la réunion du Conseil de sécurité.
 
Poutine prend l’initiative
En frappant dans trois régions syriennes, la Russie prend une nouvelle fois les États-Unis de vitesse et rappelle qu’elle est un soutien indéfectible au président syrien, toujours au pouvoir après plus de quatre ans d’une guerre qui a fait plus de 240.000 morts. La Russie, qui s’est replacée de manière spectaculaire au centre du conflit syrien et du grand jeu diplomatique, intervient aussi loin de son territoire pour la première fois depuis 36 ans: à l’époque, en 1979, il s’agissait pour les troupes soviétiques d’envahir l’Afghanistan.
L’annonce des frappes est venue de Washington avant d’être confirmée à Moscou par le ministère de la Défense. L’aviation russe a procédé à des “frappes de précision”, détruisant notamment des “équipements militaires”, des moyens de communication et des “stocks d’armes et de munitions” de l’EI, selon un porte-parole militaire russe.
Selon une source de sécurité syrienne, les frappes visaient “des positions terroristes” dans les provinces de Hama, Homs et Lattaquié, dans le nord-ouest et le centre du pays. Les zones visées à Homs et Lattaquié sont tenues par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, et des rebelles islamistes, tandis qu’à Hama sont présents les jihadistes de l’EI.
 
Compromis entre Bachar et l’opposition
Le maître du Kremlin a parallèlement appelé Bachar al-Assad au “compromis” avec l’opposition tolérée par le régime. “Le règlement définitif et durable du conflit en Syrie n’est possible que sur la base d’une réforme politique et d’un dialogue avec les forces saines du pays”, a-t-il déclaré, ajoutant que le président syrien était “prêt à un tel processus”. Il a en outre affirmé que les bombardements étaient conformes au droit international puisqu’ils répondaient à une demande d’aide militaire formulée par la présidence syrienne, qui a confirmé qu’une lettre en ce sens avait été envoyée par Bachar al-Assad, à défaut d’une résolution à l’ONU.
Le président russe a également confirmé que le dispositif ne concernait que des frappes aériennes en soutien aux forces gouvernementales, excluant ainsi l’engagement de troupes au sol. Selon le président russe, les informations sur les frappes aériennes seront transmises aux États-Unis via le centre de coordination antiterroriste mis sur pied à Bagdad par la Syrie, l’Iran, l’Irak et la Russie, auquel il a appelé tous les États “intéressés par la lutte contre le terrorisme” à se joindre. A la manœuvre dans le dossier syrien, Vladimir Poutine s’est imposé en quelques semaines comme un acteur incontournable face à Barack Obama. Washington a d’abord été pris de court par le coup de poker de Moscou qui a solidement renforcé en septembre sa présence militaire dans le nord-ouest de la Syrie, bastion du régime, en déployant de l’équipement militaire et en construisant une base dans l’aéroport de Lattaquié. La Russie a également intensifié ses livraisons d’armes à l’armée régulière syrienne.
Puis lundi à l’ONU, le président russe a appelé à la formation d’une “large coalition antiterroriste” contre l’EI, incluant Damas et Téhéran. Barack Obama, qui mène sans grand succès depuis un an une vaste campagne contre le groupe jihadiste, ainsi que le président français François Hollande rejettent toutefois cette idée et insistent sur la nécessité d’un “nouveau dirigeant” à Damas.
Position égyptienne
Le président Abdel Fattah El-Sissi avait déclaré mardi soir à l’American Public Service de radiodiffusion (PBS) à New York, que le terrorisme n’est pas un phénomène facile à contrer, en disant que, bien que les États-Unis aient de l’expérience dans la lutte contre le terrorisme, il a fallu beaucoup de temps pour éliminer la menace terroriste.
Parlant de la force croissante de l’ EI, El-Sissi a déclaré que la coalition internationale – dont l’Egypte est membre – est capable de le vaincre militairement.
Il a cependant souligné que cette approche est incomplète, relevant la nécessité d’une approche globale qui comprenne les dimensions économiques, sociales et culturelles.
En ce qui concerne la situation en Syrie, El-Sissi a dit qu’il soutient une solution politique, pas à caractère purement militaire.