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La guerre des mots continue entre Russie et Turquie

Karim Felli

3 Décembre 2015 4:12 pm

La Turquie propose à la Russie de discuter, mais lui reproche aussi ses “accusations”. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a appelé la Russie à rétablir le dialogue avec son gouvernement plutôt que de continuer à lancer des “accusations sans fondement” sur l’achat par Ankara, la capitale turque, de pétrole produit par les jihadistes du groupe de l’Etat islamique (EI). “Nous devrions nous asseoir à une table et discuter de ce que nous pourrions faire plutôt que de lancer des accusations sans fondement”, a estimé le chef du gouvernement, alors que les relations entre la Turquie et la Russie sont très houleuses depuis qu’un avion militaire russe a été abattu par des chasseurs turcs il y a une semaine à la frontière syrienne. Les Turcs accusent le bombardier russe d’avoir délibérément violé son espace aérien, ce que les Russes démentent catégoriquement.
“Quand vous avez une guerre à vos portes et que les réfugiés entrent en Turquie, il n’est pas responsable d’ignorer les incursions dans votre ciel. Il n’est pas possible de cacher des violations de l’espace aérien derrière des accusations sans fondement qui mettent en cause la Turquie au sujet de prétendus achats de pétrole auprès de Daech”, l’acronyme arabe de l’EI, a ajouté Davutoglu.
Furieux, le président russe, Vladimir Poutine, accuse avec insistance Ankara de couvrir le trafic de pétrole auquel se livre l’EI en Syrie et en Irak, ce que nie son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. La tension entre Russie et Turquie est telle que Vladimir Poutine a refusé lundi le “face-à-face” proposé par Erdogan en marge de la conférence de l’Onu sur le climat qui se tenait à Paris et à laquelle ils assistaient tous les deux.
Parallèlement, le président américain, Barack Obama, a appelé la Russie et la Turquie à se concentrer sur “un ennemi commun”. “Nous avons parlé de la manière dont la Turquie et la Russie pourraient travailler à réduire les tensions. Comme je l’ai dit à Monsieur Erdogan, nous avons tous un ennemi commun et c’est l’EI. Et je veux être certain que nous nous concentrons sur cette menace, et je veux m’assurer que nous restons concentrés sur la nécessité de trouver une forme de solution politique en Syrie”, a-t-il déclaré à Paris.
Il a par ailleurs réitéré le droit de la Turquie, alliée des Etats-Unis au sein de l’alliance militaire de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord), à se défendre. “Je veux être très clair : la Turquie est un allié de l’Otan. Les Etats-Unis soutiennent les droits de la Turquie à se défendre, à défendre son espace aérien et son territoire”, a-t-il dit, après une rencontre à l’ambassade américaine avec son homologue turc.
C’est par un décret, samedi 28 novembre, que Vladimir Poutine a annoncé, comme attendu, une série de sanctions contre la Turquie. Dans ce communiqué, diffusé par le Kremlin, il annonce que l’importation de certains produits turcs, notamment agricoles, sera suspendue, sans donner de détails, la liste précise étant en cours d’élaboration. Plus encore, les Turcs, et surtout les expatriés en Russie, seront également directement affectés par l’incident diplomatique: l’embauche d’employés turcs par des entreprises russes sera soumise à restrictions dès le 1er janvier 2016, et les activités de certaines entreprises turques en Russie seront limitées.
Concernant les échanges touristiques, mauvaise nouvelle également : les tour-opérateurs et agences de voyages russes vont devoir cesser sans plus tarder de commercialiser des séjours en Turquie et les vols charter de Russie jusqu’en Turquie vont être interdits. Notons que l’accord d’exemption de visas entre la Turquie et la Russie (contrairement aux Français, les Turcs n’ont en effet pas besoin de visa pour se rendre en Russie pour un court séjour) qui avait été visé pour le gouvernement russe, pour une application également dès le 1er janvier 2016.