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La fête du "Oui" au référendum

Karim Felli – Michael Victor

17 Janvier 2014 2:07 pm


Au-delà des résultats, les chiffres de la participation à ce référendum étaient très attendus en Egypte et dans le monde entier. Watani Francophone était en cours d##impression au moment de l##annonce des résultats définitifs.

Les Egyptiens se sont rendus aux urnes mardi et mercredi derniers pour se prononcer sur le nouveau texte constitutionnel. Le troisième depuis la révolution de 2011. Dans les bureaux de vote, la grande majorité des électeurs disaient être en faveur du oui. Oui à la stabilité du pays. Les derniers sondages donnaient d’ailleurs le oui largement en tête. Voter non c’était faire le choix du terrorisme et du chaos.
Le porte-parole du président a déclaré, devant la forte participation au référendum, que c’était une belle journée pour l’Égypte et la démocratie, selon un communiqué de la présidence, qui ne donnait pas de taux de participation.
Les résultats partiels du scrutin qui s’est déroulé mardi et mercredi laissent penser que le projet de Constitution a été approuvé par plus de 90% des votants, mais les résultats officiels étaient attendus samedi soir.
“Cette participation exprime un rejet du terrorisme, et une affirmation de la part du peuple de sa volonté de réaliser les objectifs de la feuille de route vers l’avenir, ainsi que le développement économique et la stabilité”, a estimé la présidence dans son communiqué.
Rejet des Frères
La Confrérie n’a passé qu’un an au pouvoir mais elle a réussi à se mettre à dos une bonne partie de la population. Une hostilité due aux pénuries en tous genres (électricité, carburant) qui paralysaient le pays. Des pénuries dues aussi à une gestion incompétente et à la nomination de membres de la Confrérie à la plupart des postes clefs.
Outre l’armée, la police, les magistrats, les journalistes, intellectuels et artistes, la confrérie a réussi à se mettre à dos une bonne partie des ouvriers et des paysans. Car les Frères musulmans se sont avérés être encore plus libéraux économiquement que le régime Moubarak.
Ces rois du commerce pratiquaient une loi du marché sans restrictions. Les jeunes de la Révolution ont été oubliés au profit des jeunes de la Confrérie, mais plus grave encore, la femme était en train de perdre une bonne partie de ses droits. Il suffit de rappeler que la Constitution des Frères musulmans avait fait l’impasse sur l’égalité homme-femme.
Avantages
L’islamisme a été remplacé par l’humanisme, même si la charia reste « la source principale de la législation ». La possibilité de se référer à des fatwas vieilles de plus de mille ans a été écartée. Plus question donc de voir des juges s’appuyer sur la Constitution pour prononcer des peines de flagellation.
La femme a retrouvé son statut d’égale de l’homme et le commerce des êtres humains a été formellement banni. L’enfance a, elle aussi, reçu une définition claire permettant d’exclure le mariage précoce et le travail des enfants. La liberté d’expression a obtenu de meilleures garanties, dont celle de ne pas finir en prison sauf dans le cas d’incitation au crime.
Les ouvriers et paysans, qui formaient la moitié du Parlement, ont perdu ce privilège qui était généralement détourné au profit des patrons et des propriétaires terriens. Ils doivent en revanche être représentés dans tous les conseils d’administration, et obtiennent des quotas dans les conseils municipaux, tout comme les femmes et les jeunes. Reste maintenant à traduire ces dispositions dans la réalité pour que la Constitution ne finisse pas comme simple décor.
Juridiquement, la constitution instaure un régime parlementaire monocaméral dualiste. Le gouvernement est à la fois responsable devant un président de la République et une assemblée législative. Le président possède le droit de dissoudre le Parlement, et le Parlement celui de renverser le gouvernement.
Les droits et libertés sont établis plus solidement, particulièrement concernant les femmes, les enfants et les minorités religieuses. Toutefois, leur concrétisation dépend du pouvoir judiciaire et du reste de l’Etat. Le déroulé de la campagne du référendum indiquait cela.
Similairement, la Constitution est plus socialisante, notamment en instaurant des seuils budgétaires sur les postes de l’éducation et la santé.
Il est évident qu’un succès au référendum permettrait d’asseoir la légitimité du changement de pouvoir du 3 juillet 2013. Il opposerait un argument juridique et populaire à la coalition des Frères musulmans dont le discours repose sur les succès électoraux successifs de la confrérie après le 25 janvier 2011 et l’approbation de la Constitution de 2012 par référendum.
Vote pour les droits
Dans ce contexte, le pape Tawadros II, pape d’Alexandrie et patriarche de la prédication de Saint Marc a voté mardi dernier sur le projet de la Constitution à l’école préparatoire d’el-Sarayat à Abasseya.
Le pape a refusé de faire des déclarations à la presse, en disant « que Dieu protège l’Égypte ».
Les électeurs chrétiens d’Egypte se sont mobilisés massivement en faveur du « oui ». Il y a pour eux un sentiment que cette nouvelle Constitution sur laquelle il faut voter, protège davantage les libertés religieuses.
On espère aussi qu’elle offrira plus de garanties à la communauté chrétienne pour vivre en Egypte, pour que les droits des chrétiens soient respectés et pour avoir aussi la possibilité de construire des églises. Le sujet est très important pour notre communauté religieuse.
Les Coptes égyptiens soutiennent également cette Constitution parce qu’ils rejettent, pour la plupart profondément, les Frères musulmans. On garde ici un très mauvais souvenir de la présidence de Mohamed Morsi, avec la crainte à l’époque de discriminations religieuses et la peur de l’instauration d’un régime islamiste.
Le général al-Sissi très populaire
Et puis, il y a eu au mois d’août les attaques perpétrées à l’encontre de la communauté chrétienne. Ces attaques ont eu lieu après la chute de Mohamed Morsi, et ont été attribuées à des militants islamiques.
Il y a enfin l’immense popularité du général al-Sissi. La plupart des électeurs affirment voter « oui », non seulement à la Constitution, mais aussi au chef de l’armée, dont beaucoup espèrent qu’il présentera sa candidature, une fois que cette dernière sera adoptée.
La nouvelle Constitution offre de nouvelles garanties pour la liberté de culte, un argument décisif pour les coptes, qui dénonçaient l’influence islamiste de la précédente Constitution. En Egypte,  il y a beaucoup d’endroits où il n’y a pas d’églises et où on n’avait pas le droit d’en construire. Or la nouvelle Constitution indique qu’il y aura une loi spéciale pour la construction des églises et de tous les édifices religieux.
Premières estimations
 
Selon les premières estimations rapportées les comités électoraux, dans les différents villes, au moins 97% des votants ont approuvé la nouvelle Constitution. Le taux de participation n’était pas encore connu officiellement, mais il tourne autour 39%, les bulletins de “Oui” tourne autour 97%, les bulletins annulés sont environ 1%, les bulletins de “Non” sont 2%, après compter les voix dans 93% environ des bureaux de vote. Dans ce contexte, la porte-parole militaire a dit que le référendum devrait être ajouté aux scènes glorieuses de peuple égyptien.  Dans un communiqué publié après la fermeture des bureaux de vote, le porte-parole de l’armée a remercié les “foules” de votants d’avoir pris part à ce qu’il a appelé la “bataille héroïque du référendum”.
A noter que la Constitution élaborée sous les Frères musulmans en 2012 avait recueilli 64% de oui mais seulement 33% des électeurs s’étaient déplacés.
 
Transition démocratique
Réussir ce référendum, le premier depuis la destitution de Morsi, est la préoccupation majeure du gouvernement transitoire. Il ne veut pas seulement réaliser la première étape de la transition démocratique, mais aussi prouver sa légitimité, démontrer qu’il ne détient pas le pouvoir, mais plutôt répondre à la volonté du peuple, de ces millions d’Égyptiens descendus dans les rues le 30 juin 2013.
A noter que 53 millions d’électeurs égyptiens avaient le droit de voter leur constitution mardi et mercredi derniers.
“Nous espérons une participation de plus de 50%”, a déclaré le porte-parole du gouvernement Hani Salah mercredi soir à la clôture de deux jours de scrutin.
 
Mandat populaire
 
Le Chef de l’armée, vice-premier ministre et ministre de la défense, le général Abdel Fattah Al-Sissi, dont le portrait orne de nombreux bâtiments, a lié à demi-mot sa candidature à l’élection présidentielle, qui pourrait se tenir en avril, au “mandat populaire” que lui conférerait, selon lui, une forte participation et une large victoire du “oui” à la Constitution. Pour assurer la sécurité du scrutin qui se clôturait mercredi soir, le gouvernement a annoncé le déploiement de 160.000 soldats et 200.000 policiers.
Pour les experts, le gouvernement voit dans ce référendum un premier moyen d’obtenir une caution par les urnes pour ce que ses détracteurs présentent comme un “coup d’Etat”. “Ils ont besoin d’un vote populaire de confiance clair, qui permettrait au général Al-Sissi de se présenter à la présidentielle s’il le décidait”, estime Andrew Hammond, du European Council on Foreign Relations.
 
En faveur de la feuille de route
 
Le président de la République, le Conseiller Adly Mansour, a appelé le peuple égyptien à participer au référendum sur la nouvelle Constitution. Dans une déclaration exclusive à la télévision égyptienne après avoir voté sur la nouvelle Constitution, Mansour a affirmé que le peuple égyptien ne voterait pas seulement en faveur de la constitution, mais également en faveur de la feuille de route. L’Égypte accueille favorablement la participation des correspondants étrangers des agences de presse et des chaînes télévisées pour la couverture du vote sur la Constitution et aux prochaines échéances électorales, a déclaré de sa part mardi le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères Badr Abdel Ati. “Nous saluons la couverture médiatique objective de cette mobilisation politique et sociétale, a ajouté le diplomate, signalant que toute critique est la bienvenue à condition qu’elle soit impartiale, bien placée et fondée sur des faits réels surtout que le pays tente d’aller de l’avant sur la voie d’un régime démocratique respectant à fond la liberté de la presse, d’expression et de publication”.
 
 
 
Violences des FM
 
Dans la majeure partie du pays, de nombreux votants ont patienté calmement devant les bureaux de vote gardés par des policiers et des soldats armés. Les deux journées du référendum ont cependant été marquées par des manifestations des partisans de Morsi et des Frères musulmans (FM). Ces derniers ont appelé à boycotter le scrutin. Les affrontements les plus meurtriers se sont produits à Sohag, au sud du Caire, et à Guiza. Deux heures avant l’ouverture des bureaux de vote mardi, une bombe de faible puissance a endommagé la façade d’un tribunal au Caire sans faire de blessé.
Après l’explosion, des centaines de personnes se sont rassemblées devant le tribunal, brandissant des photographies du général al-Sissi. Durant les deux jours, plus de 350 personnes ont été arrêtées pour avoir perturbé les opérations de vote, selon le ministère de l’Intérieur.
 
Soutien économique
 
Washington avait appelé à un référendum “transparent”. Avec la tenue de ce scrutin, le Congrès des Etats-Unis devrait adopter cette semaine une mesure donnant au président Barack Obama le pouvoir de verser près de 1.4 milliard de dollars à l’Egypte, à laquelle Washington avait partiellement suspendu son aide militaire substantielle.
Il y avait une large campagne d’affichage publique en faveur du “oui” et de la propagande dans les médias.
 
Sauf surprise, c’est le “oui”
 
Sauf surprise, c’est le “oui” qui devrait l’emporter lors du référendum sur la nouvelle Constitution. Pour beaucoup d’Égyptiens, voter “oui”, c’est voter pour un retour à la stabilité à la fois politique et économique après trois années de soubresauts postrévolutionnaires. Ils sont nombreux, aussi, à penser que le nouveau texte de loi est “le meilleur” de l’histoire égyptienne, il tourne la page “de l’obscurantisme” des Frères – désormais étiquetés comme “terroristes” – , et s’inscrit dans la continuité des demandes de la révolution de janvier 2011.