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La chute des islamistes en Tunisie

Karim Felli

25 Décembre 2014 2:03 pm

  
La Tunisie choisit un anti-islamiste pour la diriger. Au terme d’une campagne difficile qui a duré un mois, Beiji Caïd Essebsi est sorti vainqueur de la première élection présidentielle démocratique qu’ait connue la Tunisie, remportant 55,68 % des suffrages, selon les données officielles communiquées par l’Instance électorale (ISIE). Le président du parti anti-islamiste Nidaa Tounès l’emporte nettement sur son rival, Moncef Marzouki (44,32 %), le président sortant qui se présentait en indépendant. Pour cette première élection présidentielle libre depuis l’Indépendance, le processus démocratique a pu être mené jusqu’à son terme, sans que le pays ne sombre dans le chaos, ce qui en soi constitue déjà une victoire.
 
Défis à relever
Au-delà, les deux campagnes successives -législatives et présidentielle- laissent des traces profondes dans le pays, partagé entre les “pro” et les “anti” islamistes. Entre deux choix de société, les électeurs ont tranché en faveur des “anti”.
Ce qui ne sort pas les islamistes du paysage politique, loin de là. Ils constituent désormais la deuxième force politique du pays qui a capté un tiers des voix lors des élections législatives d’octobre. Sensible aux arguments d’Ennahdha, la société n’était pas, pour autant, prête à les voir gouverner.
“Nous avons évité le pire”, résumaient, les Tunisiens, conscients qu’en même temps ce nouveau président ne représente pas un idéal. Beaucoup parmi les acteurs de la Révolution de jasmin ne doivent pas se reconnaître dans ce chef d’Etat dont le programme ne laisse que peu de place aux jeunes, aux chômeurs, aux femmes, aux modernistes, tous ceux qui sont descendus dans la rue en 2011. Déjà lors du premier tour, les jeunes se sont peu mobilisés (taux de participation de 53% contre 64,8% lors du premier tour le 23 novembre).
Caïd Essebsi promet d’être “le président de tous les Tunisiens”, “J’assure que je serai, si Dieu le veut, le président de toutes les Tunisiennes et de tous les Tunisiens”, a déclaré le vainqueur de la présidentielle à la télévision nationale. “La campagne électorale est terminée et il faut que nous regardions tous vers l’avenir”, a-t-il ajouté.
 
Unité nationale
Toute la difficulté à présent pour le président de Nidaa Tounès est de réussir à faire l’unité nationale, à réunifier le nord avec le sud, et à gommer les disparités régionales. A lui de lancer des programmes économiques et sociaux suffisamment fédérateurs pour faire oublier que le sud a voté majoritairement pour Ennahdha aux élections législatives d’octobre. A lui également de générer des courants d’investissements dans les régions enclavées. Quitte à contrarier une partie de sa base électorale. C’est un numéro d’équilibriste qui attend le président Essebsi, contraint de tendre la main aux islamistes. Un des premiers tests va venir de la composition du gouvernement.
De par la Constitution adoptée en janvier, le Premier ministre doit être issu de la formation majoritaire au Parlement, donc de Nidaa Tounès. La situation économique va très vite arriver sur le bureau du nouveau président. Car quatre ans après la révolution motivée, alors, par la montée de la pauvreté, le chômage et la misère demeurent endémiques et la croissance atone. Plus de 50 % de l’économie reste informelle, selon la Banque mondiale. L’autre grand chantier touche à la sécurité. Une mouvance jihadiste armée responsable de la mort de nombreux soldats et de deux figures anti-islamistes en 2013 a généré un climat d’insécurité auquel il faut mettre fin.
De sa part, le président tunisien Moncef Marzouki a reconnu sa défaite à la présidentielle et félicité le vainqueur Béji Caïd Essebsi. Béji Caïd Essebsi a servi aussi bien sous Habib Bourguiba, le premier président tunisien, que sous Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011. Il s’apprête à diriger la Tunisie après quatre années de transition mouvementée à la suite de la révolution de janvier 2011.
 
Félicitations à Essebsi
Le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi a félicité le vétéran politique tunisien Béji Caïd Essebsi après que les autorités électorales en Tunisie ont déclaré sa victoire aux élections présidentielles.
Dans une déclaration présidentielle, Al-Sissi a confirmé le plein soutien de l’Egypte de la Tunisie et sa volonté de renforcer la coopération entre les deux pays. Al-Sissi a ajouté qu’il espère pour “une nouvelle ère de solidarité et de coopération arabe”.
 
François Hollande a félicité Béji Caïd Essebsi et lui a souhaité “le plein succès dans sa mission au service du peuple tunisien”, dont il a salué “le sens des responsabilités”. Il a salué également la détermination, le sens des responsabilités et l’esprit de compromis que le peuple tunisien et ses représentants ont montrés pour faire aboutir la transition démocratique dans le respect des aspirations de la révolution de 2011. Barack Obama a félicité le vainqueur de ce scrutin qui constitue, selon lui, une ”étape cruciale” dans la transition vers la démocratie. L’Union européenne a estimé que les Tunisiens “ont écrit une page historique dans la transition démocratique du pays”. “Tout au long du processus électoral, le peuple tunisien a transmis un message d’espoir à tous les peuples qui, comme lui, aspirent à un avenir plus pacifique, démocratique et prospère”, a déclaré dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.