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Initiative égyptienne pour résoudre la crise libyenne

Karim Felli

28 Août 2014 9:53 am

 

Près de trois ans après la chute du colonel Mouammar Kadhafi, l’espoir d’une transition démocratique en Libye s’est évanoui. Le pays est au bord de l’implosion. Après Benghazi — deuxième ville du pays et berceau de la révolution — c’est au tour de la capitale, Tripoli, de sombrer dans la guerre des clans. Les milices islamistes multiplient les attaques contre le pouvoir central, dont elles contestent la légitimité.

Le département d’Etat américain, qui avait affirmé que l’Egypte et les Emirats arabes unis étaient à l’origine des raids aériens menés récemment par des avions non identifiés contre des positions islamistes en Libye, est revenu sur ses déclarations. La diplomatie américaine a publié un communiqué qui corrige des propos tenus par la porte-parole Jen Psaki. Le Caire, qui mène une vaste campagne contre ses propres mouvements islamistes depuis l’éviction du président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, nie toute implication militaire en Libye. Les Emirats arabes unis n’ont fait aucun commentaire. Le gouvernement libyen dit quant à lui ignorer d’où viennent ces raids, revendiqués par le général rebelle Khalifa Haftar, bien que celui-ci ne dispose a priori pas des moyens nécessaires.

 

Pourparlers avec l’Algérie et la Tunisie

“L’Egypte est entrain de mener des pourparlers avec l’Algérie et la Tunisie pour aboutir à une solution politique à la crise en Libye et garantir sa stabilité”, a déclaré le président, Abdel Fattah Al-Sissi lors d’une interview accordée, aux rédacteurs en chef des journaux égyptiens. La position égyptienne est une réaction à la situation sécuritaire désastreuse en Libye, notamment après que des milices incontrôlables aient récemment incendié l’aéroport international de Tripoli. Le Raïs, a affirmé lors de cette interview qu’aucun avion égyptien n’a accompli d’acte militaire sur le territoire libyen.

Fayez Gabril, ambassadeur de Libye au Caire, a déclaré que l’initiative égyptienne pour résoudre la crise libyenne avait pour finalité de rétablir la stabilité en Libye, malgré les préoccupations de l’Egypte quant au sujet de la bande de Gaza et des affaires intérieures. Dans une interview exclusive à la chaîne satellite “Al-Arabiya Al-Hadath”, Gabril a souligné que le peuple libyen appréciait le rôle de l’Égypte, président et peuple, dans l’hébergement d’une importante réunion sur la Libye. Gabril a démenti toute intervention militaire égyptienne en Libye, affirmant que l’Égypte cherchait une solution politique à la crise libyenne. Il a précisé que la crise libyenne était une question de sécurité nationale arabe.

Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, s’est entretenu avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi des derniers développements de la situation en Libye avant l’ouverture de la 4eme réunion ministérielle des pays voisins de la Libye. Choukri et Al-Arabi ont jugé “importante” la formation rapide du gouvernement libyen, la construction des institutions de l’État et la préparation de la réunion prévue en Espagne à laquelle participent des pays voisins de la Libye et des États européens. Selon le porte-parole officiel du ministère des Æ, Badr Abdel Atti, les deux parties ont discuté d’un nombre de questions régionales avec en tête la cause palestinienne, la situation à Gaza, les efforts égyptiens continus pour parvenir à une trêve et la reprise des négociations indirectes entre les côtés palestinien et israélien.

 

La Libye devient un centre de djihadistes

Capitalisant sur leur succès militaire à Tripoli, les miliciens islamistes de la coalition “Fajr Libya” (Aube de la Libye) ont obtenu une réunion lundi de l’Assemblée sortante, le Conseil général national (CGN – à dominante islamiste), dont le mandat a théoriquement expiré avec l’élection le 25 juin d’un nouveau Parlement.

Estimant que cette assemblée -dominée par les non-islamistes- et le gouvernement provisoire ont perdu “toute légitimité” après avoir appelé à une intervention étrangère pour l’aider à lutter contre les milices, le CGN a chargé une personnalité pro-islamiste, Omar al-Hassi, de former un “gouvernement de salut national” en l’espace d’une semaine. Le chef du gouvernement provisoire, Abdallah al-Theni, a aussitôt qualifié d’”illégales” la réunion du CGN et ses décisions. Il a dénoncé les exactions de miliciens islamistes à Tripoli, qui n’ont pas hésité selon lui à piller et incendier sa résidence dans la capitale. Pour se soustraire aux pressions des groupes armés, le Parlement et le gouvernement provisoire ont choisi de siéger à Tobrouk, à 1.600 km à l’est de Tripoli, mais leurs adversaires leur reprochent de se couper ainsi de la réalité du pays où les milices armées règnent en maîtres.