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Erdogan remanie son gouvernement

29 Décembre 2013 1:26 pm

Le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé mercredi soir un vaste remaniement ministériel après la démission, le même jour, de trois ministres, mis en cause dans un retentissant scandale politico-financier.

Dix des vingt ministres de l’ancien gouvernement ont été remplacés – parmi lesquels celui des affaires européennes, Egemen Bagis, dont le nom a été cité dans l’affaire qui secoue le sommet de l’Etat turc depuis huit jours. Comme prévu avant que ce scandale éclate, les ministres de la Justice, de la Famille et des Transports, candidats aux élections municipales de mars 2014, ont également été remplacés.
A noter que les ministres de l’Intérieur et de l’Economie, deux hommes influents au sein du gouvernement islamo-conservateur d’Erdogan, sont en première ligne du scandale financier qui agite la Turquie. Les fils de ces deux élus ont été inculpés et incarcérés dans le cadre d’une importante affaire de corruption. Au total, vingt-quatre personnes, dont des hommes d’affaires et le PDG de la banque publique Halkbank, ont été placées en détention préventive lors du week-end pour leur implication supposée dans un scandale financier de grande ampleur.
La Turquie a vécu la journée de mercredi au rythme de la démission de ses ministres. Après le ministre de l’économie, Zafer Caglayan, celui de l’Intérieur, Muammer Güler, a annoncé avoir quitté ses fonctions. Les deux hommes concentraient sur eux toutes les critiques, après l’incarcération de leurs fils, inculpés de corruption, fraude et blanchiment d’argent liés à des ventes illégales d’or à l’Iran, sous embargo. Une vingtaine d’autres personnes ont été écrouées dans le cadre de cette enquête judiciaire qui éclabousse le Parti de la justice et du développement (AKP) de Erdogan.
Un peu plus tard, Erdogan Bayraktar, le ministre de l’Environnement, a, à son tour, annoncé sa démission, pressant le premier ministre de faire de même, un appel sans précédent dans la vie politique turque. Son fils avait, lui aussi, été interpellé dans le cadre d’un autre volet de l’affaire lié à des marchés publics immobiliers, puis relâché ces derniers jours. Les quatre ministres ont jusqu’à présent nié toutes les accusations.
 
Manifestations dans tout le pays

“Tayyip istifa” (Tayyip démissionne) ou “La résistance est partout”: les slogans des protestataires, semblables à ceux des cortèges de juin dernier, ont résonné dans les rues de la mégapole turque mercredi soir. A Istanbul, ils étaient en effet près de 5000 manifestants à réclamer la démission du Premier ministre, réveillant le spectre des manifestations, tant redoutées par Erdogan.  La police a dispersé la foule à l’aide de brouillards de lacrymogènes et de “Toma”, des canons à eau également de sortie. Les manifestations se sont principalement déroulées dans le quartier de Kadiköy, la rive asiatique d’Istanbul, réputée à gauche. Elles se seraient propagées à Besiktas, quartier célèbre pour héberger les locaux du Premier ministre.
Sur les réseaux sociaux, les protestataires ont enfin appelé à la mobilisation place Taksim, le fief de la contestation stambouliote durant la vague de manifestations il y a six mois. La zone est désormais quadrillée par les policiers antiémeutes.
 
Conflit dans le camp islamiste
 
Erdogan a dénoncé les attaques de la confrérie musulmane de Fethullah Gülen, qu’il accuse implicitement d’avoir ourdi ce complot, visant selon lui, à détruire les avancées politiques et économiques réalisées par son gouvernement ces dix dernières années. Mis en cause en juin par une vague de contestation sans précédent à travers la Turquie pour ses dérives autoritaires et islamistes, Erdogan est cette fois contesté dans son propre camp par la confrérie Gülen, sur laquelle il s’était jusque-là appuyé pour conquérir et fortifier son autorité et se débarrasser de l’influence politique de la puissante armée, gardienne des principes laïques. Longtemps larvée, cette guerre fratricide se joue désormais sur la place publique et pourrait modifier la donne politique nationale, à l’orée des élections municipales et présidentielle prévues en 2014.