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Erdogan instaure l’état d’urgence en Turquie

Karim Felli

21 Juillet 2016 1:01 pm

 
Depuis la tentative de coup d’État, le gouvernement turc a licencié ou suspendu près de 50 000 employés du secteur public et arrêté 10 000 autres. La répression par le pouvoir contre des pans entiers de la société provoque l’inquiétude des dirigeants européens. Pour son premier retour à Ankara depuis la tentative de putsch de vendredi 15 juillet, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait promis une “décision importante”.
Les hypothèses les plus probables, à savoir le rétablissement de la peine de mort, un changement constitutionnel vers un régime présidentiel ou un État d’urgence généralisé à l’ensemble du pays, ne devraient pas rassurer une Europe inquiète de la voie autocratique suivie par la Turquie. Peu après l’annonce du coup d’État vendredi 15 juillet, les partenaires européens ont fait part de leur rejet d’un renversement du pouvoir turc et appelé au respect des institutions démocratiques. Mais une fois le coup étouffé et le spectre d’une guerre civile entre l’armée et les partisans du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, éloigné, la démocratie turque n’en semble pas moins menacée. La vaste batterie de mesures de répression engagée par le pouvoir contre de nombreux pans de la société a provoqué l’inquiétude des dirigeants européens.
Lundi, la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini a appelé à protéger l’État de droit en Turquie. Mercredi 20 juillet, le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel a dénoncé les mesures du gouvernement comme “contraires” à l’État de droit. “Presque quotidiennement de nouvelles mesures sont prises, qui sont contraires à un mode d’action respectant l’État de droit et qui ne respectent pas la nécessité de la proportionnalité” de la réaction en pareille situation, a déclaré à la presse Steffen Seibert.
Une semaine après une tentative de coup d’état manquée, le président turc a annoncé, mercredi 20 juillet au soir, l’instauration de l’état d’urgence pour trois mois en Turquie. Cela était “nécessaire pour éradiquer rapidement tous les éléments de l’organisation terroriste impliquée dans la tentative de coup d’Etat”, a justifié Recep Tayyip Erdogan, en référence aux réseaux du prédicateur Fethullah Gülen, un ancien de ses proches devenu sa bête noire, qu’il a accusé d’avoir été l’instigateur du putsch. Ce dernier, depuis son exil aux Etats-Unis, a formellement démenti toute implication.
Le coup d’Etat “n’est peut-être pas fini” en Turquie, a aussi averti  Erdogan. Il “pourrait y avoir d’autres plans”, a-t-il indiqué sans fournir de précisions, après avoir passé une partie de la journée en réunion avec le Conseil de sécurité nationale et ses ministres alors qu’il était de retour à Ankara pour la première fois depuis le putsch manqué.
Ces annonces ont lieu alors que l’étendue de la reprise en main, qui a surtout frappé l’armée, la justice, l’enseignement et les médias, s’est encore accrue mercredi, suscitant une vive inquiétude de Washington à Bruxelles. Selon les agences de presse internationales, au moins 25000 fonctionnaires ont été suspendus ou démis de leurs fonctions dans cette véritable épuration nationale. “Nous n’avons jamais fait aucun compromis sur la démocratie, et nous n’en ferons jamais”, a répondu  Erdogan lors de son discours à Ankara. L’état d’urgence “n’est absolument pas contre la démocratie, la loi et les libertés” mais “c’est tout le contraire: il vise à protéger et renforcer ces valeurs”, a-t-il ajouté.
Le président turc a déclaré mercredi lors d’un entretien avec la chaîne Al-Jazira que “d’autres pays pourraient être impliqués” dans la tentative de coup d’Etat.  Erdogan n’a toutefois pas cité de noms. Dans cet entretien, le président turc a aussi demandé au chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault de “se mêler de ses affaires”, en réponse à ses critiques sur les purges en Turquie après le coup d’Etat raté. Le chef de la diplomatie française avait réclamé dimanche le respect de l’Etat de droit en Turquie, refusant tout “chèque en blanc” à Erdogan.