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Coalition internationale contre l'EI

Karim Felli

21 Juillet 2016 12:54 pm

 
 
Une trentaine de ministres de la Défense se sont réunis pour deux jours près de Washington pour discuter de la lutte contre l’EI.
Après deux ans de lutte contre l’Etat islamique (EI), les Etats-Unis battent mercredi 20 et jeudi 21 juillet le rappel de leur coalition militaire internationale.
Réunie à Washington, celle-ci s’est engagée à terrasser la «tumeur» djihadiste en Syrie et en Irak et à combattre les «métastases» des attentats islamistes dans le monde.
Car si l’EI a perdu du terrain en Irak et en Syrie, il a revendiqué ces dernières semaines de terribles attaques à Nice, Istanbul, Bagdad ou Dacca, qui ont fait des centaines de morts et de blessés.
Dans ce contexte, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a réuni près de Washington une trentaine de ses homologues étrangers, dont le Français Jean-Yves Le Drian et le Britannique Michael Fallon.
 
«Idéologie de l’acte individuel»
S’exprimant depuis Washington, Jean-Yves Le Drian a expliqué que les djihadistes répandaient à travers le globe une «idéologie de l’acte individuel, comme à Nice ou à Orlando, qui donne à certains déséquilibrés des destins validés» a posteriori par l’EI. Le groupe extrémiste a menacé mercredi d’intensifier ses attaques contre la France dans une vidéo postée sur des réseaux sociaux.
Il y a eu plus de «100 complots terroristes liés à l’EI contre l’Occident depuis 2014», s’est alarmé dans un rapport le président de la commission de la Sécurité intérieure du Congrès américain, Michael McCaul. Ce qui fait dire à l’expert du centre Atlantic Council Michael Weiss que si le groupe «a perdu sa capacité à conserver de grands pans de territoire», il n’a «pas perdu sa capacité à mener des attaques opportunistes».
Les derniers attentats de l’EI «seront évidemment une préoccupation première dans les discussions», a déclaré Brett McGurk, l’émissaire spécial du président américain Barack Obama auprès de la coalition. Il a néanmoins prévenu lors d’une conférence téléphonique que «personne ne pouvait dire que ces attaques allaient s’arrêter».
De son côté, le secrétaire d’Etat John Kerry, qui accueillait une conférence des donateurs pour l’Irak, a concédé que «le combat contre Daech est évidemment loin d’être terminé» en dépit des «progrès» réalisés.
Jeudi, il a réuni à son tour ses homologues de pays membres de la coalition anti-EI mise sur pied à l’été 2014. Pilotée par les Etats-Unis, elle a mené en deux ans quelque 14’000 frappes. Et selon Washington, l’EI a perdu en Irak et en Syrie respectivement près de 50% et de 20% à 30% des territoires conquis à son apogée en 2014.
En Irak, après la reconquête du bastion sunnite de Fallouja par les forces irakiennes, la coalition veut passer à la vitesse supérieure. A cet effet, Michael Fallon a annoncé que Londres allait «doubler» le nombre de ses soldats en Irak: 500 militaires pour «entraîner les forces irakiennes et des peshmergas» kurdes.
Sans donner de détails ni de calendrier, Ashton Carter a fait état d’«engagements» entre alliés pour que «l’EI perde le contrôle des villes de Mossoul et de Raqa», la «capitale» des djihadistes en Syrie. Mais l’expert Weiss doute que ces deux bastions soient «repris» avant le départ de l’administration Obama en janvier.
Le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukry s’est envolé pour Washington mardi soir pour participer à la réunion ministérielle de la coalition internationale anti-État islamique organisée par les Etats-Unis.
Choukry a également assisté à une réunion quadrilatérale tenue par les États-Unis qui a également été assistée par l’Italie et les Emirats arabes unis pour discuter des derniers développements dans la crise libyenne.
La Libye a plongé dans le chaos qui suivit la chute en 2011 et la mise à mort du dictateur Mouammar Kadhafi et est maintenant déchirée entre un gouvernement d’union soutenu par l’ONU et un gouvernement rebelle islamiste.
L’Egypte a exprimé à plusieurs reprises sa foi en l’inévitabilité d’une solution politique à la crise libyenne.
Le ministre égyptien a également assisté à une autre réunion ministérielle jeudi convoquée par la chef de la politique étrangère de l’Union européenne Federica Mogherini pour discuter des mises à jour sur la cause palestinienne et les efforts déployés pour faire avancer le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens à terme.
L’Egypte, la Jordanie, l’Union européenne, et l’Arabie saoudite ont participé aux réunions.
L’Egypte soutient actuellement l’initiative de paix de Paris visant à relancer les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens.
Une réunion bilatérale a eu lieu entre Choukry et son homologue américain John Kerry, où les deux parties ont discuté de tous les aspects liés à leurs relations mutuelles.
Choukry et Kerry ont eu des entretiens sur les questions régionales, y compris les développements sur la cause palestinienne et la situation en Libye et en Syrie.
 
 
 
Menaces
Le groupe extrémiste État islamique (EI) a menacé d’intensifier ses attaques contre la France dans une vidéo postée sur des réseaux sociaux mercredi et où apparaissent deux djihadistes francophones. Ces derniers félicitent l’auteur de la tuerie de Nice qui a fait 84 morts le soir du 14 juillet, et procèdent à la décapitation de deux hommes qu’ils accusent d’avoir “espionné” l’EI, un “message” pour la France, selon cette vidéo que mentionne également SITE, le centre américain de surveillance des sites djihadistes.
La vidéo aurait été “produite” par l’EI dans la province irakienne de Ninive (nord) où l’EI contrôle des territoires, selon SITE. S’adressant en français au président et au gouvernement de la France, l’un des deux membres de l’EI menace d’”intensifier” les attaques. L’EI avait revendiqué samedi l’attaque de Nice en affirmant qu’elle venait “en réponse aux appels du groupe à prendre pour cible les pays faisant partie de la coalition” anti-djihadiste en Irak et en Syrie. La France fait partie de cette coalition menée par les États-Unis qui bombarde des positions du groupe ultra-radical. Des experts estiment que l’EI ne semble pas avoir organisé directement les récentes attaques en France ou en Allemagne mais pourrait avoir inspiré ses auteurs et chercher à renforcer son image de terreur en les revendiquant.
A noter que selon la tribune d’un sociologue publiée par le “New York Times”, il existe une “exception française” en matière de jihadisme. Attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher en janvier, tueries du Bataclan et des terrasses le 13 Novembre, double meurtre de Magnanville (Yvelines) et, la semaine dernière, attaque au camion sur la promenade des Anglais à Nice. La France apparaît ces derniers mois plus touchée par le terrorisme islamiste que ses voisins européens. Si aucun lien formel n’a encore été établi entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel, l’auteur de l’attaque qui a fait 84 morts le soir du 14 Juillet à Nice, et l’Etat islamique qui a revendiqué la tuerie, il faut, selon le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar, se poser une question essentielle: pourquoi autant d’attentats d’une telle envergure ont-ils lieu en France plutôt que dans d’autres pays d’Europe ?
Pour ce spécialiste de l’islam radical, qui signe une tribune (traduite en français) dans le New York Times, la réponse se trouve dans l’histoire et le modèle social hexagonaux, une «exception française» qui expliquerait selon lui le fait que le territoire français soit devenu la principale cible des jihadistes en Europe. D’autres pays européens ont également été touchés, comme la Belgique le 22 mars, note-t-il, mais dans une moindre mesure. Quant à l’Allemagne, aucun attentat de grande envergure n’a eu lieu sur son territoire.
Les réactions à l’attentat de Nice laissent craindre une fracture dans la société, alors que les appels à l’unité nationale ont fait long feu. De sa part la journaliste Audrey Chauvet a dit que “Est-ce que nous serons capables d’être ensemble, unis, forts? Ou est-ce que nous allons connaître la discorde, la désunion et la dislocation ?”. A cette question rhétorique de François Hollande, posée mardi lors de son déplacement à Lisbonne, nul n’a encore de réponse. Les réactions à l’attentat de Nice, survenu le 14 juillet, se sont démarquées de celles consécutives au 13 novembre ou à l’attaque contre Charlie Hebdo : le hashtag #Jesuisépuisé, symptomatique de Français au bout du rouleau, et les propos violents tenus par certains responsables politiques ont ouvert la porte à une parole raciste décomplexée qui menace aujourd’hui la “cohésion nationale” que le chef de l’Etat appelle de ses vœux.