Dernières nouvelles

Ce que signifie la visite de Bachar el-Assad à Moscou

29 Octobre 2015 1:22 pm

Le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry a participé aux pourparlers internationaux sur la crise syrienne qui ont eu lieu vendredi à Vienne. La Russie avait demandé une expansion de la participation dans les pourparlers pour être élargie pour inclure l’Egypte, qui a soutenu les frappes aériennes russes en Syrie, et l’Iran, le plus proche allié régional du président syrien Bachar al-Assad.
Les chefs de la diplomatie américaine, russe, turque et saoudienne ont ouvert jeudi à Vienne un deuxième cycle de discussions sur le conflit syrien auquel a participé le lendemain pour la première fois l’Iran, principal allié de la Syrie au Proche-Orient.
C’est la première fois que l’Iran est représenté à une réunion internationale sur la Syrie. En 2012, l’Iran n’avait pas participé à la conférence de Genève-1 sur la Syrie, et son invitation à participer à Genève-2 en 2014 avait été retirée par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon en raison de l’opposition des États-Unis et de l’Arabie saoudite.
L’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite — les deux grandes puissances rivales de la région — s’opposent ouvertement sur la Syrie. Téhéran apporte un soutien financier et militaire direct au régime de Damas alors que l’Arabie saoudite soutient les groupes rebelles et participe aux frappes aériennes de la coalition internationale menée par les États-Unis contre le groupe jihadiste État islamique (EI).
La Russie insiste depuis le début du conflit en Syrie sur la participation de l’Iran à un règlement politique. Mais les Etats-Unis s’y opposaient fermement, avant d’amorcer mardi à la surprise générale une inflexion de leur position.
Aux chefs de la diplomatie américaine, russe, saoudienne et turque se sont joints également vendredi dans la capitale autrichienne leurs homologues libanais et égyptien. Les ministres des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, britannique, Philip Hammond, et allemand, Frank-Walter Steinmeier, ainsi que la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini y étaient aussi.
Ces “pourparlers élargis” étaient précédés jeudi soir par une réunion quadripartite entre les chefs de la diplomatie de la Russie, Sergueï Lavrov, des Etats-Unis, John Kerry, de l’Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, et de la Turquie, Feridun Sinirlioglu.
Une première rencontre du même format s’était déroulée vendredi dernier dans un palace viennois pour évoquer les perspectives de règlement de la guerre civile syrienne qui a fait plus de 250.000 morts depuis 2011.
Pour l’Arabie saoudite, ces pourparlers seront l’occasion de tester “le sérieux” de l’Iran et de la Russie pour un règlement négocié du conflit.
“Je ne crois pas que nous devons attendre d’avancées majeures des discussions à Vienne”, a déclaré le secrétaire d’Etat adjoint américain, Tony Blinken. Le défi posé par la Syrie “n’est rien moins qu’une course pour sortir de l’Enfer”, a lancé John Kerry. Ces pourparlers représentent “l’occasion la plus prometteuse pour trouver une ouverture politique”, a-t-il jugé.
Berlin a jugé très improbable une “percée”, “les différences dans les positions étant trop grandes”.
“Favorable” à la présence de l’Iran à Vienne, la France a affirmé avoir consulté mardi soir ses alliés occidentaux et arabes sur les “modalités d’une transition politique garantissant le départ de Bachar al-Assad dans un calendrier précis”.
Le sort du président syrien continue de diviser Washington et Moscou, soutien clé de Damas. Le directeur de la CIA John Brennan s’est néanmoins dit convaincu que les Russes chercheraient à terme à obtenir son départ.
Mais mercredi soir, un porte-parole du Kremlin a affirmé qu’un règlement politique ne pourrait être discuté en détail qu’une fois que les “terroristes auront reçu des coups décisifs”.
Rappelons que le 20 octobre, le Président russe Vladimir Poutine avait rencontré le Président syrien Bachar al-Assad à Moscou. Depuis le déclenchement de la guerre civile en Syrie en 2011, Bachar el-Assad n’était jamais allé à l’étranger. Bachar el-Assad souhaitait exprimer, par ce voyage, le fait que son régime et lui sont sortis de la phase difficile du conflit interne. Dans la lutte contre l’Etat islamique, grâce aux raids aériens russes menés dans le cadre d’une puissante coopération, l’armée syrienne a repris des mains des forces terroristes de nombreuses zones naguère perdues.  Ce que voulait précisément démontrer la visite de Bachar el-Assad à ce moment, c’est que l’ensemble de la Syrie est sous son contrôle, et que l’élimination de l’État islamique et d’autres organisations terroristes est juste une question de temps.
Deuxièmement, l’invitation de Bachar el-Assad en Russie avait aussi pour but de montrer au monde la faillite des manœuvres de l’Occident visant à le faire tomber. Ces pays comptaient sur le prestige du « printemps arabe » pour reproduire à l’identique le soi-disant « modèle libyen » en Syrie, et laisser le régime s’effondrer rapidement. Mais, ce faisant, non seulement ils n’ont pas réussi à faire tomber le régime légitime syrien, mais le conflit s’est même intensifié, entraînant la mort de 250000 personnes, et déclenchant également une vague de réfugiés, qui a sérieusement ébranlé le continent européen. Dans le même temps, l’Etat islamique, représentant des forces de la terreur, en a profité pour s’étendre, plongeant non seulement la Syrie dans le désordre, mais étant également à l’origine d’attaques terroristes dans les pays occidentaux, avec pour résultat plus de morts encore. Du fait de cette situation, les pays occidentaux ont dû admettre que la Syrie devait prendre le chemin d’une « solution politique », et renoncé à leurs illusions de voir Bachar el-Assad démissionner immédiatement.
Quant à Vladimir Poutine, son invitation à Bachar el-Assad à ce moment-là avait pour but de saisir cette occasion pour envoyer un message à l’Occident : avec le bon déroulement de la lutte contre l’Etat islamique en Syrie, le règlement politique de la question syrienne devrait être mis à l’ordre du jour. Vladimir Poutine a réitéré lors de cette réunion que « c’est seulement avec l’implication de toute une variété de forces religieuses, ethniques et politiques » qu’il sera possible de trouver une solution politique au conflit.
En fait, si l’on veut vaincre complètement l’Etat islamique en Syrie et même en Irak, les seuls chasseurs russes et forces terrestres syriennes ne suffiront pas. Les États-Unis doivent également coopérer activement avec la Russie et le gouvernement syrien afin de faire face conjointement aux forces terroristes internationales, qui sont l’ennemi le plus féroce de la race humaine. Et une fois la paix rétablie en Syrie, les réfugiés syriens déplacés reviendront certainement dans leurs foyers.