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Une "marche républicaine" sans précédent dans l'histoire des démocraties

Karim Felli

15 Janvier 2015 4:13 pm

 

Plus deux millions de personnes ont pris part à la marche républicaine dimanche 11 janvier dans les rues de France. À Paris, les dirigeants internationaux ont défilé dans le cortège.

“Je suis Charlie, juif, policier”, “Liberté, égalité, dessinez, écrivez”, “Je suis musulman mais pas terroriste” : des centaines de milliers de manifestants ont fait bloc, dimanche dans le centre de Paris, pour conjurer la peur du terrorisme et rendre hommage aux 17 personnes tuées ces derniers jours en France dans des attentats revendiqués par des djihadistes.

Le président français, François Hollande, les dirigeants étrangers, bras dessus bras dessous, ainsi que plus d’un million de personnes ont défilé à Paris dimanche, entre larmes, sourires, Marseillaise et applaudissements, pour défier le terrorisme islamiste après la mort de 17 personnes dans des attentats. Les manifestations dans la France entière contre le terrorisme, au terme d’une semaine marquée par des attentats meurtriers, ont réuni plus de 2,5 millions de personnes, selon des chiffres fournis par les autorités et les organisateurs.

Responsables du monde entier, familles des victimes le front ceint d’un bandeau blanc, personnalités, partis, syndicats, groupes religieux juifs, chrétiens, musulmans, associations mais surtout simples citoyens : une marée humaine s’est constituée à Paris en un rassemblement historique. “Paris est aujourd’hui la capitale du monde. Le pays tout entier va se lever vers ce qu’il a de meilleur”, a salué François Hollande à la mi-journée.

 

Absence d’Obama

Plusieurs médias américains se sont émus de la non-participation du président des États-Unis au rassemblement des chefs d’État à Paris. Barack Obama aurait-il dû se rendre à la grande marche de Paris contre le terrorisme? L’absence du président américain a été sévèrement critiquée par certains médias américains. “Tu as laissé tomber le monde”, pouvait-on lire ainsi en une du New York Daily News, apostrophant Barack Obama. De nombreux dirigeants du monde entier sont venus à Paris pour participer à une marche organisée en soutien aux victimes des attaques djihadistes qui ont ensanglanté la France, visant notamment le journal satirique Charlie Hebdo et un magasin casher. Mais le président américain ne figurait pas parmi les dirigeants ou responsables d’une cinquantaine de pays qui ont participé bras dessus bras dessous à cette marche, Washington étant simplement représenté par l’ambassadrice des États-Unis en France, Jane Hartley.

“En tant qu’Américain, j’aurais souhaité que l’on soit mieux représentés dans cette belle procession”, a regretté Jake Tapper, de CNN, dans un reportage au milieu des manifestants. Le magazine Politico a pour sa part évoqué l’absence de dirigeants américains à la manifestation antiterroriste à Paris dans un article titré : “Obama tourne le dos à la France.” Le procureur général des États-Unis, Éric Holder, était à Paris, mais n’a pas défilé avec les dirigeants internationaux. Le secrétaire d’État américain John Kerry était, pour sa part, en déplacement en Inde. Barack Obama et le vice-président Joe Biden n’avaient pas d’événements programmés dans leur agenda officiel le jour de la marche à Paris.

 

Condamnations du blasphème

L’instance représentant l’islam auprès des autorités égyptiennes, Dar al-Ifta, a “mis en garde” contre la publication d’un nouveau dessin représentant le prophète Mahomet dans le journal satirique français “Charlie Hebdo” paru mercredi.

“Cette action est une provocation injustifiée pour les sentiments d’1,5 milliard de musulmans à travers le monde”, indique l’organisation dans un communiqué.

Aussi, Chaouki Allam, le grand mufti d’Égypte, a estimé que la nouvelle caricature de Mahomet risque d’attiser « les tensions religieuses et d’accentuer la haine ».

La une du numéro de Charlie Hebdo  représente le prophète Mahomet, une larme à l’œil, tenant une pancarte “Je suis Charlie”, comme celles des millions de personnes qui ont manifesté en France contre le terrorisme après les attentats. Le dessin est surmonté du titre “Tout est pardonné”.

“Cette édition entraînera une nouvelle vague de haine dans les sociétés française et occidentales, et ce que le magazine fait ne sert pas la coexistence et le dialogue culturel auxquels les musulmans aspirent”, ajoute le communiqué, qui dénonce les attaques ayant visé plusieurs mosquées en France après les attentats.

Ibrahim Negm conseiller du Mufti de la république et dirigeant de Dar al-Ifta a indiqué que son institution condamnait l’attaque de deux jihadistes français ayant visé le journal et tué 12 personnes.

“Nous appelons tous les musulmans à ne pas participer à des violences”, a-t-il affirmé. “Nous dénonçons la violence et respectons la liberté d’opinion. Mais l’autre partie doit comprendre que nous aimons le prophète Mahomet.”

De sa part, le pape Tawadros II a rejeté comme “insultante” la publication de nouvelles caricatures du prophète Mahomet mercredi par le magazine satirique français Charlie Hebdo qui a été attaqué par des djihadistes la semaine dernière.

Le premier numéro de Charlie Hebdo à paraître depuis l’attaque à Paris qui a décimé son personnel et a envoyé des ondes de choc à travers le monde a été vendu en quelques minutes dans les kiosques à travers la France.

La question comporte une bande dessinée d’un larmoyant prophète Mahomet sur sa couverture, avec une pancarte “Je Suis Charlie” sous le titre “Tout est pardonné”.

“Cette insulte doit être rejetée à tous les niveaux», a déclaré le pape lors d’une conférence de presse.

“Je rejette toutes les insultes personnelles, et quand il s’agit de religions, il n’est ni humain, ni moralement ou socialement acceptable, et cela n’aide pas la paix dans le monde.”

La semaine passée, les autorités égyptiennes s’étaient empressées de condamner à l’unanimité l’assassinat des journalistes français. Alors que mercredi dernier, le président al-Sissi annonçait par décret l’interdiction de toute publication étrangère offensant la religion.

En France, le Conseil français du culte musulman (CFCM) et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF, qui est proche des Frères musulmans) ont appelé la communauté musulmane “à garder son calme en évitant des réactions émotives ou incongrues incompatibles avec sa dignité et sa réserve, tout en respectant la liberté d’opinion”.