Dernières nouvelles

Appel à l'unité pour vaincre Daech

28 Juillet 2016 1:09 pm

Moins de quinze jours après le carnage de Nice, la France se retrouvait à nouveau en état de choc après l’égorgement mardi par deux jihadistes d’un prêtre dans son église.
Les représentants des religions présentes en France ont montré mercredi leur unité, cruciale selon eux pour vaincre l’organisation Etat islamique (Daech), au lendemain de l’assassinat d’un prêtre.
Le président de la Conférence des représentants des cultes a jugé “inconcevable et infaisable” de protéger tous les lieux de culte, après une réunion de la Conférence avec François Hollande, le Premier ministre, Manuel Valls, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, à l’Elysée.
Pour protéger ces lieux, François Clavairoly, qui préside également la Fédération protestante de France, a estimé qu’”il s’agit de faire appel à la maîtrise de chacun, aux bonnes pratiques, à la surveillance, à la responsabilité de chacun”.
Après le meurtre du prêtre à Saint-Etienne du Rouvray (Seine-Maritime), près de Rouen, François Hollande a promis au pape François de tout faire pour protéger les églises.
L’unité, a poursuivi François Clavairoly, est “la condition de la victoire contre Daech”. “Daech désire jouer avec la démocratie et la vaincre et Daech perdra, cela nous a été assuré et cela nous le croyons”, a-t-il ajouté.
Un message relayé par l’archevêque de Paris. “Nous ne pouvons pas nous laisser entraîner dans le jeu politique de Daech qui veut dresser les uns contre les autres les enfants d’une même famille”, a dit André Vingt-Trois.
Pour les catholiques, “leur croyance au Christ ne fait pas d’eux des combattants, des militants, elle fait d’eux des hommes de paix, de réconciliation et d’amour”, a-t-il ajouté.
Le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a quant à lui condamné “ce sacrilège blasphématoire, contraire à tout l’enseignement de notre religion” et dit la sidération et le rejet de ce crime par tous les musulmans de France.
A noter que la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray a été inaugurée en 2000 sur une parcelle de terrain offerte par la paroisse catholique de la ville.
L’attaque
L’attaque, rapidement endossée par l’organisation État islamique s’est déroulée à Saint-Étienne-du-Rouvray, une cité ouvrière de 29 000 habitants dans la banlieue de Rouen, en Normandie. En pleine messe, deux assaillants ont fait irruption dans l’église où se trouvaient au moins cinq personnes et égorgé le père Jacques Hamel, un prêtre octogénaire. Un autre otage a été grièvement blessé. Les assaillants, qui ont crié « Allah Akbar ! », ont été abattus par la police au moment où ils sortaient sur le parvis de l’église. Ils avaient des armes blanches, selon des sources proches du dossier. Le prêtre « était encore en aube, il était au pied de l’autel, ils l’ont obligé à se mettre à genoux et à ne pas bouger. Quand on a vu le couteau, la main droite, j’ai dit bon, c’est sûr que là, y a quelque chose qui va se passer », a témoigné dans des médias français une religieuse, Sœur Danielle, qui a donné l’alerte en réussissant à s’enfuir avant le meurtre. « Ils se sont enregistrés. Ils ont fait un peu comme un sermon autour de l’autel en arabe », a-t-elle ajouté.
L’un des deux assaillants identifié comme Adel Kermiche, âgé de 19 ans et né en France, était déjà inculpé pour liens avec le terrorisme et avait été placé en détention avant de bénéficier d’une liberté conditionnelle. Il avait tenté de rallier la Syrie par deux fois en 2015, et depuis sa libération, il avait obligation de porter un bracelet électronique permettant à la police de le localiser en permanence.
Dans plusieurs villes comme Lyon (centre est) et Montpellier (Sud-Est), des messes ont été célébrées hier soir à la mémoire du prêtre assassiné. La Conférence des évêques a appelé les catholiques français à une « journée de jeûne et de prière » vendredi. Chrétiens, musulmans ou juifs, les représentants des cultes en France ont affiché leur solidarité dans le deuil avec leurs « frères » catholiques, appelant à « l’unité ». Le Vatican a dénoncé une « tuerie barbare » qui s’est déroulée dans un lieu « sacré ». « En s’attaquant à un prêtre, on voit bien quel est l’objectif : jeter les Français les uns contre les autres, s’attaquer à une religion pour provoquer une guerre de religions », a mis en garde le Premier ministre Manuel Valls sur la chaîne de télévision privée TF1. Il s’agit de la première attaque contre un lieu de culte catholique en Europe revendiquée par le groupe État islamique, la portée symbolique de cet attentat amplifiant encore l’onde de choc. Cela faisait plus d’un an que la menace d’une attaque contre un lieu de culte chrétien planait en France, notamment depuis l’échec d’un projet d’attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif, en banlieue parisienne.
Frappée trois fois en 18 mois par des attentats sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 morts le 13 novembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nouvelles attaques risquant de fracturer davantage encore la société.
Qui était le père Jacques Hamel?
Ce prêtre, sauvagement tué à 86 ans, mardi matin, dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, est décrit comme un homme bon, toujours au service des autres.
Le Père Jacques Hamel était né en 1930 à Darnétal, en Seine-Maritime. Il avait été ordonné prêtre en 1958 et avait fêté son jubilé d’or (cinquante année de service) en 2008.
En l’absence du curé, l’abbé Auguste Moanda-Phuati, c’était lui qui officiait dans l’église. C’était un prêtre courageux pour son âge. Les prêtres ont le droit à la retraite à partir de 75 ans, il a préféré continuer à travailler au service des gens car il se sentait encore fort. Le père Jacques Hamel disait qu’il n’y avait pas assez de prêtres et qu’il pouvait encore rendre service. Très apprécié, c’était un homme simple et sans extravagance.
Dans la dernière feuille paroissiale, le père Jacques Hamel appelait à prier tout l’été, particulièrement dans le contexte terroriste. “Attentifs à ce qui se passera dans notre monde à ce moment-là. Prions pour ceux qui en ont le plus besoin, pour la paix, pour un meilleur vivre ensemble”, écrivait-il.