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Un crime contre l'ensemble de l'humanité

Karim Felli – Michael Victor

19 Février 2015 2:54 pm

 

« Le silence des agneaux », la Passion revécue

 

L’Eglise orientale a accueilli le premier jour de carême la nouvelle douloureuse de la décapitation en Lybie des coptes avec beaucoup de dignité et de foi, face à cet acte de barbarie.

Au cœur de cette horreur, nous voyons pour la première fois que les victimes ont été plus fortes que leurs assassins, car au moment où leur vie leur allait être enlevée à cause de leur foi, elles priaient  Dieu pendant ces derniers instants. Or, celui qui décapite, ne ‘connaît’ pas Dieu, puisque s’il le connaissait, il n’aurait pas agi ainsi.

 

Le président Abdel Fattah al-Sissi avait juré de punir les «assassins» de la manière «adéquate»…

Suite aux représailles tant attendues par tous les Egyptiens, le président al-Sissi s’est rendu lundi matin à la cathédrale copte orthodoxe Saint Marc à Abasseya pour présenter au pape Tawadros ses condoléances pour l’exécution en masse des coptes à Syrte en Libye par le groupe Etat islamique.

Les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne ont souligné mardi dans une  déclaration commune  la nécessité de travailler à une “solution politique du conflit” en Libye, écartant  implicitement toute  intervention  militaire dans l’immédiat.

La formation d’un gouvernement d’unité nationale est “le meilleur espoir pour les Libyens”, selon ces six pays.

L’Italie a cependant  averti mercredi que le  temps était  compté  pour une  solution politique. “La détérioration de  la situation  sur  place  requiert un changement de  rythme de  la  part de la communauté  internationale  avant  qu’il  ne soit  trop tard”, a déclaré son ministre  des  Affaires  étrangères, Paolo Gentiloni.

Le groupe  des  pays  arabes membres de  l’ONU  a  présenté  mercredi un projet de résolution  demandant  la levée  des  restrictions  sur les armes pour le gouvernement libyen, reconnu  par  la communauté  internationale.

Par l’intermédiaire  de  la  Jordanie, le  seul  membre  arabe  non  permanent  du Conseil de sécurité, le  groupe  a  présenté  un  projet  de résolution comprenant « les éléments proposés par l’Egypte, y  compris la  demande  de  lever  l’embargo sur  les  armes  pour le  gouvernement  légitime, afin de lui permettre  de  lutter  contre  le terrorisme », a  fait connaître  par  le  biais  d’un communiqué  le  ministre  des  Affaires  étrangères égyptien, Sameh Choukri. Cette décision a été prise  à  l’issue des entretiens  de ce  dernier  avec  les  ambassadeurs  à  l’ONU  des  pays  arabes.

 

Le porte-parole  de  la  diplomatie  égyptienne, Badr Abdel Ati, a affirmé que l’initiative égyptienne  à  l’ONU  visait  aussi à demander à la coalition internationale  qui  lutte contre l’EI “de  ne pas a dopter  la politique du “deux  poids, deux  mesures”: il est inconcevable  de  combattre  Daech  en Syrie  et en  Irak  avec détermination, mais de l’ignorer  en  Libye”.

Le président Abdel Fattah al Sissi a en outre inspecté mercredi des zones militaires à la frontière avec la Libye. Il a souligné que l’Egypte continuerait de s’opposer résolument à toute tentative visant à compromettre sa sécurité nationale.

Messe pour les martyrs

Le pape Tawadros II a présidé mardi une messe pour commémorer les coptes qui ont été assassinés par des terroristes de l’État islamique en Libye.

Tawadros II, pape d’Alexandrie et patriarche de la Prédication de Saint Marc, a commenté sur les actes de violence que Daech a commis en disant: “Pourquoi Dieu a permis le mal, afin de leur donner une chance de se repentir, priez pour ces méchants qui oublient leur humanité et leur vie, O scélérats, peu importe combien de temps votre vie soit, prenez conscience et repentez-vous avant qu’il ne soit trop tard”. Il a dit lors de son sermon: “J’appelle tous ceux qui font le mal, la violence et l’oppression de prêter attention à eux-mêmes d’abord, l’homme ne prendra avec lui que sa foi et les actions justes, mais nous avons gagné les 21 martyrs dans le ciel afin d’être enregistrés dans l’Histoire ecclésiastique».

La messe a été suivie par de nombreux ambassadeurs étrangers et représentants des différentes églises et les institutions islamiques.

Simultanément, des messes ont été organisées par les évêques et les prêtres, à la demande du pape Tawadros, dans différentes églises coptes en Egypte et à l’étranger pour commémorer les martyrs.

D’autre part, le pape François a dénoncé les meurtres par Etat islamique dans une conversation téléphonique avec le pape Tawadros lundi, exprimant sa profonde participation à la douleur de l’Eglise copte pour l’assassinat barbare de chrétiens coptes par des fondamentalistes islamiques.

 

Rempart contre le terrorisme

Mardi matin, le président Abdel Fattah al-Sissi a été interrogé sur la radio Europe 1. La réaction égyptienne forte a été qualifiée par le président de «forme d’autodéfense  face à un crime terroriste monstrueux». «Que nos enfants soient égorgés en Libye et ne pas agir: non!»

Pour l’avenir, le président juge qu’une telle réponse sera sans doute à nouveau nécessaire, mais «ensemble, pour arrêter l’extrémisme et le terrorisme en Libye». «Je ne parle pas seulement d’une confrontation sécuritaire ou militaire mais d’une confrontation globale, intellectuelle, éducative, économique, culturelle et politique.» Le raïs se pose en rempart contre le terrorisme.

Les avions de combat égyptiens avaient bombardé lundi des positions du groupe Etat islamique (EI) en Libye en représailles à la décapitation de 21 coptes revendiquée par l’organisation jihadiste.

Les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi et français François Hollande avaient appelé conjointement l’ONU à réunir son Conseil de sécurité pour décider de “nouvelles mesures” contre l’EI.

L’intervention contre la branche de l’EI en Libye marque l’ouverture d’un nouveau front pour l’armée égyptienne, qui œuvre déjà à contrer sur son territoire des jihadistes affiliés à l’EI menant des attentats contre les forces de l’ordre.

 

Deuil national

Sur la vidéo de l’EI diffusée sur internet, des hommes portant des combinaisons oranges, semblables à celles d’autres otages exécutés ces derniers mois en Syrie, sont alignés sur une plage les mains menottées dans le dos, avant que leurs bourreaux ne les décapitent au couteau.

Les autorités ont annoncé un deuil national de sept jours.

Dans le village d’Al-Our, dans le sud, d’où étaient originaires 14 des victimes, les familles ont laissé éclater leur chagrin dans la petite église.

Tandis que Washington a condamné un “meurtre abject”, estimant que “la barbarie de l’EI n’a pas de limites”, M. Hollande, dont le gouvernement a signé lundi la vente d’avions de combat Rafale avec l’Egypte, a “exprimé sa préoccupation face à l’extension des opérations” du groupe jihadiste en Libye.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian a rendu visite au pape Tawadros II d’Alexandrie mardi à la cathédrale Saint Marc à Abbasiya, pour exprimer ses condoléances.

Le Drian avait condamné l’incident comme un crime odieux et appelé le monde à s’allier contre l’EI.

 

Office funèbre

Les familles des 21 Egyptiens tués en Libye ont tenu des funérailles symboliques pour eux dans leur ville natale dans le gouvernorat de Minya lundi.

Des centaines se sont rassemblés à l’intérieur de l’église de la Vierge Marie à Minya pour dire adieu aux hommes tués et prier pour le repos de leurs âmes. La prière a été dirigée par trois évêques et a réuni les chefs d’Al-Azhar et un certain nombre de responsables du gouvernorat, dont le gouverneur.

En l’absence des corps des victimes, les familles ont organisé une veillée en portant leurs photos.

Une délégation de la présidence a offert ses condoléances aux familles à l’église, aux côtés du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur.

Le chef du gouvernement, Ibrahim Mehleb a donné l’ordre de verser une compensation aux familles des personnes tuées valant 100.000 livres égyptiennes pour chaque famille. Le Premier ministre a ajouté dans un communiqué que les Egyptiens tués seraient traités comme des «martyrs» et que les pensions mensuelles seront versées à leurs familles.

L’Eglise copte s’est dite “confiante” au Caire que le gouvernement ne laisserait pas s’échapper les auteurs de “ce crime abominable.” Al-Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions théologiques de l’islam sunnite a qualifié ces exécutions de “barbares.”

 

Enlèvement des martyrs

Le groupe terroriste, qui s’appelle l’Etat islamique de Tripoli, avait revendiqué la responsabilité de l’enlèvement de 13 chrétiens égyptiens dans la ville côtière de Syrte le 3 janvier, et l’enlèvement de sept chrétiens égyptiens à Syrte le 30 décembre.

Les familles des Coptes enlevés, qui viennent de la province de Minya en Haute-Egypte, ont identifié tous les hommes.  Ci-dessous les noms des martyrs enlevés:

Les noms des personnes enlevées le 3 janvier sont: Magued Soliman Chehata, Abanoub Ayad Attyia, Youssef Choukry Younan, Hani Abdel-Messih Salib, Kirollos Bouchra Fawzy, Milad Makine Zaky, Makram Youssef Tawadros, Samuel Estafanos Kamel, Bishoy Estafonos Kamel, Mina Fayez Aziz, Malak Ibrahim Tanios, Guirguis Milad Tanios et Bishoy Adel.

Les noms des personnes enlevées le 30 décembre sont: Samuel Alahm Wilson, Ezzat Bouchra Nassif, Louka Nagaty, Essam Badar Samir, Malak Farag Abraham, Sameh Farouk Salah et Gaber Mounir Adly.

Ces jeunes ont été enlevés en tant qu’égyptiens. Ensuite, étant coptes, les djihadistes utilisent vis-à-vis d’eux des arguments grotesques et ridicules, comme ceux qui font référence aux Croisades, afin de fomenter des réflexes conditionnés et de masquer par un quelconque pseudo argumentaire idéologique leur barbarie sanguinaire.