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Nouvelles restrictions pour confronter les groupes jihadistes

Karim Felli – Michael Victor

11 Décembre 2014 7:18 pm

 
Un rapprochement s’esquisse entre le Qatar et l’Egypte. Lors du Conseil de coopération du Golfe, Doha a finalement décidé de soutenir le président, Abdel Fattah Al-Sissi, alors que le Qatar était allié à son prédécesseur, Mohamed Morsi, issu des Frères Musulmans. Le Qatar, qui a toujours défendu la Confrérie, était la seule des 5 monarchies du Golfe à ne pas appuyer Le Caire. “Le Qatar restera toujours du côté des mouvements politiques islamistes. C’est sa façon de voir les choses, mais il doit également s’assurer que cette activité n’interfère pas avec les affaires intérieures et la sécurité de la région”, estime l’analyste politique Abdulwahhab Badrakhan. Les défis que doit affronter le monde arabe ont poussé les pays du Golfe à la réconciliation. Il y a eu de nombreux consensus qui n’effacent pas les différences concernant certaines questions régionales. Mais rien qui puisse gâcher les relations du Golfe.
Autrement dit, le Qatar fait preuve de réalisme en se rangeant derrière les autres monarchies du Golfe pour soutenir le président Abdel Fattah Al-Sissi, alors qu’il avait fait de son appui aux Frères musulmans l’axe central de sa stratégie. Ce changement de ton a été officialisé à Doha au sommet des six pays du Golfe qui s’est conclu par l’annonce d’un “plein soutien à l’Egypte pour assurer sa stabilité et sa prospérité”.
Des experts estiment toutefois que le Qatar et son émir cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani ne devraient pas couper les ponts avec les Frères musulmans, qui représentent selon lui un large courant dans le monde arabe. Mais, selon eux, Doha est résolu à limiter l’impact de cet appui afin qu’il ne porte pas tort à ses nombreux intérêts politiques et économiques et à ses grandes ambitions sportives. Le sommet annuel du Conseil de coopération du Golfe (CCG – Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) a été considéré comme un succès car il permet de clore une crise régionale de neuf mois.
 
Nouvelles positions
Dans la déclaration finale, ses dirigeants ont exprimé leur “appui au programme politique du président Abdel Fattah Al-Sissi” et dénoncé “les milices qui contrôlent la scène” en Libye, un pays qui traverse une grave crise politique. Le Qatar est accusé de soutenir en Libye des milices islamistes, liés aux Frères musulmans, alors que les Emirats arabes unis auraient lancé en août des raids contre des positions d’islamistes dans ce pays nord-africain.
“Le Qatar a fait de grandes concessions concernant l’Egypte et la Libye”, estime l’expert Abdel Wahab Badrkhan, basé à Londres. Selon lui, Doha a aussi concédé que la répression de la contestation à Bahreïn s’inscrivait “dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, un retournement dans la position de Doha qui voyait dans les troubles (animés par la majorité chiite) comme un mouvement de contestation populaire”. L’Égypte a imposé de nouvelles restrictions pour ses ressortissants se rendant en Turquie et en Libye, précisant que la mesure vise à enrayer le recrutement des groupes jihadistes.
Les voyageurs égyptiens de sexe masculin, âgés de 18 à 40 ans, et se rendant en Turquie et en Libye, doivent au préalable obtenir une autorisation d’un officier de liaison” du département des passeports et de l’immigration. L’objectif de la mesure, entrée en vigueur le 3 décembre, est d’empêcher “l’engagement des jeunes Egyptiens au sein des groupes terroristes”, notamment l’organisation État islamique (EI), qu’au moins 20.000 étrangers ont rejoint selon la CIA. La frontière poreuse entre la Turquie et la Syrie permet parfois le passage de jihadistes étrangers désireux de rejoindre l’EI en Syrie en en Irak, où le groupe contrôle de larges pans de territoire. Et la Libye est plongée dans le chaos et livrée aux milices depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011. Depuis l’éviction du président islamiste Mohamed Morsi en juillet 213, l’Égypte est le théâtre d’une vague d’attentats visant les forces de sécurité. Les autorités estiment que parmi les jihadistes actifs en Égypte, certains ont participé aux combats en Syrie avant de rentrer au pays. Le principal groupe jihadiste égyptien, Ansar Beït al-Maqdes, a récemment fait allégeance à l’EI.
 
Mesures de sécurité
Les ambassades britannique et canadienne ont d’autre part été fermées au public. L’ambassade du Canada au Caire a suspendu lundi ses services au public pour des raisons de sécurité, après une décision similaire prise la veille par la Grande-Bretagne. Aucun attentat n’a néanmoins visé les missions étrangères qui ont renforcé leurs mesures de sécurité. Cette mesure restera en vigueur “jusqu’à nouvel ordre”, précise une missive adressée aux ressortissants canadiens. La veille, l’ambassade du Royaume-Uni avait elle aussi annoncé la suspension de ses services au public pour “des raisons de sécurité” et pour une période indéterminée. Son porte-parole a précisé que la décision avait été prise “dans l’intérêt de notre personnel et de l’ambassade”. L’ambassade américaine au Caire a de son côté confirmé qu’elle n’envisage pas de modifier les heures de travail à l’ambassade et continuera à fournir des services à ses ressortissants.
Le porte-parole de l’ambassade américaine au Caire Moufid al-Dik a déclaré que l’ambassade n’a pas l’intention de fermer ses portes comme les autres ambassades étrangères en Egypte qui ont récemment cessé leurs services pour des raisons de sécurité.
Les États-Unis ont émis un avertissement à leurs ressortissants et diplomates la semaine dernière leur conseillant de ne pas rester loin de leurs maisons et bureaux en Egypte pendant de longues périodes.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Badr Abdel Ati a dit ne pas être au courant de “menaces spécifiques” contre ces ambassades. Elles “nous ont expliqué qu’il s’agissait d’une mesure de précaution, mais nous traitons cette question avec sérieux”, a-t-il dit. “Nous avons déployé des mesures de sécurité maximales et nous espérons que les ambassades n’exagéreront pas l’affaire”.
Le Canada et la Grande-Bretagne avaient auparavant appelé leurs ressortissants à ne pas se rendre dans les régions égyptiennes en proie à l’insécurité, comme la péninsule du Sinaï, où le groupe djihadiste Ansar Beït al-Maqdess, qui a prêté allégeance au groupe État islamique, est responsable de plusieurs attentats meurtriers contre les forces de sécurité. Ansar Beït al-Maqdess a revendiqué la semaine dernière l’assassinat d’un ressortissant américain tué en août dans le désert occidental de l’Égypte. L’EI, qui a exécuté plusieurs otages occidentaux, a appelé les groupes qui lui sont affiliés à prendre pour cible les intérêts et ressortissants des pays membres de la coalition internationale anti-djihadistes en Irak et Syrie, comme la Grande-Bretagne et le Canada. Le gouvernement canadien a réaffirmé dimanche sa détermination à lutter contre le “fléau terroriste” en Irak, quelques heures après l’appel d’un djihadiste canadien à mener des attaques de représailles aux frappes canadiennes.
 
Fruits de la visite d ‘Al-Sissi
Quinze jours environ après la visite à Paris du président Abdel Fattah Al-Sissi, une délégation de très haut niveau d’une quinzaine de militaires égyptiens de l’armée de l’air et de la marine, est arrivée mercredi en France en vue de discuter gros contrats avec les industriels français. Cette visite est destinée à renforcer la capacité de l’armée égyptienne faisant face aux complots terroristes…
Pour signer ce contrat évalué à 3,6 milliards d’euros environ, les Égyptiens demanderaient à la France un crédit Coface pour tout ou partie du financement des avions de combat. Et certains évoquent un crédit Coface pour la moitié du contrat, l’un moitié serait prise en charge par les banques.
Dans le domaine naval, l’Egypte ne veut pas une frégate multimissions mais deux, dont une anti-sous-marine très rapidement pour l’inauguration de l’élargissement du canal de Suez en 2015. La France est prête à fournir au Caire la frégate Normandie, la deuxième de lutte anti-sous-marine pourtant destinée à la Marine nationale et qui est en train d’effectuer les dernières mises au point de son système de combat. D’un montant d’environ 1,8 milliard d’euros hors armement, ces deux frégates seraient en quelque sorte les navires amiraux de la flotte égyptienne. Après le Maroc (1 exemplaire bradé), ce serait au tour de l’Égypte de s’offrir ce bijou technologique français.