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Les dirigeants africains lancent la plus vaste zone de libre-échange

11 Juin 2015 3:38 pm

 
Les dirigeants de 26 pays d’Afrique de l’Est et du Sud réunis en Egypte ont signé mercredi un traité de libre-échange, qui englobe la moitié orientale du continent et doit faciliter la circulation des biens et des marchandises.
La Zone tripartite de libre-échange (Tripartite Free Trade Area – TFTA), ou la “Tripartite”, doit devenir un marché commun unissant 26 des 54 pays africains. Son coup d’envoi a été donné à Charm el-Cheikh, station balnéaire sur la mer Rouge, à l’occasion du sommet présidé par le chef de l’Etat égyptien Abdel Fattah al-Sissi.
 
“L’Égypte doit signer mercredi un accord pour former la plus grande zone de libre-échange de l’Afrique (TFTA) dans le cadre d’un agenda africain à plus grande échelle pour l’année 2023″, a déclaré le président Abdel Fattah Al-Sissi dans son discours d’ouverture au sommet d’une tripartite économique africaine.
L’accord regroupe 26 pays africains qui sont membres des trois comités économiques régionales (CER): COMESA, l’EAC et de la SADC. Il vise à créer des zones de libre-échange pour les marchandises immédiatement avec l’espoir d’introduire des services et des occasions d’investissement intracontinental à un stade ultérieur.
Al-Sissi a indiqué, en ouvrant le sommet de Charm El-Cheikh que le projet fait partie du programme plus large établi pour faire de l’Afrique une «force puissante» en 2023.
Il consiste à relier les pays africains avec un solide réseau d’infrastructures, notamment les transports, l’énergie et les télécommunications.
Al-Sissi a également évoqué la construction d’un réseau routier reliant le sud de l’Afrique à la rive nord. Il a dit que l’Egypte avait récemment terminé une route la reliant au Soudan et est en train de terminer la construction de passages sur la route.
“Ce que nous faisons aujourd’hui représente un pas important dans l’histoire de l’intégration régionale de l’Afrique”, a indiqué M. Sissi à l’ouverture du sommet.
De son côté, le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a estimé que la Tripartite allait permettre à l’Afrique “de faire d’énormes progrès et à tout le continent d’aller de l’avant”.
“L’Afrique a clairement dit qu’elle était ouverte aux affaires”, a-t-il ajouté.
La TFTA couvrant l’ensemble du continent africain devrait être formée d’ici 2017. L’objectif est de mettre en place un cadre pour aller vers des tarifs douaniers préférentiels, facilitant ainsi la circulation des biens et des marchandises.
Du Cap au Caire, selon le mot de l’homme politique et magnat minier britannique Cecil Rhodes au 19e siècle, la “Tripartite” englobera l’Afrique du Sud et l’Égypte, les deux économies les plus développées du continent, ainsi que des pays dynamiques comme l’Éthiopie, l’Angola, le Mozambique et le Kenya. Mais pas le Nigeria, premier PIB d’Afrique notamment grâce au pétrole. Depuis dimanche, des hauts responsables des 26 pays se sont réunis à Charm el-Cheikh pour apporter la touche finale au traité, discutant de questions épineuses ayant trait à la gestion des litiges commerciaux et la protection des petits producteurs.
- ‘Circulation facile des marchandises’ -
Mais il faudra attendre plusieurs mois avant que ne se concrétise véritablement la Tripartite.
Le calendrier “de démantèlement des barrières douanières” n’a pas encore été établi, a ainsi averti M. Abdel Nour, alors que, pour entrer en vigueur, le traité devra être ratifié dans les deux ans par les Parlements des 26 pays.
“L’objectif final est de permettre une circulation facile des marchandises entre les pays, sans taxes”, a indiqué Peter Kiguta, directeur général de l’EAC. En des termes plus prosaïques, un fabricant de stylos ou de produits électroménagers basé dans la TFTA doit pouvoir vendre facilement ses produits dans un autre pays de la zone, a-t-il expliqué.
De fait, seuls 12% environ des échanges commerciaux en Afrique ont lieu entre pays du continent, contre 55% en Asie et 70% en Europe.
C’est la conséquence de ce que les économistes appellent “l’épaisseur” des frontières. Elle se mesure au nombre de documents qu’il faut produire pour l’importation et l’exportation: sept à huit papiers de douane en moyenne en Afrique, contre quatre ou cinq en Europe. Et cela tient compte aussi de délais et coûts de franchissement des frontières.
La “Tripartite” doit ainsi fournir un mécanisme pour identifier les obstacles non tarifaires au commerce et les éliminer.
Le traité a également pour objectif d’augmenter la part de l’Afrique dans les échanges commerciaux à l’international –qui s’élève actuellement à 2%– en développant les industries nationales.
“C’est un message fort, montrant que l’Afrique travaille à son intégration économique, et à créer un environnement favorable au commerce et à l’investissement”, s’était félicité la semaine dernière le gouvernement sud-africain.
 
Stimulation du commerce
Les chefs d’Etat et de gouvernement ont lancé la plus grande zone de libre-échange du continent en Egypte, alors que la région cherche à stimuler le commerce intra-régional et améliorer la compétitivité.
Ladite zone qui réunira le Marché commun pour l’Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) – blocs avec une population combinée de 625 millions de personnes et un produit intérieur brut (PIB) de 1,2 milliard de dollars, comptera pour la moitié des membres de l’Union africaine et 58 pour cent du PIB du continent.
Les ministres et leurs représentants des 26 pays dans les trois communautés économiques ont également finalisé le programme qui guide les chefs d’État et de gouvernement dans le lancement de la grande zone de libre échange tripartite mercredi.
Le ministre du Commerce et de l’Industrie de l’Egypte Mounir Fakhry Abdel Nour a décrit le lancement de la zone tripartite comme un pas de géant dans le programme d’intégration qui permettra la réalisation du rêve africain d’une zone de libre-échange continental.
«En créant la zone, nous visons à élargir les marchés pour les avantages des économies, afin d’utiliser efficacement les ressources naturelles, de bénéficier de complémentarités et de renforcer nos pouvoirs de négociation”, a déclaré le ministre. Il a dit en outre que la TFTA aidera l’Afrique à stimuler les échanges et attirer des investissements, tout en renforçant les capacités d’infrastructure et de production.
“L’Egypte elle-même prévoit d’exporter des biens d’une valeur d’environ 5 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années” aux pays de la TFTA, a-t-il dit.
Les experts disent que si l’initiative permettra de réduire les droits de douane, les barrières non tarifaires sont en train de devenir un handicap pour le commerce régional.
Les responsables ont déclaré que la Zone offre des possibilités importantes pour les entreprises et l’investissement dans les trois blocs et agirait comme un aimant pour attirer l’investissement direct étranger dans la région.