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L’Egypte est toute unie face au terrorisme

Karim Felli - Michael Victor

30 Octobre 2014 2:21 pm

 
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a décrété un deuil national de trois jours dans tout le pays après la mort de 33 soldats lors de deux attentats perpétrés par des groupes armés. 30 soldats ont été tués, dans un premier temps dans la région de Cheikh Zouayed avant que trois autres ne subissent le même sort quelques heures plus tard lors d’une attaque sur un check point  dans la région d’Al Ariche située dans la péninsule de Sinaï. Le président Al-Sissi a promulgué après un état d’urgence de trois mois sur une partie du nord et du centre de la péninsule du Sinaï.
 
Le président al-Sissi a adopté, un décret de loi autorisant l’armée à sécuriser, avec la police, les établissements et bâtiments publics. Un décret qui élargit de fait le champ d’action de la justice militaire. Conformément à la Constitution, toute attaque contre un bâtiment ou établissement dont l’armée a la charge est du ressort de la justice militaire. Ce décret permet de gagner du temps par rapport à un projet de loi gouvernemental qui déférait les responsables d’attaques contre les établissements et bâtiments publics devant la justice militaire. Face à cette situation de plus en plus préoccupante, les autorités égyptiennes ont décidé de s’y prendre autrement et de créer une zone tampon à la frontière avec la bande de Gaza palestinienne “pour traiter le problème à la racine”. L’Egypte soupçonne des activistes palestiniens de prêter main-forte aux attentats.
Le but, selon Imane Raqab, experte en sécurité, est d’“isoler les terroristes dans des zones sans population, ce qui permet de les prendre pour cible plus facilement et limite les pertes civiles”. Une opération qui permettra aussi sans doute de déterminer si le secteur est vraiment devenu un bastion terroriste ou s’il sert seulement de terrain d’opération aux activistes islamistes.
 
Frères musulmans et terroristes
Depuis l’éviction en juillet 2013 du président islamiste Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, l’Egypte est le théâtre régulier d’attentats visant les forces de l’ordre. La dernière agression en date, le 24 octobre 2014, est aussi la plus sanglante de ces douze derniers mois. C’est dans cette région désertique et montagneuse proche à la fois d’Israël et de la bande de Gaza que se produisent la plupart des attaques. Dans leurs revendications, les terroristes affirment agir en représailles à la campagne qui s’est abattue sur les partisans du président déchu Morsi.
Le pouvoir égyptien promet d’appliquer la même fermeté aux djihadistes du Sinaï, considérés comme une “menace existentielle” pour l’Egypte.
Pour le général à la retraite Mohamed Al-Zayat, les tactiques utilisées lors des attentats mettent en lumière “les progrès importants” dans le mode opératoire des djihadistes, qui pourraient s’expliquer par le “retour de certains combattants de Syrie”. Les islamistes bénéficient par ailleurs du soutien des populations locales, en majorité des Bédouins en conflit avec les autorités égyptiennes. Du coup, les groupes terroristes se sentent en terrain conquis dans la partie nord nord-est du Sinaï, qu’elles sont petit à petit en train de transformer en sanctuaire. Ils installent des barrages, fouillent les voitures des civils et vérifient leur identité.
Ansar Beït Al-Maqdes (Les Partisans de Jérusalem, en arabe) est la principale formation djihadiste basée à cet endroit. C’est elle qui a revendiqué la plupart des attaques des derniers mois. Ce groupe a récemment exprimé son ”soutien” à Daech qui sévit en Irak et en Syrie.
 
Soutiens de l’étranger
 
L’attaque a poussé l’armée à mener, des frappes aériennes dans des zones du nord du Sinaï, tuant huit combattants. Cette semaine, à l’issue d’une réunion avec le haut commandement de l’armée, le Président Abdel Fattah Al-Sissi a affirmé que l’attentat a bénéficié de soutiens de l’étranger. Selon le dirigeant, cette attaque est menée “ dans le but de briser la volonté du peuple égyptien et de l’armée, le pilier de l’Egypte”. Un communiqué de la présidence précise que la réunion de Sissi avec le haut commandement militaire a abouti à la “ formation d’un comité de hauts responsables de l’armée pour étudier les circonstances des récentes attaques terroristes dans le Sinaï et en tirer des leçons, afin de renforcer la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes dans tout le pays”.
 
Zone tampon
 
L’Egypte a entamé mercredi les préparatifs à la création d’une zone-tampon le long de sa frontière avec la bande de Gaza afin de rétablir la sécurité dans la région du Sinaï en proie à des violences continues depuis l’éviction du président islamiste Mohamed Morsi l’an passé.
L’armée a donné ordre mardi à des habitants de la région d’évacuer leur domicile et ces derniers ont commencé à rassembler leurs effets personnels après l’arrêté d’expulsion officiel adressé par Le Caire.
“Si les habitants rechignent à quitter la région d’une manière cordiale, leurs biens seront confisqués par la force”, peut-on lire dans un décret signé par le Premier ministre, Ibrahim Mehleb.
Le général Abdel Fattah Harhour, gouverneur de la région du Sinaï, a précisé que les habitants expulsés seront indemnisés pour la perte de leurs biens. Toutes les familles déplacées recevront en outre 900 livres égyptiennes  pour les aider à acquitter trois mois de loyer dans un nouveau lieu de résidence.
Les autorités égyptiennes veulent accélérer la création d’une zone-tampon de 500 mètres de large avec une destruction des habitations et des tunnels clandestins menant à Gaza et une éradication de la végétation.
Au total, ce sont environ 680 maisons qui doivent être détruites, ce nombre s’ajoutant aux quelque 200 habitations déjà rasées et dans lesquelles avaient été découvertes des entrées de tunnels menant à l’enclave palestinienne.