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Le Nil: L’Égypte, l’ Éthiopie et le Soudan trouvent un accord

Karim Felli – Michael Victor

26 Mars 2015 2:45 pm

Les dirigeants égyptien, éthiopien et soudanais ont signé lundi un accord de principe pour la construction d’un barrage sur le Nil bleu, en Éthiopie. “Je réaffirme que la construction du barrage Grande renaissance ne nuira pas à nos trois États, et en particulier au peuple égyptien”, a assuré le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, dont le pays est à l’origine du projet. Le président soudanais Omar el-Béchir a salué quant à lui un accord “historique” aux “conséquences positives pour la sécurité” régionale.

Une séance d’entretiens a commencé mardi dernier entre le Président Abdel Fatah Al-Sissi et son homologue éthiopien Mulatu Teshome, pour évoquer les moyens de renforcer les relations bilatérales dans tous les domaines. Les deux leaders ont également évoqué l’accord de principe signé à Khartoum sur le barrage de la renaissance. Al-Sissi a rencontré plus tard nombre d’hommes d’affaires éthiopiens et égyptiens afin d’examiner l’établissement d’une zone industrielle égyptienne en Éthiopie. Le président Al-Sissi a achevé sa visite en Éthiopie mercredi, après avoir prononcé un discours devant le parlement éthiopien y expliquant la politique de l’Égypte basée sur la coopération avec l’Éthiopie et sur le principe de ne pas nuire aux intérêts des autres pays du bassin du Nil.

Le président Abdel Fattah Al-Sissi a tenu une séance de pourparlers avec le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn. Cette visite donne l’occasion d’approfondir la coopération dans une ambiance de fraternité dans l’intérêt des deux pays, a déclaré Hailemariam Desalegn. Le renforcement des relations bilatérales nécessitent des efforts soutenus des deux parties pour assainir l’atmosphère, faire disparaître les tensions et établir de nouveaux liens fondés sur des assises solides et une entente commune, a indiqué Al-Sissi. La signature de la déclaration de principe a contribué, sans nul doute, à rétablir la confiance et l’entente entre les deux pays, a fait savoir le président. Et d’ajouter que l’exécution de cette déclaration nécessitait la conclusion d’autres accords détaillés pour protéger les intérêts de l’Ethiopie et épargner à l’Egypte de toute nuisance. Al-Sissi et Desalegn se sont mis d’accord sur la formation d’un comité sous leur supervision directe – auquel le Soudan pourra adhérer- pour étudier les détails de la déclaration de principe concernant le barrage Grande renaissance et parvenir à un accord sur tous les points qui y figurent. Al-Sissi et Desalegn sont également convenus de promouvoir le comité conjoint du niveau ministériel au niveau supérieur.

Le Premier ministre éthiopien Haile Mariam Dessalegn a offert mardi soir un dîner en l’honneur du président Abdel Fattah Al-Sissi au palais présidentiel à Addis-Abeba.

 

Coup d’envoi d’une nouvelle phase

Le président Abdel Fatah Al-Sissi a reçu mercredi matin à sa résidence dans la capitale éthiopienne une délégation de la diplomatie populaire éthiopienne, qui avait récemment visité l’Égypte. La réunion a porté sur le rôle que peut jouer la diplomatie populaire dans le soutien des relations bilatérales dans les divers domaines, en tant que support à la diplomatie officielle. La délégation représente les différentes catégories du peuple éthiopien, dont des écrivains, des intellectuels, des parlementaires, des dignitaires , des professionnels de médias, des sportifs et des artistes.

 L’Egypte et l’Ethiopie donnent le coup d’envoi d’une nouvelle phase de relations particulières marquées par une coopération sur tous les volets, a déclaré mardi le Président Abdel Fattah Al-Sissi .Dans une interview accordée à la télévision éthiopienne, le président a affirmé que le peuple éthiopien avait pleinement le droit au développement et le peuple égyptien avait le droit de protéger ses droits hydriques. Le dialogue et la coopération servent les intérêts du peuple sans aucun préjudice à quiconque, a dit le président, soulignant la bonne volonté des dirigeants des deux pays en ce sens.

Le Président Abdel Fattah Al-Sissi et le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn ont affirmé qu’une coopération prometteuse s’annonçait sur le volet des investissements, du commerce et de l’industrie. Les relations bilatérales entre l’Egypte et l’Ethiopie évoluent constamment et les conditions favorisent amplement le progrès et la croissance du continent africain, a déclaré le Premier ministre éthiopien durant un entretien avec les hommes d’affaires égyptiens en Ethiopie, en présence d’Al-Sissi et du président de l’union des industries égyptiennes Ahmed El-Swidi. Le président Al-Sissi a pour sa part déclaré que la direction politique des deux pays conduisait le haut comité égypto-éthiopien chargé de la promotion des relations des deux pays. L’Egypte et l’Ethiopie prennent des mesures afin de dissiper les nuages qui planent sur leurs relations et de favoriser la relance des investissements, a indiqué le président.

 

Droits de l’Égypte.

Le président Al-Sissi insiste sur les droits de l’Égypte sur les eaux du Nil. Le président Abdel Fattah Al-Sissi a appelé à l’ouverture “d’un nouveau chapitre“ avec l’Éthiopie, en insistant sur les droits de l’Égypte à conserver sa part des eaux du Nil, dans un discours devant le Parlement éthiopien à Addis-Abeba. “Je vous invite à poser les bases d’un futur où toutes les salles de classe d’Éthiopie seront éclairées et où tous les enfants d’Égypte boiront l’eau du Nil, comme leurs pères et leurs ancêtres avant eux “, a lancé le président égyptien aux 547 parlementaires éthiopiens réunis en session extraordinaire.

L’Égypte, qui dépend à 90 % du Nil pour s’approvisionner en eau potable et alimenter son secteur agricole, redoutait que le barrage éthiopien n’affecte le débit du fleuve. Le Caire considère que ses “droits historiques” sur le Nil sont garantis par deux traités datant de 1929 et 1959 lui accordant ainsi qu’au Soudan des droits sur 87 % du total du débit du Nil, et un droit de véto sur tout projet en amont du fleuve.

Le président Al-Sissi s’est montré rassuré mais prudent. “Nous avons choisi de coopérer, et de nous faire confiance mutuellement dans l’intérêt du développement”, a-t-il commenté, rappelant qu’il “s’agit d’un accord de principe qui doit être complété”. L’accord final, selon Sissi, “sera bénéfique à l’Éthiopie, sans nuire aux intérêts de l’Égypte et du Soudan”. “Vous allez vous développer et croître et je vous soutiens, mais soyez attentifs au fait qu’en Égypte, la population ne vit que de l’eau qui provient de ce fleuve”, a averti Abdel Fattah Al-Sissi.

 

Accord de dix points

L’accord sur la construction de ce barrage a été de longue haleine. Initialement opposée au projet, craignant que son approvisionnement en eau en souffre, l’Egypte a finalement accepté la construction de ce barrage après avoir eu des garanties que cette édification ne modifierait pas sa part des eaux du Nil. S’agissant du Soudan, le pays a toujours soutenu le projet, l’Ethiopie s’étant engagée à lui fournir l’énergie électrique à des prix préférentiels. Les apports de ce barrage ne sont pas moindres. Ce barrage va permettre à l’Ethiopie d’exporter de l’électricité aux deux Soudan, à Djibouti, au Kenya, ainsi qu’au Yémen. Une électricité à bas coût, avantageuse pour tous ces pays, particulièrement pour l’Ethiopie, dont l’exportation va lui rapporter 700 millions d’euros par an. Le barrage va également permettre à l’agriculture irriguée de se développer. Ce barrage va également permettre à l’Ethiopie et à l’Egypte de sceller leur réconciliation, après les menaces du dernier nommé avant l’accord.

 

Cet accord comprend dix points, prévoyant d’”user équitablement des eaux (du Nil), de ne pas nuire aux intérêts des autres États” et de mettre en place “un mécanisme pour résoudre les différends”, a expliqué le ministre égyptien de l’Eau et de l’Irrigation, Hossam Mohamed al-Moughazi. Il n’a pas précisé la date à laquelle serait signé l’accord final. Les travaux de détournement des eaux du Nil bleu ont débuté en mai 2013, en Éthiopie. L’ouvrage, également baptisé “Barrage du millénaire”, doit être achevé en 2017 et produire 6 000 mégawatts d’électricité, de quoi fournir de l’électricité à bas coût jusqu’au Maroc et en Afrique du Sud. Il est voué à devenir le plus grand d’Afrique, s’étendant sur 1 780 mètres, pour une hauteur de 145 mètres, selon les autorités éthiopiennes. Le projet de 4,2 milliards de dollars, selon Addis-Abeba, a été attribué à une société italienne. Ce projet de 4,2 milliards de dollars selon Addis-Abeba, inquiétait l’Egypte, pays de 85 millions d’habitants qui tire du Nil environ 90% de son eau.

“Pour l’Egypte, le Nil est la seule ressource en eau et en ce sens conditionne l’existence même du pays, en approvisionnant ses villes, ses industries, ses fermes et en produisant de l’énergie hydroélectrique”, explique Dale Whittington, professeur à l’Université de Caroline du Nord aux Etats-Unis.

L’Egypte, qui s’est dotée de l’immense barrage d’Assouan en 1964, a précédemment insisté sur ses “droits historiques” sur le Nil, garantis par deux traités datant de 1929 et 1959. Ils lui accordent, ainsi qu’au Soudan, des droits sur 87% du débit du Nil, et un droit de véto sur tout projet en amont du fleuve. Ces accords sont toutefois contestés par la majorité des autres pays du bassin du Nil, dont l’Ethiopie, qui ont conclu un traité distinct en 2010 leur permettant de développer des projets sans avoir à solliciter l’accord du Caire.

L’Egypte avait manifesté son mécontentement en se retirant de l’Initiative du Bassin du Nil (NBI) qui regroupe les dix Etats riverains du fleuve, avant de la réintégrer en février 2015.