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Le Canal de Suez, autrefois et maintenant (1869-2015)

2 Août 2015 4:29 pm

 
Un rêve de prospérité se concrétise
 
L’Egypte et le monde entier se préparent avec grande joie pour la cérémonie d’inauguration du second canal de Suez, qui aura lieu le 6 août.
Le lancement du creusement d’un nouveau canal de Suez, sur ordre du président Abdel Fattah Al-Sissi et par les Égyptiens, est un événement historique, notant que cette cérémonie coïncidait avec le 58ème anniversaire de la nationalisation du canal par le président défunt Gamal Abdel Nasser, ce qui démontre la volonté des Egyptiens de récupérer leurs droits légitimes dans le canal.
Plusieurs ports seront également construits le long du canal historique. Il mise sur la création d’un million d’emplois nouveaux grâce à ce canal bis. L’activité économique devrait aussi bénéficier du développement de zones industrielles et de villes tout au long du tracé. Ce «nouveau canal» appartiendra «aux seuls Egyptiens» selon Sissi. Ce sont d’ailleurs eux, qui ont financé les travaux. Ils se sont battus pour acheter les bons du Canal. L’équivalent de 9 milliards de dollars a été réuni en huit jours.
L’Egypte avait signé des contrats avec six sociétés internationales chargées de creuser un deuxième canal de Suez.
L’armée égyptienne a supervisé et contribué au projet.
Ce projet devra accroître le nombre de navires traversant le Canal, augmenter les recettes du Canal à 259 milliards de dollars et réduire la durée d’attente des navires de 11 à 3 heures au maximum.
 Ce “nouveau canal de Suez” servira à fluidifier le trafic du canal. Ce projet parallèle au canal de Suez — long de 193 km et achevé de construire en 1869 — double la voie d’eau existante sur 37 km et l’élargit et l’approfondit pour les 35 km.
Le but est d’augmenter la capacité du trafic sur cette artère fondamentale reliant la mer Rouge et la mer Méditerranée. L’actuel canal de Suez rapporte environ 5 milliards de dollars (3,73 milliards d’euros) chaque année à l’Egypte, ce qui fait de lui une source vitale de devises pour le pays, le nouveau canal pourrait lui laisser espérer une rente annuelle de l’ordre de 13 milliards de dollars (9,7 milliards d’euros).
Ce projet de nouveau canal s’intègre dans un plan plus vaste de développement de la zone située autour de l’actuel canal de Suez. Le projet devrait fournir un million d’emplois et fera de l’Egypte un centre industriel, logistique et marchand.
Le canal de Suez est plus que jamais devenu un enjeu économique majeur pour l’Egypte puisqu’il va contribuer à façonner la « nouvelle Egypte ». En effet, le projet est devenu le symbole de la reconstruction d’une Egypte sortant d’une période d’instabilité économique et politique depuis la révolution de 2011.
Cette inauguration pourrait bien marquer le retour du pays sur la carte des investissements internationaux.
L’Egypte a investi 8,4 milliards de dollars dans le projet du canal de Suez visant à doubler le trafic de marchandises sur la voie navigable et réaliser l’expansion de son économie au profit des petites entreprises, ainsi qu’à générer environ un million de possibilités d’emploi.
Le projet va lancer la reprise économique de l’Egypte qui a subi un ralentissement en raison de la crise politique de 2011. Avec la construction du Nouveau canal de Suez, l’Egypte sera en mesure de rebondir et reconstruire son économie. Le nouveau canal devrait doubler la contribution économique que le vieux canal apporte, principalement avec les six tunnels supplémentaires pour les voitures et les trains.
D’autre part, l’Egypte envisage de construire la troisième voie de navigation du canal de Suez qui relie la Méditerranée et la mer Rouge.
Ce serait une voie distincte visant à prolonger l’est de la ville de Port-Saïd. La nouvelle voie sera de 9,5 km de long et permettra aux navires de naviguer dans les deux directions simultanément.
La profondeur de la nouvelle voie de navigation près de Port-Saïd permettra le passage de navires avec le maximum de tonnage.
Aperçu historique
L’idée d’un canal reliant la Mer Rouge à la Mer Méditerranée était fort répandue, et ceci depuis très longtemps, mais jamais, sauf par Bonaparte, une liaison directe à travers l’isthme de Suez, n’avait été envisagée.
Une première réalisation d’un canal reliant le Nil au Lac Timsah remonterait à l’époque du Pharaon Sésostris 1er (vers 1960 avant J.C.), aucun vestige ne prouve la réalisation de ce projet, connu au travers des textes de Strabon. Le pharaon Néchao II fit creuser un nouveau canal (vers 600 avant J.C). Les travaux sont repris par Darius Ier (vers 510 avant J.C.). Ptolémée II Philadelphe (vers 260) lui donnera sa forme définitive. Abandonné et envahi par les sables, le canal ptolémaïque fut restauré sous le règne de Trajan (vers 100 après J.C.) et finira par péricliter. Vers 640 après J.C. le Calife Omar fait rouvrir le canal. Vers 775 après J.C. le Calife Al-Mansour pour des raisons d’ordre politique et militaire fit fermer le canal.
    
Pendant l’expédition d’Egypte, Bonaparte demande en 1799 à J.M. Le Père ingénieur en chef des Ponts et Chaussés de faire un relevé détaillé de l’isthme. Le Père conclut à tort à une différence de niveau d’environ 10 mètres entre le Mer Rouge à la Mer Méditerranée.
En 1846, les Saints-Simoniens (groupe adepte de la pensée de Claude Henri de Saint-Simon) fondent à l’initiative de leur chef Prosper Enfantin, une société d’études pour promouvoir le projet d’un canal empruntant le Nil pour relier la mer Méditerranée à la Mer Rouge.
Louis-Maurice Linant de Bellefonds brillant ingénieur français au service de l’Egypte, réalise en 1847 un dossier technique d’études sur la possibilité de percement de l’isthme.
Lorsque Lesseps arrive en Egypte en novembre 1854, il trouve un terrain déjà préparé sur le plan technique. Mais aucun de ses prédécesseurs n’avait eu les capacités politiques et la volonté qui étaient indispensables pour faire avancer le projet.
Le 30 novembre 1854, Mohamed-Saïd signe le firman qui lie les deux parties.
Le vice-roi d’Egypte est à l’époque le vassal du sultan de Turquie. Il estime donc nécessaire – et Lesseps est du même avis – d’obtenir l’approbation du sultan avant de commencer l’exécution. L’un et l’autre ne doutent pas que cet accord sera rapidement obtenu. Mais des difficultés de tous ordres vont surgir. Très tôt, l’opposition des Britanniques se précise. Aussi le sultan, sur lequel l’ambassadeur d’Angleterre, exerce une forte pression, s’abstient-il de toute réponse positive.
Après d’incessantes démarches et de nombreux voyages, Lesseps procède le 5 novembre 1858 à la constitution de la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez, avec siège social à Alexandrie et siège administratif à Paris ; le vice-roi approuve les statuts. Une souscription pour la construction du canal de Suez est ouverte.
Le 25 avril 1859, de Lesseps donne le premier coup de pioche. Mais dès les premiers mois de travaux, surgissent des entraves de toutes sortes liées à la pression des anglais et des turcs. A un moment de crise particulièrement grave, en octobre 1859, Lesseps est obligé de recourir à l’ Empereur Napoléon III, qui le soutient sans grande conviction, pour ne pas heurter les Anglais. Les travaux se poursuivent à un rythme ralenti.
A partir de 1863, la campagne anti-Lesseps s’accentue. Elle est alimentée par le Premier ministre du nouveau vice-roi Ismaïl, qui vient de succéder à Saïd. A la demande du sultan, obéissant à l’Angleterre, la corvée est supprimée pour paralyser les travaux. Les polémiques s’estompent. Grâce aux ingénieurs, ont été inventées et construites, des machines à vapeur, des dragues, des excavatrices, toutes inventées pour le chantier. Le canal, commencé avec des pelles, des pioches et des couffins, se poursuit grâce à la vapeur.
Du 17 au 20 novembre 1869 le Canal de Suez est triomphalement inauguré en présence de l’Impératrice Eugénie et de la plupart des gouvernements européens.
A ce moment, les 44 % du capital de la Compagnie sont détenus par l’Egypte, qui statutairement, reçoit en outre 15 % des bénéfices du Canal, de sorte que 59 % des profits lui reviennent. Cette situation, qui faisait de la Compagnie une société d’économie mixte avant la lettre et consacrait un partage sans doute jamais réalisé à l’avantage du pays concédant, devait durer jusqu’en 1875.
En 1875, le khédive Ismaïl se trouve dans une situation financière déplorable. L’Angleterre, opposante du canal, en profita pour acquérir presque clandestinement les 170 000 actions que le khédive était contraint de céder. Elle devient ainsi le principal actionnaire de la Compagnie du Canal de Suez.
En 1882, prenant prétexte de la révolte d’Orabi Pacha, les troupes britanniques débarquèrent à Alexandrie et occupèrent les points stratégiques du territoire égyptien, et d’abord le canal de Suez. Proclamant qu’elles venaient rétablir l’ordre puis se retireraient, c’est l’ordre britannique qui régna en Egypte et pour plus de 70 ans.
Récupération des droits
Au fur et à mesure que s’affirmait le sentiment national, le canal est apparu comme le symbole de la présence étrangère sur le sol égyptien. Faire entrer le canal dans son patrimoine, c’était rendre à l’Egypte cette partie d’elle même qui lui avait échappée. Rien n’était possible tant que les fonctionnaires et les troupes britanniques étaient présents. En 1952, les officiers libres prirent le pouvoir : le roi Farouk abdiqua, l’évacuation de la zone du canal commença. Elle s’acheva en 1956.
Le 26 juillet 1956, le colonel Nasser annonça la nationalisation de la Compagnie Universelle du Canal Maritime de Suez. L’Egypte ayant l’intention d’utiliser les dividendes du fonctionnement du canal pour financer la construction du barrage d’Assouan. En novembre de la même année, débarquaient à Port-Saïd des troupes franco-anglaise tandis que l”Egypte bloquait le canal en coulant des navires. Ce dernier rouvrira en avril 1957.
A la suite de la guerre des Six-Jours en juin 1967, le canal restera fermé jusqu’en 1975, date à laquelle il est définitivement rendu à la navigation.
Depuis, l’Autorité du Canal de Suez, respectant la stricte neutralité de la voie d’eau, accueille les navires du monde entier.