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La réalité dans l'acquittement de Moubarak

Karim Felli

4 Décembre 2014 4:04 pm

 

Un tribunal égyptien a abandonné samedi les accusations de complicité de meurtres qui pesaient contre l’ancien président Hosni Moubarak après la mort de centaines de manifestants durant la révolte de 2011 qui a mis fin à ses 30 années au pouvoir.

Blanchi et acquitté. L’ancien président Hosni Moubarak a connu une double victoire judiciaire. L’ex-raïs de 86 ans a en plus été acquitté d’accusations de corruption qui pesaient contre lui dans un autre dossier.

Il devrait cependant rester en détention car il purge actuellement une peine de prison de trois ans dans le cadre d’une autre affaire de corruption. Après l’annonce du verdict par le juge Mahmoud Kamel al-Rashidi, la joie a éclaté dans la salle du tribunal et les deux fils de Moubarak, eux aussi accusés de corruption, ont embrassé le front l’ancien président, qui s’est contenté pour sa part d’un sourire discret.

Les accusations pesant contre Alaa et Gamal Moubarak ont été abandonnées en raison de la prescription des faits. Une partie des accusations de corruption contre Hosni Moubarak portait sur une affaire de vente de gaz naturel égyptien à Israël, qui se serait faite en dessous des prix du marché.

Dans le procès pour complicité de meurtres de manifestants, sept hauts responsables de la sécurité, dont l’ex ministre de l’Intérieur Habib al-Adly, ont été acquittés par le tribunal.

Plus de 846 personnes ont été tuées durant le soulèvement populaire de 2011 qui a duré 18 jours et durant lequel les manifestants réclamant le départ de  Moubarak ont affronté la police et brûlé des postes de police.

A cet égard, la décision de tribunal égyptien d’acquitter l’ancien président Hosni Moubarak, ses fils et ses associés de toutes les charges restantes contre eux a poussé la plupart des commentateurs de proclamer que le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi a tourné le dos de l’horloge. Sous sa direction, disent-ils, l’Egypte a restauré le régime autoritaire de Moubarak en vertu d’un nouveau dictateur.

Même si cela peut être la façon dont les choses apparaissent à la surface, le fait est que rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité.

Durant son règne de 30 ans, Moubarak a toujours estimé que les menaces au Sinaï n’étaient pas liées à des menaces contre l’Egypte. En raison de ce point de vue, Moubarak a activé les djihadistes à prendre racine dans le Sinaï. Il a permis à l’Egypte d’être utilisée comme chemin majeur pour le personnel et de l’armement d’entrer à des terroristes à Gaza. Il n’a mené qu’une action sporadique contre les tunnels de contrebande reliant Gaza au Sinaï.

En 2005, il est devenu évident que les forces du Hamas, le Hezbollah, l’Iran et Al-Qaïda opéraient dans le Sinaï et en coopérant avec les dijhadistes.

Moubarak n’a pris aucune mesure efficace pour briser la nouvelle alliance et la convergence des forces.

À maintes reprises, les commandants terroristes palestiniens ont pu échapper au Sinaï.

En facilitant les opérations djihadistes sur le territoire égyptien, Moubarak a supposé qu’il se prévenait d’eux. Comme il voyait les choses, les Frères musulmans, le Hamas, le Hezbollah et l’Iran seraient tellement satisfaits de sa coopération dans leur jihad contre les Juifs qu’ils le laisseront intouché.

Ce n’est qu’en 2009, lorsque l’Egypte a annoncé le dénouement d’un réseau terroriste dans le Sinaï composé de coopératives de Gardiens de la Révolution, du Hamas et du Hezbollah iranien planifiant des attaques contre l’Egypte, et cherchant le renversement du régime, que Moubarak a commencé a comprendre qu’il peut avoir mal jugé la situation. Mais même alors, ses actions contre ces forces étaient sporadiques. À l’opposé, Sissi a accédé au pouvoir alors que ces mêmes forces étaient sur le point de détruire l’Etat égyptien. La montée des Frères musulmans au pouvoir était due en partie à l’appui qu’il a reçu du Hamas.

Pendant la révolution de Janvier 2011 contre Moubarak, les agents du Hamas ont joué un rôle clé dans l’assaut des prisons égyptiennes dans le Sinaï et en libérant de prison les dirigeants des Frères musulmans, dont le président Mohamed Morsi. En 2012 et 2013, les forces du Hamas auraient servi comme troupes de choc pour réprimer les manifestations contre le régime des Frères musulmans. Ces protestations ont surgi en opposition aux mouvements de Morsi visant à saisir des pouvoirs dictatoriaux que Moubarak n’a jamais rêvé d’exercer, et ses machinations constitutionnelles visaient à transformer l’Egypte en un État islamique et le moyeu d’un futur califat mondial.

Hosni Moubarak, le président déchu de l’Egypte, est un simple symbole du passé. Il n’a jamais représenté une menace pour le nouveau régime parce qu’il n’a pas d’influence sur la société et aucun mouvement politique ne le soutient.

Sa carrière politique est morte en février 2011, même avant sa détention, à la suite du consensus contre lui parmi ses adversaires. Sa sortie était définitive, et personne n’avait jamais eu l’illusion qu’il pourrait revenir au pouvoir. 

C’est pourquoi, des préparatifs sont en cours pour deux décrets présidentiels stipulant de criminaliser la diffamation des révolutions du 25 janvier 2011 et du 30 juin 2013.