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La guerre s’intensifie au Yémen

Karim Felli

10 Avril 2015 1:29 pm

L’Egypte est engagée aux côtés de l’Arabie saoudite dans l’opération “Tempête de la fermeté”, lancée le 26 mars dernier. Une campagne de frappes aériennes pour tenter de contrer la progression des rebelles chiites Houthis qui rappellent de bien mauvais souvenirs aux Egyptiens : huit ans d’une guerre dans laquelle 25.000 soldats égyptiens ont péri dans les années 1960. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est intervenu à la télévision, samedi 4 avril, pour justifier la participation égyptienne à la coalition conduite par l’Arabie saoudite contre les rebelles Houthis au Yémen. Cette communication, une dizaine de jours après le début de l’opération “Tempête de la fermeté”, est en réponse au célèbre et influent journaliste égyptien Hassanein Heykal.

Le détroit de Bab el-Mandeb
Sécuriser la navigation sur la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb est la priorité de l’Egypte, qui participe à la coalition arabe contre les rebelles chiites Houthis au Yémen, a déclaré à cet égard le président Abdel Fattah al-Sissi après une rencontre avec le Conseil des forces armées.
Ce détroit entre la mer Rouge et le Golfe d’Aden qui sépare l’Afrique de la Péninsule arabique est situé à proximité de la grande ville yéménite de Taëz. Il revêt une importance stratégique pour d’autres pays, comme l’Egypte et Israël, en plus des grandes puissances. Parmi celles-ci, les Etats-Unis disposent d’une base à Djibouti, non loin de la rive africaine du détroit, où la France a une présence militaire plus ancienne. Sa sécurisation est aussi une question de sécurité nationale arabe, a également déclaré al-Sissi lors d’un discours retransmis à la télévision. A noter que les Houthis liés à l’Iran cherchent à s’emparer d’Aden, la grande ville du sud, après avoir pris la capitale Sanaa et des régions du nord et du centre du pays.

Lourd bilan
Les combats qui opposent les rebelles chiites houthistes, soutenus par Téhéran, à la coalition arabe emmenée par l’Arabie saoudite depuis le 19 mars ont fait au moins 540 morts et 1 700 blessés, a annoncé mardi 7 avril à Genève l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce bilan a été établi lundi, a dit le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, lors d’un point de presse.
De son côté, un porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), Christophe Boulierac, a indiqué qu’« au moins 74 enfants [avaient] été tués, et 44, blessés, depuis le 26 mars » et que du personnel sur le terrain essayait de déterminer comment ces enfants étaient morts. Mais l’organisation considère que« le nombre d’enfants tués est beaucoup plus élevé », a-t-il ajouté. L’Unicef estime par ailleurs à 1 million le nombre d’enfants qui ne peuvent aller à l’école.
Manque d’eau potable
Le porte-parole a expliqué, sans donner davantage de détails, que les enfants étaient soit « victimes d’armes directement », soit victimes de « conséquences indirectes de ce conflit », car la violence affecte les infrastructures de santé. « Il y a des morts indirectes », du fait notamment des problèmes d’approvisionnement de matériel médical. « Un autre effet indirect, c’est le manque d’eau potable, c’est la porte ouverte à de nombreuses maladies », a-t-il ajouté, citant aussi« l’interruption des vaccinations pour des raisons de sécurité ».
Sur le terrain, les combats se poursuivent entre rebelles chiites et partisans du président soutenus par l’Arabie saoudite. Plus de 100 000 personnes ont été déplacées par les violences, selon l’Unicef.
La situation humanitaire est « très critique » et particulièrement « catastrophique »à Aden, deuxième ville du pays, théâtre de combats quotidiens, où « la guerre a gagné tous les coins de la ville », a expliqué mardi une porte-parole de la Croix-Rouge, Marie-Claire Feghali. En raison de l’intensité des combats, la plupart des quelque 800 000 habitants « ne peuvent même pas s’enfuir », selon elle.
Rien ne semble pouvoir arrêter l’engrenage d’une confrontation qui dépasse de beaucoup le cadre étroit d’un pays connu dans l’Antiquité sous le nom d’”Arabie Heureuse”…