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Disparition d'un copte égyptien, diplomate francophone 

18 Février 2016 1:19 pm

 
Brillant intellectuel, francophone et francophile, Boutros Boutros-Ghali, qui est décédé le 16 février en Egypte à l’âge de 93 ans, a été le premier Africain Secrétaire général de l’ONU et se présentait comme un “ardent défenseur du tiers-monde”.
 
Il fut inhumé en l’église El-Botrossia, la plus célèbre église dédiée aux Apôtres Pierre et Paul située à la rue Ramsès, Abbassia.
Des funérailles militaires furent consacrées en son honneur après un office funèbre conduit par SS le pape Tawadros II.
La famille du défunt Boutros-Ghali pacha en avait assumé la construction au-dessus de son tombeau en 1911 à ses propres frais pour immortaliser sa mémoire.

Descendant d’une famille politique chrétienne égyptienne de premier plan, petit-fils d’un Premier ministre égyptien assassiné en 1910 par un nationaliste pour avoir ouvert son pays à l’Occident, lauréat des Sciences Politiques et docteur en droit à Paris en 1948, professeur à l’université du Caire, journaliste au puissant quotidien Al Ahram, il fut ensuite membre durant quatorze ans du gouvernement égyptien sous la présidence d’Anouar el-Sadate. Il accéda au poste chef de l’O.N.U. en 1992, à une époque de changements mondiaux spectaculaires, avec l’effondrement de l’Union soviétique, la fin de la guerre froide et le début d’une ère unipolaire dominée par les États-Unis. Mais après quatre années de frictions avec l’administration Clinton, les Etats-Unis ont bloqué sa reconduction au poste en 1996, faisant de lui le seul Secrétaire général de l’ONU à servir un seul mandat. Il a été remplacé par le Ghanéen Kofi Annan. Boutros Boutros-Ghali  se présentait comme un “ardent défenseur du tiers-monde”.
Attaché au français, qu’il parlait parfaitement, ce professeur de droit, toujours tiré à quatre épingles et grand connaisseur des relations internationales, avait réussi à s’imposer, en 1992, à la tête des Nations unies, grâce au soutien de la France. L’actuel président du Conseil de sécurité de l’ONU, l’ambassadeur du Venezuela, Rafael Ramirez, a annoncé la mort de Boutros-Ghali au début d’une séance mardi sur la crise humanitaire au Yémen. Les 15 membres du conseil ont alors observé une minute de silence.
 
Hommages
Au siège de l’ONU à New York, le Secrétaire général Ban Ki-moon a salué son prédécesseur comme un homme d’État respecté qui avait une “formidable expérience et la puissance intellectuelle à la tâche de pilotage de l’Organisation des Nations unies à travers l’une des périodes les plus tumultueuses et difficiles de son histoire, et de guider l’Organisation de la Francophonie dans les années suivantes”.
“En tant que Secrétaire général, il a présidé une augmentation spectaculaire de maintien de la paix des Nations unies. Il a également présidé une époque où le monde s’est de plus en plus tourné vers l’Organisation des Nations unies pour les solutions à ses problèmes, au lendemain de la guerre froide “, a dit M. Ban aux journalistes.
“Il a montré du courage en posant des questions difficiles aux États membres, et à juste titre insisté sur l’indépendance de son bureau et du Secrétariat dans son ensemble. Son engagement envers les Nations unies – sa mission et son personnel – était sans équivoque, et la marque qu’il a laissée sur l’Organisation est indélébile “, a souligné M. Ban.
Il a adressé ses plus sincères condoléances à Mme Boutros-Ghali, ainsi qu’au reste de la famille, au peuple égyptien, et à de nombreux amis et admirateurs de l’ancien Secrétaire général dans le monde entier.
«La communauté des Nations unies commémore dans le deuil un leader mémorable qui a rendu de précieux services à la paix mondiale et l’ordre international”, a-t-il conclu.
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a déploré mardi le décès de l’ancien Secrétaire général des Nations unies, l’ancien ministre d’Etat aux Affaires étrangères, Dr Boutros Boutros-Ghali.
“L’Egypte et le monde ont perdu aujourd’hui une personnalité politique et juridique de haut rang qui a donné beaucoup à travers une longue carrière politique internationale, que ce soit en tant que diplomate, expert juridique international ou auteur,” a dit dans sa déclaration la présidence égyptienne.
Le président français François Hollande a aussi présenté ses condoléances pour le décès de l’ex-Secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros-Ghali et a rendu hommage à “l’ami de la France” qui a combattu pour la paix et pour arrêter les conflits. “La mort de Boutros Boutros-Ghali est celle d’un grand Egyptien et un grand serviteur de l’Organisation des Nations unies, en tant que ministre des Affaires étrangères de l’Egypte, en tant que Secrétaire général de l’ONU, en tant que Secrétaire général de la Francophonie,” a déclaré Hollande dans un communiqué de presse publié par son bureau.
Le président français a rendu hommage aux efforts diplomatiques de Boutros-Ghali pour promouvoir la paix comme il “n’a jamais cessé de se battre pour éviter les conflits et rapprocher les peuples, tout en respectant leur diversité.”
Pour Hollande, le message de Boutros-Ghali pour la paix doit “inspirer l’action de la communauté internationale au moment où le Moyen-Orient connaît de nouveaux drames.”
Boutros Boutros-Ghali a consacré sa vie à promouvoir des idéaux d’un monde plus juste, plus pacifique et plus équitable, d’une mondialisation démocratique et de la solidarité Sud-Sud”, a pour sa part déclaré mardi Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, branche de l’ONU chargée de promouvoir la paix par l’éducation, la science et la culture.
Riche carrière
Remarqué pour son attitude digne, Boutros-Ghali était le fils de l’une des plus importantes familles chrétiennes coptes d’Egypte. Son grand-père, Boutros Ghali Pacha, a été Premier ministre de l’Égypte de 1908 à 1910. Son père Youssef avait servi comme ministre des Finances dans le gouvernement égyptien. Né le 14 novembre 1922, Boutros-Ghali fut diplômé de l’université du Caire en 1946 et passa pour étudier à la Sorbonne en France et à l’Université Columbia à New York.
Il a obtenu plusieurs diplômes en sciences politiques, économie et droit public de l’Université de Paris. Il a également obtenu son doctorat en droit international de l’Université de Paris.
Boutros-Ghali a occupé plusieurs postes académiques, comme il a été professeur de droit international et de relations internationales à l’Université du Caire (1949-1977) et professeur invité à la Faculté de droit à l’Université de Paris. Il était aussi le directeur du Centre de recherche de l’Académie de droit international de La Haye (1954-1955).
Comme savant largement célébré, Boutros-Ghali a reçu de nombreux prix à l’échelle internationale et plusieurs doctorats honorifiques, principalement en droit, de diverses universités. Boutros-Ghali a écrit plus de 100 publications et de nombreux articles au cours de sa durée de vie, la plupart des sujets abordant les affaires régionales et internationales, du droit et de la diplomatie et de la science politique.
En 1977, le défunt président Anouar Sadate l’a nommé ministre d’Etat sans portefeuille, peu de temps avant la visite historique de Sadate en Israël pour lancer des négociations de paix.
Boutros-Ghali a joué un rôle majeur dans les négociations ultérieures qui ont produit les accords cadres de la paix de Camp David en septembre 1978 et le traité de paix égypto-israélien en mars 1979, le premier du genre entre un Etat arabe et Israël. En 1977, c’est lui qui rédige le discours historique que prononce le président égyptien de l’époque, Anouar el-Sadate devant la Knesset, le Parlement israélien. Mais il doit se faire aider par un collègue pour l’écrire en anglais.
“L’anglais n’était que ma troisième langue après l’arabe et le français”, confessait dans ses Mémoires ce grand amoureux du français.
Après avoir quitté les Nations unies, Boutros-Ghali a servi de 1998 à 2002 en tant que Secrétaire général de la Francophonie – un regroupement de pays francophones. La francophonie mondiale souhaitait se doter d’un porte-parole politique d’envergure pouvant parler d’égal à égal avec les responsables des organisations internationales déjà existantes: ONU, Commonwealth, Ligue Arabe, ASEAN ou Unesco.
En 2004, il a été nommé président du nouveau Conseil des droits de l’Homme de l’Egypte jusqu’à sa démission en 2011, qui a marqué son dernier poste.
Il était aussi un témoin privilégié d’un demi-siècle d’histoire de l’Egypte et du Moyen-Orient. Il incarnait enfin l’intelligentsia égyptienne du début du XXe siècle: cultivée, à la fois occidentalisée et profondément attachée au nationalisme arabe. “La foi à laquelle tout Egyptien est de tout cœur engagé est la foi dans la paix et la sécurité comme objectif,” disait-il.
Il existe donc de nombreuses raisons pour lesquelles Boutros Boutros-Ghali, le vétéran diplomate égyptien et ancien Secrétaire général de l’ONU, apparaît dans les annales de l’histoire du 20e siècle.