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L’Egypte sur le chemin des réformes pour relancer l’économie

Karim Felli

18 Août 2016 12:16 pm

 
 
Le président Abdel Fattah Al-Sissi s’est dit prêt à mettre en œuvre des réformes drastiques et “douloureuses” pour relancer l’économie de son pays. “Toutes les décisions difficiles que beaucoup ont eu peur de prendre au fil des dernières années, je n’hésiterai pas une seconde à les prendre”, a lancé  Al-Sissi à l’occasion du lancement du plus grand groupe de pétrochimie en Alexandrie en Egypte. “Les réformes économiques ont été reportées depuis 1977 par crainte des réactions des populations. Les capacités économiques sont épuisées de façon extrême en raison des guerres (1956, 1967, 1973 et celle du Yémen)”, a ajouté le chef de l’Etat, soulignant l’importance de la participation de l’ensemble du peuple dans cette opération économique.
 
Dans ce contexte, l’Egypte et le FMI (Fonds monétaire international) ont convenu d’un prêt de 12 milliards de dollars afin de stimuler l’économie nationale et apaiser la grave crise des changes au cours des trois prochaines années. “L’Egypte est un pays fort avec un grand potentiel, mais il a quelques problèmes qui doivent être réglés de toute urgence”,  a déclaré Chris Jarvis, chef de la mission du FMI pour l’Egypte. Ces problèmes sont plutôt sérieux en effet avec le tourisme à nouveau durement touché surtout après le crash du vol EgyptAir 804 le 19 mai 2016, le saut de 14% en juillet 2016 de l’inflation selon les chiffres officiels et la perte de presque 40% de la valeur de la livre égyptienne (EGP) par rapport au dollar américain (USD) depuis 2012.
A court terme, le prêt du FMI va “combler le grand besoin d’oxygène indispensable pour maintenir l’économie égyptienne en vie”, explique Hussein Keshk, cadre dans le secteur des télécoms vivant au Caire et diplômé de l’Université américaine du Caire (AUC). Le plus important sera maintenant comment l’Egypte dépense cet argent parce que “si elle n’investit pas de façon rationnelle alors le problème s’approfondira”,  ajoute Keshk. Enfin, la situation sécuritaire “qui s’est améliorée de manière significative, sauf pour une petite part du Sinaï” selon Keshk reste le critère le plus important pour le tourisme et les investissements étrangers.
Ce prêt de 12 milliards de dollars permettra à l’Égypte de relancer son économie en lambeaux, mais en échange les autorités devront adopter des réformes drastiques ignorées durant des décennies pour éviter la grogne sociale. Le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) doit encore avaliser “dans les prochaines semaines” un accord préliminaire annoncé au Caire, pour un prêt s’étalant sur trois ans. En contrepartie, les autorités devront toutefois dévaluer la livre et réduire les coûteuses subventions publiques des dépenses du gouvernement selon le ministère des Finances – allouées entre autres à l’électricité et à l’essence.
Dans un pays où une grande partie de la population dépend du pain subventionné et où même les biens de première nécessité comme le blé sont importés, la pénurie de devises étrangères a fait exploser les prix, entraînant une chute du pouvoir d’achat.
Les autorités ont déjà présenté un ambitieux programme de réformes économiques. L’objectif est de réduire le déficit budgétaire (près de 13% du Produit intérieur brut), en augmentant les revenus de l’Etat en instaurant la TVA. Le programme prévoit une politique de change “plus flexible”, selon la Banque centrale, alors que le gouvernement maintient le taux de change à 8,8 livres pour un dollar, un niveau bien inférieur au prix du marché noir.
Le prêt du FMI devrait permettre aux autorités de couvrir une partie des 21 milliards de dollars dont le gouvernement a besoin pour ses dépenses des trois années à venir, selon le ministre des Finances Amr Al-Garhi. Le reste de cette somme devrait être comblé par des prêts contractés auprès d’autres institutions financières ou des obligations internationales.
Le président Al-Sissi n’a pas hésité à critiquer ce fardeau. “Si je nomme 900.000 fonctionnaires en raison des pressions sur le marché de l’emploi alors que je n’ai pas besoin d’eux, quel serait l’impact?”. “Selon des statistiques officielles, 27% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, et 20% est menacée de pauvreté: pour qu’ils supportent une nouvelle inflation, il faut les convaincre que les riches payent plus”, met en garde Chérine Al-Chawarbi, économiste de l’Université du Caire. “Des mesures doivent être prises pour mettre les riches à contribution”.
Le prêt du FMI permettra aux autorités de mieux gérer la chute des réserves de change, tombées à 15,5 milliards de dollars fin juillet. Cette chute inquiète Le Caire qui doit verser 4,4 milliards de dollars (3,9 milliards d’euros) en intérêts sur sa dette d’ici à juillet 2017, selon une étude de Prime Holding, une banque d’investissement égyptienne. L’ancien ministre des Finances égyptien Samir Radwan juge “nécessaire” le prêt du FMI: “On ne pourra pas payer les intérêts sur la dette extérieure si on ne l’obtient pas”. “Mais il faut placer une partie de cet emprunt dans des investissements qui seront rapidement rentables”, souligne-t-il alors que le gouvernement a d’autres engagements financiers. L’Égypte compte une administration pléthorique: 5,8 millions de fonctionnaires et quelque 800.000 employés travaillant dans des entreprises publiques sur un total de 26 millions de salariés.