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Michaëlle Jean, nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie

11 Décembre 2014 7:22 pm

Michaëlle Jean a été élue Secrétaire générale de la Francophonie par les Chefs d’État et de gouvernement réunis au Sommet de Dakar. Mme Jean succède ainsi à Abdou Diouf et devrait prendre ses fonctions en janvier 2015. La vie de Michaëlle Jean est intimement liée au Sud et au Nord.
Elle est née le 6 septembre 1957, à Port-au-Prince, en Haïti. Cette même année, François « papa doc » Duvalier arrive au pouvoir et installe un régime dictatorial des plus répressifs, décadent et d’une extrême brutalité. Le pays est barbelé de pied en cap par la funeste milice armée des « macoutes ». Elle se souvient du silence de plomb, des exécutions publiques, des disparitions, des arrestations arbitraires, du visage horriblement tuméfié de mon père lorsqu’ils l’ont relâché après l’avoir torturé, ses vêtements souillés de sang, le sien et celui d’un compagnon de cellule, mort dans ses bras. Sa famille, comme des milliers d’autres, sera forcée de fuir. Le Canada lui accordera l’asile, la sécurité, la possibilité de se refaire une vie dans une province, le Québec, où le français, la langue que la famille pratique, est celle de la grande majorité de la population. Ses parents, enseignants tous les deux, pourront y travailler, donner le meilleur d’eux-mêmes. Plus encore, le Canada lui offre la citoyenneté pleine et entière : des droits, des libertés et des responsabilités qu’elle assumera avec reconnaissance, fierté et dignité.
 
Au mouvement féministe
 
Parallèlement à des études en lettres et littératures comparées à l’Université de Montréal — où elle enseignera aussi plus tard la langue et la littérature italiennes —, la militance au sein du mouvement féministe du Québec sera aussi une partie importante de sa vie active. Pendant dix ans, elle travaillera à la reconnaissance de la situation et des besoins de milliers de femmes victimes de violence conjugale et ceux de leurs enfants. Elle a ainsi contribué à la création d’un vaste réseau de centaines de refuges, de ressources et de services d’urgence pour ces femmes. Ce réseau s’étendra sur tout le territoire québécois et dans d’autres provinces canadiennes.
En 1986, Jean-Claude Duvalier, héritier de la présidence autoproclamée à vie par son père, est chassé du pouvoir sous une forte pression populaire. Elle rentre en Haïti, dans la liesse du pays libéré et où tous les espoirs sont de nouveau permis. Elle écrit plusieurs articles pour témoigner de tout ce bouleversement. Elle y revient encore en 1987, cette fois avec la cinéaste canadienne d’origine égyptienne Tahani Rached et une équipe de l’Office national du film du Canada pour participer à un documentaire sur les premières élections libres à se tenir dans le pays depuis 1957. C’est de nouveau le cauchemar, la violence aveugle des militaires duvaliéristes, un atroce carnage.
 
Aux médias
 
L’expérience est bouleversante et elle la convainc de la force d’un journalisme qui raconte et qui s’exerce comme une responsabilité citoyenne. Elle entre très peu de temps après à la télévision publique canadienne de langue française, la Société Radio-Canada. Elle y devient la première journaliste de race noire du secteur de l’information. Quelques années plus tard le réseau de langue anglaise de la télévision publique, CBC, lui confie également l’animation de deux émissions hebdomadaires consacrées à la diffusion de films documentaires canadiens et internationaux. Elle a aussi animé sur les ondes de TV5 plusieurs magazines d’information traitant de l’actualité des pays de la Francophonie et plus particulièrement du continent africain.
Sa rencontre et son mariage avec le cinéaste, essayiste et philosophe, Jean-Daniel Lafond, scelle aussi un lien de cœur avec la France dont il est issu. Il lui offre aussi de partager son espace de liberté et de création. Elle participe ainsi à plusieurs de ses films documentaires engagés : “La manière nègre” ou “Aimé Césaire”, “chemin faisant“; “Tropique Nord”“Haïti dans tous nos rêves” et “L’heure de Cuba“, tous primés au Canada et sur la scène internationale.
 
Gouverneure générale
 
Le 27 septembre 2005, elle est assermentée 27e gouverneure générale et commandante en chef du Canada, la troisième femme seulement à se voir confier cette responsabilité. Dans la constitution canadienne, le gouverneur général représente la Couronne, la plus haute autorité, et assume de facto, hors de toute allégeance partisane, les responsabilités de chef d’État. Quel signal puissant, pour le Canada et pour le monde, qu’une femme de descendance africaine, d’Haïti, arrivée au Canada avec sa famille en situation de réfugiés politiques, soit appelée à exercer une aussi haute fonction. Son plaidoyer est celui d’une gouvernance inclusive de toutes les forces vives de la société et dont on ne peut se passer dans une perspective de développement humain et durable. 
Durant son quinquennat, elle a aussi parcouru la scène internationale et mené 40 visites d’État à travers le monde, dont 10 en Afrique. Partout, avec une égale détermination, elle a eu la même volonté d’engager et de faciliter le dialogue, d’entendre et faire entendre, de fédérer et d’associer, d’encourager des actions concertées dans une éthique de partage, de solidarité et de fraternité.
Son mandat a pris fin en octobre 2010, l’année du terrible séisme qui a dévasté et profondément endeuillé son pays natal. Elle a alors aidé à mobiliser des secours et, en qualité de commandante en chef des forces armées canadiennes, elle a soutenu le déploiement de ses troupes pour une assistance immédiate dans les régions les plus touchées par le tremblement de terre.
C’est sans hésitation qu’elle a accepté, à l’appel d’Irina Bokova, la directrice générale de l’UNESCO, d’agir en tant qu’envoyée spéciale pour Haïti afin de soutenir tous les efforts et les objectifs de reconstruction du gouvernement et de la population d’Haïti.
Elle devient aussi, dès 2011, chancelière de l’Université d’Ottawa, la plus grande université bilingue (français et anglais) dans le monde et qui devient aussi partenaire de ma mission pour l’UNESCO en Haïti.
Servir, contribuer, rassembler tel est le fil de sa vie.

Rôle du Secrétaire général

Le Secrétaire général assure un lien direct entre les instances et le dispositif opérationnel de la Francophonie. La Charte le désigne comme la “clé de voûte du dispositif institutionnel de la Francophonie”. Il est responsable du secrétariat des sessions des instances de la Francophonie, il préside le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) qu’il réunit, et il siège de droit à laConférence ministérielle de la Francophonie (CMF). Le Secrétaire général est élu pour quatre ans par les chefs d’État et de gouvernement. Son mandat peut être renouvelé.
Le Secrétaire général dirige l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dont il est le représentant légal. Il nomme l’Administrateur de l’OIF qui exerce ses fonctions par délégation. L’OIF est le pivot du système multilatéral francophone, associant le pouvoir d’initiative politique du Secrétaire général aux actions de coopération.
Le Secrétaire général conduit l’action politique de la Francophonie, dont il est le porte-parole et le représentant officiel au niveau international. Dans le domaine de la coopération, il est responsable de l’animation de la coopération multilatérale francophone et préside à ce titre le Conseil de coopération qui regroupe l’Administrateur de l’OIF et les responsables de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) et des opérateurs spécialisés (AUF, TV5, AIMF, Université Senghor). Le Secrétaire général est représenté dans les instances des opérateurs. Le Secrétaire général propose la répartition du Fonds multilatéral unique et ordonne son affectation