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Adieu Nicolas Barakat

Michael Victor

9 Octobre 2014 5:57 pm

La carrière de Nicolas Barakat débuta lorsqu’en 1960, il entendit que la radio égyptienne recherchait des présentateurs. Le jour même, il se rendit au siège de la radiodiffusion pour présenter sa candidature. Plus tard, il passa deux examens, un oral et un écrit, des tests devant le microphone et réussit brillamment. Au mois d’août de cette année, il débuta un stage à la radio où il se rendait après son travail. C’est là, sur le terrain, qu’il apprit le métier. Même s’il a aussi beaucoup appris de la génération qui l’a précédé, il prit pour modèle son professeur Jacques Elissa, sa façon d’articuler et son travail derrière le microphone. Leurs voix étaient similaires malgré la différence d’âge. Nicolas Barakat s’identifiait à lui.
Quelques mois plus tard, en octobre 1960, il commença à travailler officiellement dans des programmes destinés aux auditeurs d’Afrique et d’Europe. Son expérience à la radio a été riche et variée : il a travaillé à la rédaction, à la présentation du journal, il a également réalisé des interviews. Nicolas Barakat a eu la chance de rencontrer et ’interviewer des grands noms de la chanson française à l’époque de son âge d’or : Dalida, Charles Aznavour, Enrico Macias, Georges Guétary. Mais ce qu’il a le plus apprécié était ce qui s’appelait à l’époque « Le Concert des auditeurs », un programme qui diffusait les titres demandés par les auditeurs. Ce programme lui a permis de vivre pleinement sa passion pour la langue et la musique française. Il avait ainsi la possibilité de suivre de près la chanson francophone et ses différents courants artistiques. On se souviendra que Le concert des auditeurs, présenté par Barakat, était une émission sacrée qui a maintenu le lien avec les écoles de langues, ceux de langue française surtout, grâce aux chansons. C’était le temps des Charles Aznavour, Adamo, Enrico Macias, Johny Halliday, Sylvie Vartan et Claude François..
Son amour pour la francophonie date de son plus jeune âge. La radio lui a permis de réaliser un désir d’enfance, celui de lire le français et de parler à haute voix. Il a commencé à parler le français avant l’arabe. Dès sa plus tendre enfance, des amis et des proches lui parlaient et le cajolaient en français. En 1943, à l’âge de l’entrée en maternelle, il fit ses études dans une école francophone. Il a toujours été le premier en langue française, jusqu’au bac. Et déjà, au lycée, il était spécialiste de musique, en français évidemment. Dans les bals de l’école, il était déjà responsable de l’animation. Le phonographe et la collection de disques en français et en arabe qu’il possédait chez lui ont également contribué à lui faire aimer la musique. Dès l’âge de sept ans, il écoutait des disques de Tino Rossi, d’Oum Kalsoum et du cheikh Salama Hégazi.
C’est ainsi que depuis 1970, il présenta chaque semaine les chansons de sa jeunesse pour les fans de musique dans le cadre du programme « Le manège aux souvenirs ». Grand spécialiste de la musique française, il lit beaucoup sur la chanson francophone pour pouvoir la présenter dans son contexte historique. Il donna de nombreux colloques sur la musique française aux étudiants de la radio.
Il présentait le Journal télévisé depuis 1967. Il était à dix mètres de l’estrade du président Sadate le jour de son assassinat d’où il commentait en direct la parade pour la télévision.
Pour lui, la radio est une passion. On l’aime, on s’y attache. On dit bien : On revient toujours à ses anciens amours.
Adieu Barakat voix inoubliable…