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Rôle-clé de la femme au Moyen-Orient

13 Mars 2014 2:29 pm

L##Egypte célèbre aujourd##hui la Journée de la femme dont la lutte pour son émancipation a commencé avec Hoda Chaarawi et d##autres pionnières des mouvements féministes. De nos jours, les femmes égyptiennes ont joué un rôle décisif dans la révolution du 30 juin 2013,

 
s’opposant aux forces de l’obscurantisme et l’oppression. Il serait donc convenable de présenter aussi la lutte des femmes libanaises qui ont souffert patiemment de grands drames…
Des livres sur la guerre civile libanaise, on en compte à la pelle. Mais combien d’entre eux s’intéressent à ce qu’ont pensé les femmes pendant ces quinze années de drame, perdant hommes et enfants dans un conflit sanglant et absurde ? Loin des pitreries du film ‘Et maintenant on va où’, ‘Ville à vif’ nous plonge dans les pensées de quatre femmes, quatre voisines, dont les vies se croisent et se défont au hasard des événements.
“Tant de choses s’en sont allées. Des choses infimes, qui, jour après jour, avaient tissé la vie de chacun. Qu’on se souvienne de toutes ou seulement de certaines, le cours nous en échappe. On éprouve la douleur de naître, d’aimer, d’abandonner ou d’être abandonné et finalement, il ne reste plus qu’à en rire.” Cette pensée de Liliane, le premier personnage auquel l’auteure Imane Humaydane Younes donne la parole, montre à quel point le “je” est nécessaire dans ce genre de récit. Il nous fait plonger dans l’intimité de la détachée Liliane, de la si fragile Warda, de la pétillante Camillia et de la timide Maha. Avec elles, on souffre, on rit, on s’interroge, on souhaiterait les pousser à vaincre leurs peurs pour combattre la guerre. Mais le lecteur ne peut qu’apprendre à les connaitre au travers des pages, découvrir leur jeunesse, souffrir lors de leurs drames personnels, s’enthousiasmer de leurs victoires, et bouillir de haine contre leurs bourreaux.
Chacune d’elles a une histoire bien particulière, distincte de l’autre, mais leurs destins semblent se brouiller dans la même violence, de la guerre mais surtout des hommes. Que ce soit Liliane qui doive dépasser la volonté de son mari pour mettre ses enfants à l’abri à l’étranger, Warda dont le mari vole son unique fille, Camillia qui voit son innocence s’évanouir sous la prise de fer d’un milicien qui tue son amant, et Maha qui a dû fuir sa famille révoltée contre son amour disparu, toutes sont blessées, meurtries, par les hommes. Que ce soient leur frère, leur mari, leur père, leur voisin, un homme d’armes ou un homme d’affaires, et même des femmes, capables de perpétuer ces violences, la vie, plus que la guerre, leur a fait du tort. Mais le récit prouve qu’avec de la solidarité et du courage, la guerre et les hommes ne sont que des obstacles que chaque femme peut surmonter, afin de choisir son destin.
Les femmes sont les premières victimes des conflits armés, qu’elles soient violées ou perdent leur famille. Aujourd’hui plus que jamais, ici comme ailleurs, on ne peut s’empêcher de penser à leur situation actuelle, et comme Maha, de leur lancer un message d’espoir : “A l’heure des adieux, Camillia avait le sourire. Moi également. Tiens, elle ne m’avait jamais encore vue sourire. En avais-je conscience ? Seul un miracle d’en haut pourrait guérir nos plaies. La guerre est peut-être finie mais pas mon histoire. Elle, elle attend encore son point final.” 
Née à Ayn Enoub, village de la montagne druze du Liban, Imane Humaydan Younes est une romancière et nouvelliste qui vit entre la France et le Liban. Après des études de sociologie à AUB, elle a collaboré à plusieurs journaux et magazines libanais et arabes. Elle a à son actif quatre romans traduits et publiés aux États-Unis et en France : ‘Ville à vif’, ‘Mûriers sauvages’, ‘B comme Beyrouth’ et ‘D’autres vies’.