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Mandela inhumé aujourd'hui dans son village natal

Le monde rend hommage à l'architecte du pardon

Karim Felli-Michael Victor-Christine Ibrahim

12 Décembre 2013 3:25 pm

Il faut avoir été plaqué un jour contre Nelson Mandela par une foule découvrant son tout nouveau président en chair et en os pour ressentir physiquement l##absolue dévotion d##un peuple pour son héros.

 En ce matin de juillet 1994, dans le township de Khayelitsha, au Cap, des milliers d’yeux incandescents d’amour braqués sur lui accompagnés de chants psalmodiés jusqu’à la transe transmutaient l’ancien « prisonnier le plus célèbre du monde » en dieu vivant. Il faut encore avoir vu Mandela esquisser quelques pas de danse au beau milieu d’une réception officielle, puis sa longue silhouette entrer en ondulation sur des rythmes traditionnels pour saisir son bonheur de vivre et son inoxydable vitalité. « Invictus », a résumé Clint Eastwood en intitulant son célèbre film consacré en 2009 à l’ex-chef de l’Etat sud-africain. L’« Invincible » a finalement été vaincu le jeudi 5 décembre 2013 par la maladie et tout simplement par l’âge, 95 ans. Après une longue et exceptionnelle vie.
Qui, dans les plaines verdoyantes du Transkei, aurait imaginé que le petit Rolihlahla (« Le Fauteur de troubles ») deviendrait « saint laïc » ou « mythe vivant » et marquerait comme peu de personnalités la fin du XXe siècle ?
 
C’est aujourd’hui que se déroule l’inhumation du héros de la lutte contre l’apartheid.
Le corps de Mandela avait été  transféré mercredi en grande pompe dans l’amphithéâtre d’Union Buildings, le siège de la présidence à Pretoria, où il a été exposé pendant trois jours du 11 au 13 décembre. Officiels et anonymes pouvaient ainsi venir lui rendre un dernier hommage.
Une cérémonie d’adieu a eu lieu hier samedi sur une base militaire de la banlieue de Pretoria pour saluer le départ de Nelson Mandela vers sa dernière demeure, dans sa province natale du Cap oriental (sud).
A l’arrivée, il a été conduit en procession sur les 40 km séparant l’aéroport de Mthatha à Qunu, le village de son enfance où il a, disait-il, passé les plus belles années de sa vie. Les Thembus, sa tribu, devaient l’accueillir par une cérémonie traditionnelle.
Nelson Mandela devra être enterré ce dimanche auprès de ses parents et de trois de ses enfants. Des chefs d’Etat et de gouvernement, anciens ou actuels, des têtes couronnées, des artistes et des dirigeants spirituels du monde entier y ont aussi été invités.
Les cérémonies s’achèveront ensuite demain lundi 16 décembre, “Jour de la Réconciliation”, férié en Afrique du Sud, au cours duquel une statue de l’ancien dirigeant doit être érigée devant Union Buildings.
Semaine de deuil officiel
Dimanche 8 décembre était le premier jour d’une semaine de deuil officiel pour Mandela. Comme l’archevêque anglican du Cap, les Sud-Africains de toutes confessions priaient dimanche 8 décembre pour Nelson Mandela, le père de leur nation.
“Va ton chemin, âme révolutionnaire et aimante, hors de ce monde”, a lancé l’archevêque Thabo Mokgoba, successeur de Desmond Tutu, qui dirigeait les prières dans l’église anglicane de la Sainte Croix, dans la township de Nyanga, au Cap.
“Que son long chemin vers la liberté soit apprécié et réalisé par nous tous, de notre temps”, a-t-il ajouté, en référence au titre de l’autobiographie du premier président noir sud-africain, décédé jeudi soir à l’âge de 95 ans.
“J’ai des sentiments mitigés. Je célèbre et pleure à la fois la vie de Tata (Père) Mandela, c’est pourquoi je suis ici aujourd’hui”, a dit   Tutu Phankisa, une paroissienne de 49 ans qui a fondu en larmes en voyant des portraits de Mandela dans l’église.
“En tant que Sud-Africaine, je fais partie de la famille de Tata Mandela. Je suis en deuil comme eux. J’étais comme un enfant de Tata Mandela, parce qu’il a combattu pour moi. Il a combattu pour nous, les Noirs d’Afrique du Sud et du continent africain.”
Dans la petite église réformée néerlandaise de Melville, à Johannesburg, le révérend André Barlett a allumé un cierge sur l’autel à la mémoire de Nelson Mandela, “pour remercier Dieu, qui nous a donné quelqu’un qui représentait des valeurs importantes, des valeurs de paix, de réconciliation, de respect et d’humanité”.
Lumière dans l’obscurité
“M. Mandela était une personne ordinaire comme chacun d’entre nous. Il avait des défauts”, a ajouté le pasteur, dont l’Eglise était la religion quasi-officielle du régime ségrégationniste de l’apartheid, auquel elle avait trouvé une justification théologique.
“Pensez aux années 1990 et aux peurs que nous avions alors de ce qui ce passerait dans le pays: sous la direction de M. Mandela, aucune de ces peurs ne s’est réalisée. Merci, Mon Dieu, pour avoir apporté ce dirigeant à notre pays, à ce moment important.”
Dimanche matin, la grande église catholique Regina Mundi de Soweto, haut lieu de la résistance à l’apartheid, était à moitié pleine pour la messe de 7 heures.
Le prêtre Sebastian Rossouw a appelé ses fidèles à prier pour Mandela, “une lumière dans l’obscurité”, soulignant “l’humilité et la capacité de pardonner” du premier président noir sud-africain, décédé jeudi soir à l’âge de 95 ans.
Mais, “comme chaque être humain, Madiba n’était pas parfait”, a ajouté le prêtre, appelant Nelson Mandela par son nom de clan, comme le font souvent les Sud-Africains.
A l’extérieur de l’église, les paroissiens qui attendaient la deuxième messe se recueillaient. Pas de larmes.
Olga Mbeke, 60 ans, se souvenait des temps violents de l’apartheid: “Lors de nos meetings ici, la police venait et nous lançait des gaz lacrymogènes. On se sauvait en courant. A l’époque, on priait pour les combattants, dont Mandela. Il s’est battu pour nous, maintenant il doit trouver le repos. Nous prions pour la paix de son âme.”
Le président Jacob Zuma, qui avait fait de dimanche une “journée nationale de prières et de réflexions” à la mémoire de son illustre prédécesseur, assistait quant à lui à un service méthodiste –l’Eglise à laquelle appartient la famille Mandela– dans une banlieue de Johannesburg. L’ex-femme de Nelson Mandela, Winnie, était assise à ses côtés.
“Nous devons, tout en pleurant, chanter avec le plus de voix possible, danser et faire ce que nous voulons faire, pour célébrer la vie de ce révolutionnaire exceptionnel qui a gardé vivant l’esprit de liberté et nous a conduit vers une nouvelle société”, avait lancé M. Zuma samedi, appelant ses concitoyens à prier pour le prix Nobel de la paix 1993.
“Nous, les Sud-Africains, nous chantons quand nous sommes heureux et nous chantons aussi quand nous sommes tristes, afin de nous sentir mieux. Célébrons Madiba de cette manière, que nous connaissons le mieux. Chantons pour Madiba!”, avait ajouté le président, lui-même excellent chanteur.
Une semaine d’hommages et de cérémonies
L’hommage au père de la “Nation arc-en-ciel”, généralement crédité pour avoir évité une guerre civile au pays au début des années 1990, avait commencé jeudi soir dès l’annonce de son décès.
Des milliers de Sud-Africains défilent pour lui rendre hommage dans des lieux symboliques, devant sa maison de Johannesburg où il est mort jeudi, devant son ancienne maison de Soweto, devant la présidence à Pretoria, devant l’hôtel du ville du Cap où il avait fait son premier discours d’homme libre en 1990, après avoir passé vingt-sept ans dans les prisons de l’apartheid, devant sa maison de Qunu (sud) où il doit être enterré…
Après les prières dimanche, la semaine s’est poursuivie lundi par un hommage du Parlement, suivi mardi par une cérémonie officielle dans le stade de Soccer City, à Soweto. C’est là que Nelson Mandela avait fait sa dernière apparition publique en juillet 2010, pour la finale de la Coupe du monde emportée par l’Espagne.
Cérémonie d’adieu
Le stade Soccer City de Soweto a accueilli mardi dernier sous la pluie la cérémonie d’adieu à Nelson Mandela. Parmi la centaine de personnalités présentes, figuraient Ban Ki-moon, Barack Obama, François Hollande et Nicolas Sarkozy.                             
Des représentants des différentes religions ont célébré une prière inaugurale de la cérémonie dans le stade Soccer City de Soweto.
L’hymne sud-africain a retenti dans le stade de Soweto marquant ainsi le début de la cérémonie.
A la tribune, les présidents américain Barack Obama et cubain Raul Castro ont mis leurs différends entre parenthèses pour saluer la mémoire de Nelson Mandela. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le président sud-africain Jacob Zuma et les dirigeants de pays émergents (Brésil, Chine, Inde) figuraient aussi sur la liste des orateurs.
Leurs discours étaient précédés du témoignage d’Andrew Mlangeni, qui fut détenu pendant de longues années avec Nelson Mandela sur l’île-bagne de Robben Island sous le régime d’apartheid, et des interventions de membres de la famille.
Tous ont salué le parcours exemplaire d’un homme qui a passé 27 ans en prison pour avoir combattu la ségrégation raciale dans son pays avant de négocier une transition pacifique parachevée par son élection à la présidence, en 1994. Une fois au pouvoir, le champion de la lutte pour l’égalité s’est mué en grand réconciliateur, multipliant les gestes de pardon envers ses anciens oppresseurs blancs.
Discours d’Obama
Le président américain a commencé son discours par un remerciement : « Merci de nous avoir apporté Nelson Mandela » a-t-il clamé. « Sa lutte fut votre lutte », a-t-il poursuivi, rendant hommage à l’un des plus grands « libérateurs » du 20è siècle, qui « a donné une voix à ceux qui étaient opprimés ».
Nelson Mandela était comme un « géant de la justice ». « Trop de dirigeants dans le monde se disaient solidaires de son combat pour la liberté mais ne toléraient pas la moindre opposition de leur propre peuple », a lancé le président américain face à un parterre de dignitaires du monde entier, dont le vice-président chinois, Li Yuanchao, le président cubain, Raúl Castro et le président du Zimbabwe, Robert Mugabe.
 
Hommages internationaux
Le président cubain Raúl Castro a dit voir en Nelson Mandela, un « prophète de la réconciliation ». « Mandela est un exemple pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Le dialogue est la solution pour résoudre les divergences », a-t-il affirmé.
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a pris la parole pour dire qu’il faut vaincre l’apartheid, avant de rappeler que « la lutte contre l’injustice la tolérance, pour la prospérité et la paix continue. Nelson Mandela a montré au monde le chemin de la lumière. Il reste notre guide, son esprit nous anime. »
Ban Ki-moon a en outre déclaré: “Mandela a réveillé en nous la flamme des Droits de l’Homme, il a combattu toute sa vie pour toute l’Humanité”.
L’ancien archevêque anglican Desmond Tutu a réussi à détendre l’atmosphère à la fin de l’hommage rendu à son ami Nelson Mandela, mardi à Soweto, dans une intervention. « Nous promettons à Dieu que nous suivrons l’exemple de Nelson Mandela », a enfin lancé Desmond Tutu, ce à quoi la foule a répondu « Oui! »
L’actuel président sud-africain a clôturé la séquence des discours officiels. Jacob Zuma en déclarant qu’il n’y a personne comme Mandela et qu’il était unique. 
Le président Jacob Zuma s’est engagé à « continuer » le travail de Nelson Mandela en faveur d’une Afrique du Sud « démocratique », « débarrassée de la pauvreté ».
Le porte-parole de la famille Mandela, le général Thanduxolo Mandela, a assuré que « Mandela doit sourire là-haut » en contemplant l’assemblée réunie au stade Soccer City.
 
Hommages populaires
Quelques centaines de personnes attendaient à l’aube à Park Station, la gare centrale de Johannesburg, le train – gratuit pour l’occasion – devant les conduire au stade, chantant «Shosholoza», un chant rappelant les voyages en train vers les mines d’or. Certains encore à moitié endormis, d’autres inquiets de ne pas avoir de place. D’autres venaient en bus -gratuits eux aussi.
A l’arrivée, ils étaient accueillis par un chaleureux «Bienvenue! Soyez tous les bienvenus! Viva Tata Madiba, Viva !» par haut-parleur. La foule répondait «Viva !», comme dans les meetings de l’ANC, le parti au pouvoir dont Nelson Mandela, appelé affectueusement Madiba, son nom de clan, ou Tata (le père), fut le plus célèbre dirigeant.