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 Les musées font le bilan après les inondations

10 Juin 2016 9:19 am


Chambord,touché par les inondations,lance un appel aux dons

 
 
 
Alors que la décrue s’amorce après la semaine dernière d’inondations, voici l’heure des comptes pour les établissements culturels touchés de plein fouet par la montée brutale des eaux. Le bilan est particulièrement lourd pour plusieurs monuments historiques situés en Loir-et-Cher.
Le débordement du Cosson, affluent du Beuvron, a contraint le château de Chambord, rapidement encerclé d’eau, à fermer pendant cinq jours. « On a au moins 150 000 à 200 000 euros de pertes d’exploitation liées au parking, aux visites guidées ou au spectacle équestre », égrène Jean d’Haussonville, directeur général du château de Chambord. Une perte d’autant plus critique que ce montant correspond au bénéfice net annuel de l’établissement public, « juste la marge qui fait qu’on est dans le rouge ou pas », ajoute le maître des lieux.
Campagne de financement
Le premier bilan des dommages est encore plus préoccupant : 125 mètres de murs d’enceinte se sont effondrés, les portes métalliques du domaine ont été arrachées, une digue d’étang a été emportée sur une largeur de dix mètres, le système électrique de la boutique est hors d’usage, le dispositif anti-incendie partiellement atteint, l’état des voiries et allées forestières aux abords du château est alarmant… Quant au bâtiment du XVIIe siècle qui doitaccueillir le corps central du futur hôtel de luxe conçu par Jean-Michel Wilmotte, il menace de s’écrouler.
Le coût des travaux – hors hôtel – pourrait se chiffrer à 500000 euros, voire 1 million d’euros. Pour faire face aux dépenses que l’apport de l’Etat et des assurances ne permettront pas de combler, le domaine a fait appel à la générosité privée à travers une campagne de financement participatif lancée lundi 6 juin par la Fondation du patrimoine.
Depuis sa construction, jamais le château de Chambord, le plus grand et le plus célèbre des châteaux de la Loire, n’avait connu de pareille crue.
Le château de Chambord

A une quinzaine de kilomètre à l’est de Blois, on trouve cette magnifique demeure d’une architecture mi-gothique, mi-renaissance. Chambord est le plus grand des châteaux de la Loire. Il a été créé par François Ier en 1519 et dispose de 440 pièces, 365 fenêtres, 83 escaliers, énormément de clochetons, de cheminées et de lucarnes qui relèvent de profondes influences de Léonard De Vinci et un lien étroit avec certains projets de Domenico da Cortona.
Léonard de Vinci, ami du roi François Ier et architecte officiel, mourut quelques mois avant l’ouverture du chantier. On ne connaît donc pas l’auteur de cette prodigieuse et inhabitable demeure. François Ier n’y vécut que quelques semaines laissant le château vide après chaque passage et inachevé. 
Henri II poursuivit quelques temps les travaux qui ne furent terminés que sous le règne de Louis XIV qui y fit plusieurs séjours ponctués de chasses, de ballets et des représentations théâtrales de Molière. Le château a été par la suite rarement habité. Il devint successivement la résidence des ducs d’Orléans au XVIIème siècle, de Stanislas Leczinski, beau-père de Louis XV, du roi de Sologne, du maréchal Maurice de Saxe au XVIIIème siècle et du maréchal Berthier puis du duc de bordeaux (devenu comte de Chambord). Ce château dispose d’une vaste terrasse d’où les femmes de la cour suivaient autrefois les chasses.
L’intérieur se compose de splendides escaliers à double vis attribué à Léonard de Vinci, son décor est sculpté et on peut admirer à chaque pièce la salamandre royale, symbole de la grandeur de François Ier.

A l’extérieur se trouve le parc du château qui accueillait autrefois les chasses privées du roi François Ier. En 1645, le parc est clos par des murs de plus de 32 km de long. Le parc occupe une superficie de 5400 ha. C’est le plus grand d’Europe. On peut y accéder par 6 entrées différentes qui disposent chacune d’un pavillon de garde. Jusqu’à récemment, le domaine de Chambord était le haut lieu des chasses Royales puis de celles des présidents de la République.
Actuellement Chambord est depuis 1932 propriété de l’Etat. Cet édifice mythique accueille aujourd’hui plus de 800.000 visiteurs par an. 

Le château de Chambord est classé monument historique et inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.

 
 
« Quelques millions d’euros » de travaux de restaurations
D’autres monuments historiques situés dans le périmètre ont subi d’importants dégâts, comme le château d’Azay-le-Rideau, touché au niveau du parc tout juste restauré en 2014, ainsi que les châteaux de Talcy et Fougères-sur-Bièvre. Selon un premier bilan du Centre des monuments nationaux (CMN), qui gère ces trois monuments, les pertes en exploitation devraient s’élever à quelques centaines de milliers d’euros.
« Ma grande préoccupation, ce sont les travaux qui pourraient se chiffrer à plusieurs centaines de milliers voire quelques millions d’euros », s’inquiète Philippe Bélaval, président du CMN. La restauration du parc d’Azay-le-Rideau en 2014 avait coûté 2 millions d’euros. Faudra-t-il entièrement tout reprendre ? Difficile à dire.
Pour mener ces opérations de restauration, le CMN devra puiser dans son budget de 30 millions d’euros pour l’entretien et la restauration. Sauf que la manne a déjà été engagée sur d’autres projets. « On ne sera pas en déficit, mais ces travaux impromptus risquent de décaler le calendrier de certaines restaurations qui avaient été programmées », confie Philippe Bélaval.
Manque à gagner à Paris
Plus de peur que de mal pour les établissements culturels parisiens, qui ont réussi à garder la tête et surtout leurs sous-sols hors de l’eau. Les musées de la ville de Paris, qui disposent depuis longtemps de réserves mutualisées en zone non inondable, sont restés ouverts. En revanche, le Louvre et le Musée d’Orsay, dont les réserves se trouvent en sous-sol, ont dû fermer de manière préventive pendant quatre jours et déplacer en hâte les œuvres situées en réserve.
Si aucun musée n’a subi de dégâts, tous accusent un manque à gagner plus ou moins sévère, de l’ordre de 25 000 euros à la Bibliothèque nationale deFrance, le double au Grand Palais, qui n’a pourtant fermé qu’un jour et demi. Sans surprise, Orsay et le Louvre sont les plus lésés. Le premier accuse une perte de 200 000 euros au niveau de la billetterie et des concessions. L’addition est plus salée au Louvre, musée français le plus visité. Les quatre jours de fermeture lui ont fait perdre 120 000 visiteurs et environ un million et demi d’euros de recettes. Ces deux établissements ont rouvert leurs portes le mercredi 8 juin. Mais dans le cas d’Orsay, le retour à la normale ne s’effectuera que progressivement, certaines salles étant encore closes.