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Le Nobel de la Paix à une UE enlisée dans la crise

Michael Victor

12 Octobre 2012 3:17 pm

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 Le prix Nobel de la Paix a été attribué vendredi à l’union européenne, aujourd’hui empêtrée dans la crise de la zone euro, mais qui a contribué à pacifier le Vieux Continent depuis plus d’un demi-siècle, a annoncé le comité Nobel norvégien.
“L’UE et ses précurseurs contribuent depuis plus de six décennies à promouvoir la paix, la réconciliation, la démocratie et les droits de l’Homme en Europe”, a déclaré à Oslo le très europhile président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland, dont le pays, paradoxalement, n’est pas membre de l’Union.
Ce Nobel est attribué sur fond de désunion des Etats européens, dont la solidarité est actuellement mise à rude épreuve: les riches économies du Nord traînent des pieds pour venir en aide aux pays du Sud financièrement asphyxiés par une dette publique excessive et soumis à des cures d’austérité.
Ce test dont les résultats sont encore en suspens a d’ores et déjà révélé de profondes fissures dans l’édifice européen, en mal de popularité au sein des opinions publiques pour qui Bruxelles est souvent éloigné et trop bureaucratique.
Plusieurs dirigeants de l’UE ont rapidement salué cette récompense.
Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy a souligné que les Européens sont parvenus “à surmonter la guerre et les divisions” pour “former ensemble un continent de paix et de prospérité”.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a estimé que le prix était “un grand honneur pour l’ensemble de l’Union européenne, pour ses 500 millions de citoyens”.
Le président du Parlement européen, l’Allemand Martin Schulz, s’est dit “touché” et “honoré”.
Parmi les premiers pays de l’UE à réagir l’Allemagne voit dans ce prix “un encouragement au grand projet pacificateur qu’a représenté l’Union européenne pour le continent européen”, selon le porte-parole d’Angela Merkel.
Pour M. Jagland “l’UE connaît actuellement de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables”.
Mais soulignant ses apports en matière de paix, de démocratie et de droits, il a fait valoir que l’union avait contribué à muer l’Europe “d’un continent de guerre vers un continent de paix”. “Aujourd’hui une guerre entre l’Allemagne et la France est impensable”, a-t-il dit.
Née sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale sous l’impulsion des six pays signataires du Traité de Rome en 1957, l’UE, alors baptisée Communauté économique européenne, a aidé à stabiliser un continent coutumier des conflits.
Malgré des crises de croissance récurrentes, l’union a lié les destins des ennemis d’hier et est devenue le plus grand marché commun et la première puissance économique au monde, où la libre circulation des biens, des personnes, des services et des capitaux est garantie.
Au fil des ans, le projet s’est étoffé et étendu jusqu’à englober 27 Etats situés il n’y a pas si longtemps des deux côtés du “Rideau de fer” et affichant de grandes disparités économiques, sociales et culturelles mais qui partagent notamment aujourd’hui, pour 17 d’entre eux, une monnaie unique.
Selon le président du comité Nobel, M. Jagland, europhile convaincu et par ailleurs secrétaire général du Conseil de l’Europe, il reviendra à l’UE de décider qui viendra recevoir le prix à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l’industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel.
Ce prix de la Paix est un pavé dans la mare en Norvège, opulente nation où la prestigieuse récompense est décernée et qui a elle-même rejeté une adhésion à deux reprises lors des référendums de 1972 et 1994.
Près de trois de ses habitants sur quatre diraient aujourd’hui “nei” à l’UE, selon les derniers sondages. Et le gouvernement est du même avis.
Le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a toutefois félicité l’UE pour ce prix mais excluant de nouveau une adhésion de son pays.
Avec ce prix qui consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 8 millions de couronnes suédoises (923.000 euros), le comité Nobel répare un oubli historique, la plupart des commentateurs s’accordant à dire qu’après Gandhi, le projet européen était l’autre “grand absent” de la famille des lauréats.