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LA TOMBE PERDUE D’AMENHOTEP

17 Juin 2016 8:47 pm

Une conférence a eu lieu le dimanche 12 juin à 17h00 à l’Institut Français d’Egypte – Mounira et a été donnée par Laurent Bavay, professeur d’égyptologie à l’Université libre de Bruxelles, directeur de l’Institut français d’archéologie orientale (IFAO).
Durant l’hiver 1882-83, un égyptologue suédois visite la tombe d’un haut personnage de l’administration pharaonique dans la montagne thébaine et en livre une brève description.
Quelque vingt ans plus tard, lorsqu’est réalisé le premier inventaire scientifique de la nécropole, cette tombe de l’assistant du directeur du Trésor Amenhotep a disparu, enfouie sous les gravats.
Il faudra attendre 2009 pour que des fouilles archéologiques localisent le monument sur la colline de Cheikh Abd el-Gourna. Son exploration se poursuit aujourd’hui et permet d’en reconstituer l’histoire complexe, depuis sa réalisation au 15e siècle avant notre ère jusqu’à sa transformation en ermitage chrétien à l’aube de la conquête arabe et finalement l’installation d’une maison villageoise liée au commerce des antiquités.
Sur la rive occidentale du Nil face à la ville moderne de Louxor s’étend l’une des plus importantes nécropoles de l’Égypte ancienne. Durant cinq siècles, les pharaons du Nouvel Empire (1550-1050 avant J.-C.) s’y firent enterrer au cœur de la montagne désertique, dans la célèbre Vallée des Rois. Dominée par la pyramide naturelle de la cime de l’Occident, la montagne thébaine abrita aussi les cimetières des hauts dignitaires de l’administration, de l’armée, du clergé, des proches de la maison royale. Réparties sur environ deux kilomètres en bordure de la plaine alluviale, plus de quatre cents tombes privées ont été creusées dans le calcaire et décorées de peintures ou de reliefs, témoins exceptionnels d’un moment d’apogée de l’art égyptien.
C’est au cœur de cette nécropole, inscrite par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial, que l’Université libre de Bruxelles entreprit en 1999, à l’initiative du Professeur Roland Tefnin, un ambitieux programme d’étude et de conservation-restauration de deux tombes voisines de la 18e dynastie, situées sur le flanc sud de la colline de Cheikh Abd el-Gourna. Malgré la disparition prématurée de Roland Tefnin en 2006, le projet se poursuit aujourd’hui dans le cadre d’une collaboration entre l’ULB et l’Université de Liège, grâce au soutien continu apporté par le F.R.S.-FNRS, le Ministère de la Recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les deux universités.
Célèbre pour son caveau peint à l’imitation d’une vigne, le premier des deux monuments étudiés par la mission est la tombe thébaine 96 (TT 96), qui appartenait au Prince de la ville de Thèbes, Sennéfer ; ses nombreux titres, au premier rang desquels celui de directeur du domaine d’Amon, indiquent que Sennéfer occupa les plus hautes fonctions dans la gestion économique des nombreuses propriétés du temple d’Amon-Rê, le grand dieu de l’Empire.
Quelques trente mètres plus au sud, la TT 29 fut commanditée par le cousin de Sennéfer, le vizir Amenemopé. À la tête de l’administration civile, économique et judiciaire, le vizir était le premier personnage de l’État après Pharaon. D’autres membres de cette famille ont encore occupé des fonctions proches du souverain, et il ne fait aucun doute que les deux hommes appartenaient au premier cercle de l’entourage royal sous le règne d’Amenhotep II (vers 1427-1401 avant J.‑C.).
Sur un plan méthodologique, l’étude des vestiges archéologiques devait intégrer celle des peintures, afin de dépasser la seule analyse des textes et de l’iconographie pour envisager les techniques des peintres et les modalités pratiques de la réalisation de la tombe et de son décor. Le deuxième axe de recherche, dans une perspective cette fois diachronique, visait à reconstituer l’histoire de ces monuments, depuis leur réalisation sous le règne d’Amenhotep II jusqu’à nos jours. Là encore, et bien que la situation ait heureusement évolué depuis le début de nos travaux, il faut constater que très souvent, les fouilles n’ont guère porté d’intérêt aux vestiges des périodes postérieures au Nouvel Empire et moins encore aux époques post-pharaoniques. L’histoire de la nécropole ne s’arrêta pourtant pas avec la disparition des pharaons et connut même, durant les premiers siècles de la domination arabe, une période d’intense activité monastique.
La découverte d’une nouvelle tombe immédiatement au sud de la TT 29 ouvrit de nouvelles perspectives archéologiques à ce double projet, offrant une opportunité exceptionnelle d’élargir l’enquête, tant diachronique que synchronique, à l’organisation de l’espace dans un secteur entier de la nécropole, pour tenter de comprendre notamment les relations entre les tombes individuelles, les critères qui ont pu présider au choix de leur emplacement ou de leurs caractéristiques architecturales, autant que l’implantation des différents occupants successifs du secteur dans le paysage archéologique.