Dernières nouvelles

Le rôle d'Al-Azhar dans l'avenir de l'Egypte

22 Août 2013 12:47 pm

Affaibli par l##islam politique des Frères musulmans, quelle influence peut encore avoir Al-Azhar dans l##avenir de l##Égypte ? Rencontre avec le conseiller de l##imam Al-Tayeb, le professeur Mahmoud ِAzab.

Affaibli par l’islam politique des Frères musulmans, quelle influence peut encore avoir Al-Azhar dans l’avenir de l’Égypte ? Rencontre avec le conseiller de l’imam Al-Tayeb, le professeur Mahmoud ِAzab.
Le Point.fr : L’imam Al-Tayeb ainsi que le pape Tawadros II, les représentants religieux de l’Égypte, se trouvaient au côté du général Al-Sissi le 3 juillet lors de l’annonce de la destitution de Mohamed Morsi. C’est une lourde responsabilité qu’ont portée les plus importants dignitaires du pays, d’abord au regard du poids de la religion en Égypte, ensuite au regard de la répression qui ensanglante le pays actuellement.
Mahmoud Azab : L’imam vient de faire une déclaration officielle dans la presse pour sommer la police d’être extrêmement prudente dans le combat qu’elle mène contre les islamistes terroristes. Le cheikh demande aux forces de l’ordre de bien distinguer les manifestants pacifiques de ceux qui détiennent des armes. Mais l’imam a également envoyé un message de paix vers les alliés des Frères musulmans, les exhortant à un rassemblement autour de la table des négociations, car la violence ne peut pas vaincre et la légitimité ne peut s’imposer par la force et le désordre.
Est-ce que cela veut dire que le cheikh, à travers cette annonce, regrette le soutien au coup de force de l’armée du 3 juillet ? De nombreux pays occidentaux parlent d’ailleurs d’un “coup d’État démocratique”…
Non, Al Azhar ne regrette pas ce soutien, car nous n’avons pas prêté main forte à l’armée, mais au peuple. Le 30 juin, il y avait 34 millions de personnes dans la rue ; pour Al-Azhar, pour les Égyptiens et beaucoup d’Arabes ailleurs dans le monde, le 3 juillet n’est pas un coup d’État. Ce sont 34 millions d’Égyptiens qui refusaient l’échec de la direction d’un grand pays comme l’Égypte et qui ont dit à l’armée : protégez-nous. L’armée a répondu à leur appel. Si c’était un coup d’État, Sissi serait président de l’Égypte. Ce n’est pas le cas puisqu’il a donné les clés à un cabinet civil pour assurer la transition.
Que faites-vous de la légitimité des urnes ?
La démocratie que la France chante jour et nuit, ce n’est pas uniquement les urnes. J’ai longuement étudié la Révolution française ; la démocratie, c’est aussi la signature du contrat social. Le contrat social n’a pas été respecté. Al-Azhar marche derrière le peuple et non devant lui. Pour nous, c’est ça, la démocratie. Le peuple qui accorde la légitimité peut aussi la retirer lorsque ça ne fonctionne pas. Est-ce qu’en Europe, en France, aux États-Unis, on imagine que les Égyptiens sont aveugles et ignorants ? Il faut que l’Occident cesse de jouer au professeur en pensant que toutes les vérités sont de son côté, traitant les peuples arabes et orientaux comme des enfants qui ont besoin de leçons. Les Occidentaux soutiennent les extrémistes uniquement lorsqu’ils sévissent loin de leurs terres.
L’imam Tayeb était présent durant la déclaration officielle le soir du nouveau plan de transition. À quel moment Al-Azhar a-t-il donné mandat à l’armée de déposer Mohamed Morsi ?
Le cheikh d’Al-Azhar Ahmad Al-Tayeb et le pape copte Tawadros II ont participé aux négociations le 3 juillet avec l’armée. Il y avait également un représentant du parti salafiste, Nour. Cela s’est fait au dernier moment ; c’est uniquement le 30 juin, lorsque nous avons vu ces millions de gens dans la rue, que nous avons accepté de négocier une solution de sortie de crise avec l’armée.
Quel rôle peut jouer aujourd’hui le cheikh Ahmed Al-Tayeb dans la sortie de crise ?
L’éducation. Il faut que nous reprenions notre rôle de diffuseur d’un islam modéré qui rassure musulmans et chrétiens. Al-Azhar a été très affaibli par la révolution égyptienne et nous avons probablement notre part de responsabilité dans le manque d’éducation religieuse du pays. Nous allons pallier ce déficit par la promotion active d’un islam du juste milieu, celui qui reconnaît le pluralisme. C’est pour cette raison que nous venons de créer une grande chaîne de télévision financée aussi par de généreux donateurs chrétiens coptes, pour rétablir une connaissance culturelle religieuse et scientifique. Les Égyptiens ont besoin de retrouver leur citoyenneté et leur spécificité culturelle. La globalisation des valeurs est dangereuse, il y a des spécificités dans chaque pays. Je ne crois pas à un dogme universel. Les Frères musulmans sont le fruit amer de la globalisation de l’islam. La solution sécuritaire est nécessaire, mais doit rester ponctuelle.