Icône d’Isaac Fanous de l’Entrée de la Sainte Famille en Egypte

31-05-2022 07:05 AM


L’Eglise célébrera mercredi prochain le 24e jour du mois de Bachâns, le 1er Juin la fête de l’entrée de la Sainte Famille en Egypte. Cette fête est parmi les sept fêtes mineures de l’Eglise. Quand Jésus avait deux ans, l’ange du Seigneur apparut en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Matthieu 2, 13-15).

Cette icône copte égyptienne, oeuvre d’Isaac Fanous à l’église Saint-Pierre et Santa-Monica, Los Angeles, datant de 1997, représente la fuite en Égypte un épisode de la Bible qui a inspiré de nombreux artistes et qui est propre à l’évangile de Matthieu.
Joseph apprenant par un ange qu’Hérode veut tuer le roi des Juifs, quitte de nuit Bethléem avec la mère et l’enfant et les mène en Égypte.

C’est l’icône égyptienne par excellence. Isaac Fanous et ses élèves en ont réalisé de nombreuses versions.
Ce récit revêt en Egypte l’importance d’un événement fondateur car dans la tradition copte, on ne parle pas de ” la Fuite en Egypte ” mais de «l’Entrée du Seigneur en Egypte», ce qui rappelle «l’Entrée du Seigneur à Jérusalem» le jour des Rameaux ; de très nombreuses traditions illustrent cet événement, vécu en quelque sorte comme l’Illumination et la conversion de l’Égypte.
L’Egypte est évoquée par le Nil, l’ibis, les palmiers dattiers, formant entre eux une pyramide, le temple d’Héliopolis, lieu traditionnel du passage de la Sainte Famille.
Le triple mouvement qui anime cette icône permet de saisir dans toute sa profondeur le message lié à l’événement.

Le premier mouvement, de gauche à droite, évoque le déplacement historique de la Sainte Famille qui arrive en Egypte, sous la conduite de Joseph sur qui repose l’ange.

Le second mouvement est pyramidal : la terre d’Egypte en accueillant son sauveur s’offre à la lumière divine qui vient à sa rencontre et qui la féconde; les palmiers s’élèvent, s’ouvrent en éventail et donnent leurs fruits, la terre fleurit et le Nil, source de vie, devient porteur de vie éternelle les poissons, symboles des évangélistes, sont déjà attentifs à Celui qui vient, les lotus préfigurent les sept sacrements par lesquelles l’Eglise transmettra la vie divine.

Le troisième mouvement est frontal. Derrière l’humilité de la scène, c’est une Vierge en Majesté qui nous fait face car vêtue de son manteau bleu étoilé, elle est ” le nuage léger ” prophétisé par Isaïe, le trône du Christ; le temps de ce voyage, l’âne lui-même est élevé au rang de Chérubin, car c’est lui qui porte le trône de la Majesté divine; il nous regarde avec intensité, comme pour nous appeler silencieusement à partager sa joie.

En allant vers l’Egypte, pays païen, c’est en effet à toutes les nations, à la création entière et à chacun d’entre nous qu’est offert le salut : par son geste, l’ange nous désigne le Messie.
” J’ouvre la bouche pour louer le Christ mon Sauveur et pour glorifier sa Mère, la Nuée légère, qui est descendue en Egypte en portant Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Il a brisé les idoles d’Egypte, a fait sortir les Egyptiens de l’obscurité et de la mécréance et les a sauvés de la perdition ; ils étaient perdus dans les ténèbres de l’idolâtrie : il les a illuminés par la gloire de sa divinité…
Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière; le Seigneur Jésus est venu nous sauver, il nous a donné la vie à la place de la mort. Qu’il soit loué avec sa Mère, qui l’a porté et a été son Trône. ”

On peut aussi remarquer, comme autre singularité, que dans plusieurs icônes coptes ont y peint souvent des animaux en leur attribuant une fonction symbolique très forte. Ici Marie et l’enfant Jésus sont montés sur un âne, monture traditionnelle des rois. Les quatre poissons dans les eaux seraient le symbole des évangélistes et l’ibis sacré est le symbole du savoir et de la religion en Égypte.
Dans les icônes, tout a une référence symbolique, qu’elles soient de l’une ou l’autre des différentes traditions. Les couleurs, les formes, les personnages et leur mise en scène sont évoqués dans un langage métaphorique qui se doit d’être décodé pour arriver à la pleine compréhension de la scène représentée.
L’entrée de la Sainte Famille en Egypte est un sujet d’icône traditionnelle de l’Eglise copte d’Egypte. Celle-ci a été fondée par l’apôtre Saint Marc, premier évêque d’Alexandrie qui au premier siècle était la capitale intellectuelle de culture hellénistique de l’Egypte. Les coptes, héritiers de l’ancienne Egypte, devenus chrétiens dès le 4ème siècle ont transmis et gardé des souvenirs précis des trois ans que la Sainte Famille a passés dans leur pays. Dès le 4ème siècle, Sainte Hélène mère du premier empereur chrétien de Byzance, fit élever des basiliques aux endroits où la Sainte Famille aurait séjourné, basiliques dont on peut encore voir les traces car elles ont été remplacées par des églises ou des monastères successifs comme à Gebel el Teir ou à Deir el Mouharraq.

L’icône copte traditionnelle telle qu’elle a été revisitée par le grand iconographe contemporain Isaac Fanous, comprend les éléments suivants
Marie, assise sur un âne, portant dans ses bras l’enfant Jésus emmailloté, Joseph, en habit de voyage, bâton à la main, guidant l’âne, dans un paysage avec le Nil, des palmiers, les pyramides, s’y ajoutent parfois un champ de blé, des poissons, des oiseaux.

Cette icône nous rappelle aussi l’accueil amical offert par le peuple égyptien à cette famille de réfugiés, accueil qui fut source de bénédictions pour lui. Les coptes chrétiens sont les témoins précieux de la foi de l’Eglise primitive et les nombreuses apparitions récentes de la Vierge Marie dans ce pays montrent que celle-ci n’a pas oublié ce peuple qui l’avait si bien accueillie, elle et les disciples de son fils.

La fuite en Égypte est un sujet prisé par l’iconographie copte et l’Église appelle cette fête « Entrée de notre Seigneur en Égypte ». Un mot qui fait une grande différence, car la fuite a une connotation plutôt négative tandis que l’entrée est plus positive. Pour les Égyptiens, ce transfert de sens signifie qu’ils ont accueilli Jésus chez eux. Et comme pour l’intensifier, la prophétie biblique « D’Égypte, j’ai appelé mon fils » (Os 11,1) est inscrite au bas de l’icône. Jésus, fils de Dieu, fait une entrée royale, monté sur un âne. Cette même mise en scène, l’entrée messianique de Jésus, se répétera plus tard à Jérusalem, quelques jours avant sa Passion.

Pour conclure, nous dirons que cette brève étude démontre que les chrétiens d’Égypte ont tenu une place particulière dans la genèse de l’art iconographique dans ses dimensions artistiques, culturelles et spirituelles.

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