Un vibrant hommage rendu au père Steven Labat

17-05-2022 05:50 PM


Le père Steven Labat, 32 ans, a perdu la vie dans une chute accidentelle lors d’une retraite dans les montagnes du Sinaï en Egypte. Prêtre du diocèse de Paris, il avait été ordonné en juin 2021 en l’église Saint-Supplice par l’ancien archevêque, Mgr Michel Aupetit et était en mission au Caire. Les obsèques ont été célébrées mardi 10 mai, dans la basilique de la bienheureuse Vierge Marie d’Héliopolis. La célébration, qui a duré plus de trois heures, était présidée par Mgr Claudio Loratti, Vicaire de l’Église latine en Égypte, Mgr Nicolas Henry, nonce apostolique d’Égypte, Mgr Antoine Tawfik, Vicaire adjoint de l’Église latine, Mgr Ibrahim Ishak, évêque des coptes catholiques et Supérieur des Églises catholiques en Égypte, l’archimandrite Pio Farah, curé de l’Église grecque-catholique de Notre Dame de l’Annonciation à Choubra et Vicaire Patriarcal au Caire et Mgr George Chihane, évêque du diocèse des maronites au Caire. Étaient également présents un grand nombre de religieux et religueuses de différentes églises catholiques et une grande délégation de l’église évangélique de Qasr El Doubara sous la présidence du pasteur Sameh Morris, ainsi que des diplomates et des personnalités publiques.

La famille et les amis du père Steven étaient entourés d’une foule impressionnante. A la demande des proches du prêtre originaire d’Egypte, tous étaient revêtus d’un jeans bleu et une chemise blanche, pour faire écho à ces paroles du pape François : « Nous avons besoin de saints avec des jeans et des baskets. Nous avons besoin de saints qui vont au cinéma, qui écoutent de la musique, qui traînent avec leurs amis. Nous avons besoin de saints qui placent Dieu en premier lieu avant de réussir dans n’importe quelle carrière. Nous avons besoin de saints qui cherchent le temps de prier tous les jours et qui savent être amoureux de la pureté, de la chasteté et de toutes les bonnes choses. Nous avons besoin des saints pour le 21e siècle avec une spiritualité adaptée à notre nouvelle époque ».

Un temps de louange a précédé la messe et l’arrivée du cercueil du père Steven. Celui-ci a pénétré la basilique sous les applaudissements de l’assemblée et au son de la fanfare…Le corps a été enterré dans le cimetière catholique romain du Vieux Caire et la famille a reçu les condoléances mardi soir à l’église Saint-Cyrille de Korba. Une messe d’hommage sera présidée par Mgr Marceau le 21 mai à 14h30 en l’Eglise Saint-Nicolas-Des-Champs où il était tant attendu pour la poursuite de son ministère.

Le défunt père était incardiné au diocèse de Paris et membre de la Communauté de l’Emmanuel. Le prêtre d’origine égypto-canadienne avait été envoyé pour sa première année de sacerdoce dans la paroisse Saint-Cyrille de l’Eglise catholique romaine au Caire, notamment pour apprendre à célébrer aussi selon le rite melkite.

Le jeune prêtre devait revenir en France, au sein de la paroisse de l’Emmanuel Saint-Nicolas-Des-Champs dans laquelle il avait passé quelques années pendant son séminaire.

Formé comme séminariste à la maison Saint-Joseph de Namur puis dans le diocèse de Paris, le père Steven avait participé à la fondation de la communauté de l’Emmanuel en Egypte, après avoir été particulièrement touché par la grâce lors d’une retraite en 2007 pendant son adolescence.
Il a réussi à attirer beaucoup de jeunes dans le groupe de prière de l’Emmanuel.

Le regretté père est né à Montréal au Canada où ses parents sont partis au moment de leur mariage. Ils ont néanmoins décidé de retourner au Caire lorsque il avait quatre ans.

Il a intégré le collège de la Sainte Famille tenu par les Jésuites du Caire, où il a suivi toute sa scolarité. Là-bas, il a appris à voir ses collègues d’écoles comme des frères, qu’ils soient chrétiens ou musulmans.

Le père Steven avait été touché lors de la messe du collège, le 3 décembre 2001 au cours de laquelle le provincial jésuite, le père Sarkis avait donné son témoignage de vocation disant qu’il était assis dans cette même église quand il s’est posé la question de consacrer sa vie au Seigneur. Ce jour-là, l’Esprit Saint était particulièrement présent, parce que le père Steven s’est senti très concerné par cette même question… Vers la fin de sa scolarité chez les Jésuites, il a été invité par un bon ami à participer à une marche dans le désert avec des Belges et des Français. C’est là qu’il a fait connaissance pour la première fois de la Communauté de l’Emmanuel.

L’été de cette même année il a donc pu faire une belle expérience avec des enfants sous le regard bienveillant de Notre Dame au cœur d’or en Belgique. Et suite à une proposition d’un autre prêtre il s’est trouvé embarqué dans une voiture vers la Bavière, direction: le Forum d’Altötting.

De retour en Égypte, il s’est lancé dans sa première année d’étude de droit et y a fait l’expérience de la fragilité de sa foi face aux épreuves et aux tentations de la vie. L’année d’après, interpellé par la joie de la louange reçue au forum en Allemagne, il décide de quitter son pays et s’engage à l’école d’évangélisation d’Altötting.

Le père Steven a demandé un signe au Seigneur dans les deux semaines qui suivaient, s’il voulait qu’il soit des siens. Et en effet il lui en a donné plusieurs!

Rempli de ce feu du Seigneur, il est de retour en Égypte: une première session d’été pour les jeunes était sur le point d’être lancée, il prend le train en marche et ne s’est jamais arrêté depuis…

Dans la foulée des événements de troubles en Egypte, il s’est engagé dans la société civile en se faisant embaucher dans une ONG qui défendait les droits des femmes. Il s’est aussi orienté vers l’art et a commencé à comprendre que c’était sa vocation dans la société. Cela commençait à se réaliser concrètement par des petits projets: la participation à des courts-métrages, un groupe de musique, une troupe musicale.

Le Seigneur n’avait jamais été aussi clair qu’en septembre 2014 où la question qu’il lui posa était: “Veux-tu recevoir le sacrement de l’ordre?”, il a poussé un:”Oui” profond et libérateur… En tant qu’oriental il aurait pu choisir la vocation de prêtre-marié mais il a pris la décision de se consacrer dans le célibat. Le Seigneur a séduit son cœur qu’il a voulu entièrement et sans partage pour lui.

“Serviteur, entre dans la joie de ton maître” (Mt 25, 23). C’est le verset qu’il a choisi pour son ordination. Il a été ordonné diacre pendant une crise touchant les hommes du monde entier, il en a subi les conséquences, d’abord en attrapant le virus et ensuite en étant ordonné dans une toute petite chapelle. Ayant reçu l’appel à la prêtrise une première fois vers huit ans puis vers 19 ans, le jeune prêtre avait coutume de dire que son verset préféré de la Bible était la rencontre de Moïse avec Dieu au mont Sinaï, lorsque Dieu lui révèle Son nom. Comment ne pas voir une portée symbolique dans le lieu où il a perdu la vie…

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