Le fils prodigue, l’icône d’Alain Chenal

24-03-2022 07:21 AM


Ce dimanche, nous écoutons dans l’Évangile, l’histoire d’un fils qui mène la belle vie puis revient chez son père (Luc 15, 1-3.11-32). Celle du retour du fils prodigue relate l’histoire d’un homme qui avait deux fils. Le plus jeune, après avoir demandé sa part d’héritage, part vers un pays lointain où il mène une vie de plaisirs pendant des années. Quand il a tout dépensé, pour lui c’est la misère. Il prend conscience de ce qu’il a fait et devient tout triste.

Il décide alors de retourner chez son père. Or ce dernier pourrait très bien le rejeter et lui reprocher sa conduite, bref lui fermer sa porte définitivement. Exactement comme les pharisiens, au temps de Jésus, rejettent les pécheurs et les publicains. Mais non ! Le père l’aperçoit au loin et, tout heureux, vient à sa rencontre. Alors, son fils, très touché, lui demande pardon : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils. »

Alain Chenal Iconographe amateur, pour lui l’iconographie est une recherche spirituelle contemplative, une forme de prière.

En contemplant son icône dite du retour du fils prodigue, on y voit le père, qui reçoit le fils sur son cœur et qui lui offre son immense tendresse. Cette icône nous parle du mystère fondamental de la relation entre Dieu et l’Homme pécheur, séparé de Dieu, représenté par l’attitude des deux fils. Le fils cadet, qui part avec son héritage, chercher le bonheur dans le monde et la jouissance éphémère mais aussi le fils aîné qui vit à côté du père mais sans relation profonde avec lui, inconscient de son amour.

L’attitude du père décrite avec tant de délicatesse dans la parabole et que l’icône essaye de rendre, nous montre la réalité de l’Amour sans limite de Dieu, notre Père : il respecte la liberté du fils cadet, accepte de lui laisser faire son expérience, ne lui refuse pas ses biens, ne le maudit pas, ne le déshérite pas, lui garde son amour. Mais il souffre de cette séparation et tous les jours espère et attends son retour. Et quand il le voit arriver au loin, il court vers lui et lui ouvre ses bras, il l’enveloppe de son manteau d’amour et le couvre de baisers. Puis il lui donne le plus beau vêtement, lui met un anneau au doigt (alliance renouvelée par le pardon) lui met des sandales pour prendre un nouveau chemin et fait préparer un festin de noces.

Le fils cadet c’est l’homme détourné de Dieu, sorti de lui-même, entièrement tourné vers l’extérieur cherchant son bonheur dans une indépendance orgueilleuse, dans la jouissance et le divertissement, dilapidant ses richesses et celles de la création reçue en héritage, sans apaiser sa faim de bonheur. Devenu pauvre, au fond de sa misère, il se souvient de la maison de son père et décide d’y retourner et de demander pardon. Dans les bras de son père il s’abandonne, délivré du joug de son égo. Il va retrouver sa dignité de fils dans la joie de la fête.

Le fils aîné revient des champs, il est absorbé par le « faire » et ne peut pardonner à son frère sa débauche, il est jaloux et refuse d’entrer dans la fête des retrouvailles malgré les supplications du père. Il reproche à celui-ci de n’avoir pas récompensé sa fidélité et donné de quoi faire la fête avec ses amis. Mais le père lui répond : « Toi mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi ». Il montre ainsi qu’il ne suffit pas de « faire » ce qui est bien, d’obéir aux commandements du père mais qu’il faut « être » uni à lui, avoir conscience de sa présence, célébrer avec joie l’amour du Père en toute activité, faire de sa vie une fête, et pour cela, ne pas chercher le bonheur à l’extérieur de soi, ni dans le faire ni dans le jouir, mais au plus profond de soi, dans l’être, où nous attend le Père dans son Amour infini.

L’icône représentée s’inspire d’une icône de Monseigneur Jean de Saint Denis, évêque orthodoxe grand iconographe de la 2ème moitié du 20e siècle. Elle est construite suivant une diagonale dynamique qui projette le père à la rencontre du fils. Elle est centrée sur les « entrailles » du père vers lesquelles convergent plusieurs lignes du dessin. Son manteau rouge, couleur de l’Esprit Saint, suit ce mouvement et se projette sur le fils pour le couvrir car il est nu. Le manteau bleu sombre du fils coule parterre entraînant tous ses péchés. Le père ferme ses bras sur le fils qui s’abandonne totalement dans une béatitude d’enfant en sommeil. Le père rend grâce pour le retour du fils. Dans des éclats de lumière, le ciel et la terre jubilent et dansent de joie pour ces retrouvailles car le fils « qui était mort est revenu à la vie ».
Le fils prodigue, c’est chacun de nous, quand nous nous détournons des bonnes actions ; et le père, c’est Dieu. Si, de tout notre cœur, nous revenons à Lui, Dieu nous accueille toujours.

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