Les Illusions perdues, triomphe césarien de Xavier Giannoli

11-03-2022 03:34 PM


Le 25 février, le cinéma français s’est réuni à l’Olympia pour décerner les statuettes les plus prisées. Avant “Illusions perdues”, jamais aucun film n’avait été autant nommé aux César. Un record de nominations. Le film de Xavier Giannoli, adapté du roman d’Honoré de Balzac, sorti en salle en octobre 2021 a reçu 15 nominations aux César 2022. Dans l’histoire de ces récompenses cinématographiques françaises, 8 autres films avaient déjà été nommés dans 13 catégories, mais c’est la première fois que le chiffre des nominations monte à 15 avec deux doublons dans les catégories “Meilleur acteur dans un second rôle” et “Meilleure actrice dans un second rôle”.

Les performances des acteurs ont ainsi permis à Illusions Perdues de se faire une place dans quatre des catégories récompensant les comédiens. Parmi les autres nominations, le long-métrage est retenu pour le César du “Meilleur film”, de la “Meilleure réalisation”, des “Meilleurs décors”, des “Meilleurs costumes”, de la “Meilleure adaptation”, du “Meilleur son”, du “Meilleur montage” et de la “Meilleure photo”.

Le film « Illusions perdue » critique les faux-semblants du monde de la presse et le capitalisme cynique qui régit notre société. À l’image de l’œuvre complexe de Balzac.

Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXe siècle. Il nourrit de grands espoirs et veut forger son destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris au bras de sa protectrice des arts.

Rapidement livré à lui-même dans cette ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses de ce monde voué à la loi du profit et du faux semblant… Voilà pour le synopsis du roman d’Honoré de Balzac qui a inspiré le film éponyme de Xavier Giannoli et fut publié en trois parties, entre 1837 et 1843 : « Les Deux Poètes », « Un grand homme de province à Paris » et « Les Souffrances de l’inventeur ». Dédié à Victor Hugo, ce texte fait partie du vaste ensemble des « Études de mœurs » de « La Comédie humaine » et, plus précisément, des « Scènes de la vie de province ». Attaché à ce qu’il qualifiait comme « une histoire pleine de vérité », Balzac considérait ce triptyque comme un élément capital de son grand œuvre.

Avec Illusions Perdues, Xavier Giannoli réussit à dépoussiérer un roman qui n’a pas pris une ride. C’est la force de l’œuvre de Balzac, et le génie du réalisateur. Porté par un casting impressionnant – Cécile de France, Gérard Depardieu, Xavier Dolan, Louis-Do de Lecquesaing et Jean-François Stévenin – l’histoire reste terriblement actuelle, alors même qu’elle a été écrite il y a près de deux siècles.

En ponctuant son long-métrage de références au monde moderne, Xavier Giannoli rapproche l’œuvre de Balzac à notre époque: la presse du XIXe siècle avait inventé les fake news, les buzz et les haters avant les réseaux sociaux.

Dans la deuxième partie du roman d’initiation de Balzac, la plus longue des trois parties, Lucien, arrivé à Paris, se découvre bien misérablement vêtu et logé, en comparaison des élégants Parisiens. Son amour pour Madame de Bargeton souffre aussi de la comparaison avec des femmes de l’aristocratie. Pauvre et peu au fait des mœurs de la capitale, il se couvre de ridicule en faisant, à l’Opéra, ses premiers pas dans le monde, et perd l’appui de madame de Bargeton.

Ses tentatives pour faire publier ses livres, notamment auprès du libraire Doguereau, se soldent par des échecs. Il fait alors la connaissance de Daniel d’Arthez, un écrivain de génie qui l’introduit au Cénacle, cercle de jeunes hommes de tendances politiques et d’occupations diverses, qui partagent dans une amitié parfaite une vie ascétique au service de l’art ou de la science.

Lucien fréquente le Cénacle pendant un temps. Mais, trop impatient pour réussir par la voie ardue du seul travail littéraire, il cède à la tentation du journalisme, un univers corrompu dans lequel il connaît rapidement le succès grâce à des articles répondant aux goûts du jour. Il les signe « Lucien de Rubempré », prenant le nom de jeune fille de sa mère.

Il s’éprend d’une jeune actrice qui l’adore, Coralie, et mène une vie de luxe en s’endettant. Son ambition le pousse d’un journal libéral à un journal royaliste. Cette absence totale de principes est très mal perçue par ses anciens amis du Cénacle, qui l’attaquent violemment, tandis que ses nouveaux collègues ne le soutiennent guère.

Il se bat en duel avec Michel Chrestien lorsqu’il publie une critique négative d’un livre de D’Arthez, quoiqu’il adorât celui-ci après l’avoir lu (son directeur lui avait imposé de faire une critique négative, pour des raisons purement tactiques).

Sa ruine est consommée lorsque Coralie tombe malade. Il assiste impuissant à son agonie et se résout finalement à retourner à Angoulême pour solliciter l’aide de David, à qui il avait déjà auparavant demandé plusieurs aides financières, qui lui avaient été versées à chaque fois.

C’est un des plus longs romans de La Comédie humaine , titre sous lequel Honoré de Balzac a regroupé un ensemble de plus de quatre-vingt-dix ouvrages — romans, nouvelles, contes et essais — de genres réaliste, romantique, fantastique ou philosophique, et dont l’écriture s’échelonne de 1829 à 1850.
Par cette œuvre, Balzac veut faire une « histoire naturelle de la société », explorant de façon systématique les groupes sociaux et les rouages de la société, afin de brosser une vaste fresque de son époque susceptible de servir de référence aux générations futures.

Illusions perdues remet au goût du jour la prose du célèbre romancier du XIXe siècle en la transposant sur grand écran. Et les critiques sont unanimes : c’est une réussite. “Un grand film” selon La Croix, “une éblouissante fresque moderne” pour Le Parisien, “un film passionnant” d’après Première, les qualificatifs ne manquent pas pour qualifier la proposition de cinéma de Giannoli.
Porté par un casting cinq étoiles (Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Gérard Depardieu, Jeanne Balibar pour ne citer qu’eux), le film Illusions perdues critique le capitalisme cynique qui régit notre société et les faux-semblants du monde de la presse dans lequel un jeune poète inconnu espère se faire un nom. Le Monde loue d’ailleurs la distribution d’acteurs qui “se livrent à de prodigieuses joutes verbales, dans un plaisir de jeu communicatif”. La mise en scène “brillantissime” pour La Croix, “élégante, sensuelle et virevolante” pour le JDD, “impressionnante de maîtrise” pour Première, n’est pas en reste, puisqu’elle est unanimement saluée par les critiques

Ce film est un réel voyage au cœur du XIXe mais aussi dans le monde journalistique. Nous sommes entrainés pendant 2h30 dans la vie de Lucien et vivons avec lui toutes ces magouilles pour la gloire et l’appât du gain. L’action se déroule sous la Restauration. Le roman dépeint les milieux de l’imprimerie, des cercles littéraires, le début de la presse et de la publicité, et les soubresauts de la noblesse.

Avec le jeu des acteurs, c’est la reconstitution historique de cette époque qui plait dans ce film… A cet égard, il est bon de mentionner une Citation d’Honoré de Balzac: « Je pense à ceux qui doivent trouver en eux quelque chose après le désenchantement. »

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