Dialogue entre générations, éducation et travail des outils pour construire une paix stable

09-01-2022 07:06 PM


Dans le contexte mondial actuel marqué par « le bruit assourdissant des guerres et des conflits » et exacerbé par la pandémie, « entre l’indifférence égoïste et la protestation violente, une option est toujours possible : le dialogue. Le dialogue entre les générations » : telle est l’espérance que le pape François désire communiquer à travers son message pour la 55e Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2022 .

Dans son traditionnel message, le Souverain pontife a commencé par déplorer que le chemin de la paix dans le monde reste encore éloigné de la réalité de beaucoup d’hommes et de femmes et, par conséquent, «de la famille humaine, désormais complètement interconnectée».

Le Saint-Père propose donc cette année trois voies pour construire une paix durable: le dialogue entre les générations comme base pour la réalisation de projets communs; l’éducation en tant que facteur de liberté, de responsabilité et de développement; enfin, le travail pour une pleine réalisation de la dignité humaine.

Tout dialogue sincère, même s’il n’est pas dépourvu d’une dialectique juste et positive, requiert toujours une confiance fondamentale entre les interlocuteurs. «Nous devons retrouver cette confiance mutuelle!», écrit le Pape à l’heure où la crise sanitaire actuelle, dit-il, «a accru pour tout le monde le sentiment de solitude et de repli sur soi». «La solitude des personnes âgées s’accompagne chez les jeunes d’un sentiment d’impuissance et de l’absence d’une idée commune de l’avenir», observe-t-il.

Alors que le développement technologique et économique a souvent divisé les générations, les crises contemporaines révèlent l’urgence de leur alliance, insiste le Pape, s’expliquant: «D’une part les jeunes ont besoin de l’expérience existentielle, sapientielle et spirituelle des personnes âgées; d’autre part les personnes âgées ont besoin du soutien, de l’affection, de la créativité et du dynamisme des jeunes.»

Les grands défis sociaux et les processus de pacification ne peuvent en effet se passer du dialogue entre les gardiens de la mémoire -les personnes âgées- et ceux qui font avancer l’histoire -les jeunes-; le dialogue entre les générations est le moteur d’une politique saine qui ne se contente pas de gérer le présent «avec des rapiècements ou des solutions rapides», estime François, mais qui se propose «comme une forme éminente d’amour de l’autre», dans la recherche de projets communs et durables.

«Sans racines, comment les arbres pourraient-ils pousser et porter des fruits?», interroge l’évêque de Rome. Dans ce contexte, l’éducation et le travail apparaissent pour le Pape comme des lieux privilégiés pour le dialogue intergénérationnel. «C’est l’éducation qui fournit la grammaire du dialogue entre les générations, et c’est dans l’expérience du travail que des hommes et des femmes de différentes générations se retrouvent à échanger des connaissances, des expériences et des compétences en vue du bien commun.»

Le Pape s’est d’emblée alarmé d’un constat: l’investissement financier bien plus massif dans les armes que dans l’écoles.

«Il est donc opportun et urgent que tous ceux qui ont une responsabilité de gouvernement élaborent des politiques économiques qui prévoient une inversion du rapport entre les investissements publics dans l’éducation et les fonds destinés aux armements», a-t-il souhaité.

SS François a une nouvelle fois évoqué la culture du soin. «Un pays grandit quand dialoguent de façon constructive ses diverses richesses culturelles: la culture populaire, la culture universitaire, la culture des jeunes, la culture artistique et technologique, la culture économique et la culture de la famille, et la culture des médias». Il est donc nécessaire, selon lui, de forger un nouveau paradigme culturel à travers «un pacte éducatif global pour et avec les jeunes générations, qui engage les familles, les communautés, les écoles et les universités, les institutions, les religions, les gouvernants, l’humanité entière, dans la formation de personnes matures».

Enfin, le travail apparaît dans la réflexion du Pape comme un facteur indispensable pour construire et préserver la paix, en tant qu’«expression de soi, mais aussi effort, fatigue, collaboration avec les autres».

Néanmoins, la pandémie de Covid-19 a aggravé la situation du monde du travail: des millions d’activités économiques ont fait faillite; les travailleurs précaires sont de plus en plus exposés; beaucoup de ceux qui assurent des services essentiels sont davantage ignorés de la conscience publique et politique; et l’instruction à distance a causé, dans de nombreux cas, une régression de l’apprentissage scolaire.

Et le Pape de souligner en particulier, l’impact dévastateur de la crise sur l’économie informelle, qui souvent concerne des travailleurs migrants. «Beaucoup d’entre eux ne sont pas reconnus par les lois nationales, comme s’ils n’existaient pas. Ils vivent dans des conditions très précaires, eux et leurs familles, exposés à diverses formes de servitudes et sans système de protection sociale qui les couvre», a regretté le Souverain pontife.

Or, le travail est la base sur laquelle se construisent la justice et la solidarité, plaide François. C’est pourquoi «on ne doit pas chercher à ce que le progrès technologique remplace de plus en plus le travail humain, car l’humanité se dégraderait elle-même», assure-t-il, défendant l’urgence à promouvoir des conditions de travail décentes et dignes, «orientées vers le bien commun et la sauvegarde de la création». «Il faut assurer et soutenir la liberté d’initiative des entreprises et, en même temps, développer une responsabilité sociale renouvelée pour que le profit ne soit pas l’unique critère-guide.» Le Pape conseille à tous ceux qui œuvrent en ce domaine des orientations sûres dans la Doctrine sociale de l’Église catholique, concluant par un vœu: «Et que soient de plus en plus nombreux ceux qui, sans faire de bruit, avec humilité et ténacité, se font jour après jour des artisans de paix».

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