Exposition Mariette – Aïda

12-12-2021 11:40 AM


A l’occasion du bicentenaire de la naissance d’Auguste Mariette et du cent-cinquantenaire de la création de l’opéra Aïda de Giuseppe Verdi, l’Institut français d’Égypte explore les liens, parfois méconnus entre le grand égyptologue et l’opéra le plus emblématique de l’Égypte.


L’Institut français d’Egypte rassemble une trentaine de reproductions de croquis et dessins de costumes et de décors de la première représentation d’Aïda – donnée le 24 décembre 1871 au Caire. Ils sont réalisés par la main de Mariette, ou visés par lui, et montrent, derrière l’égyptologue, la précision de l’artiste et sa quête de rendre « vrai » cet opéra pharaonique.

Aïda est le 6ème opéra le plus joué dans le monde chaque année. Mariette a proposé l’intrigue au Khédive Ismaïl, après l’avoir écrit dans sa maisonnette de Sérapeum.
L’ensemble des éléments présentés sont issus des collections de la bibliothèque de l’Opéra, légués par le fils de Mariette, et transférés depuis à la Bibliothèque Nationale de France. Certains, que nous verrons dans l’exposition, ne sont pas de sa main, comme ceux de Jules Marre, qui assistait Mariette pour la « mise au net » des dessins, et d’Henri de Montaut. Un exemplaire du carnet de croquis de celui-ci est d’ailleurs présenté dans l’exposition permanente de l’Opéra du Caire.

Jusqu’au 19 février 2022, de nombreux rendez-vous culturels seront proposés autour des figures d’Aïda et de Mariette, notamment : Le 2 décembre à l’IFAO, un dialogue s’est tenu entre deux directrices de musée, le Dr Sabah Abdelrazek, directrice du Musée du Caire fondé par Mariette et Elikya Kandot, directrice du Musée de Boulogne-sur-Mer, pour un échange inédit entre les héritages croisés de ces musées. Les deux villes portent son héritage au quotidien – tant égyptologique que culturel. Cette rencontre inédite entre les deux directrices des musées a permis de mettre en miroir ces deux héritages et de tisser des parcours contemporains.

Par ailleurs, le 10 décembre à l’Institut français d’Egypte, un rendez-vous a eu lieu autour de la BD avec le dessinateur WINOC, auteur de « Sur les pas de Mariette ».
Seule BD francophone dédiée à cette figure historique, née à Boulogne-Sur-Mer, elle retrace, la vie de cet égyptologue, à l’aube justement d’écrire le scénario de Mariette. Winoc présentant une partie des planches de son album à cette occasion.

Au cours des prochains jours, une programmation spéciale, plusieurs conférences et projection, dans les espaces de l’IFE rénovés, notamment autour du costume orientaliste (le 19), autour du chercheur Khemais Ben Lakdar Rezgui ; de la figure du colonel Bouchard, découvreur de la pierre de Rosette (le 28) avec le Dr Ahmed Youssef, et d’autres belles surprises.

Le premier décembre, l’ambassadeur de France, Son Excellence, M. Marc Baréty a inauguré l’exposition Aïda et Mariette, en présence d’un nombre de responsables égyptiens y compris des représentants du ministère des Antiquités et du Tourisme, des représentants de la mairie de la ville de Boulogne-sur-mer (ville natale d’Auguste Mariette) et de l’attaché Culture, livres, débats et idées, M. David Régnier.
A cette occasion, M. Baréty a mis l’accent sur la profondeur des relationsfranco-égyptiennes, notamment en matière d’archéologie, rappelant le rôle d’Auguste Mariette et de Champollion.
De sa part, l’attaché Culture, Livre, débats et idées, M. David Régnier a souligné que l’idée était de célébrer aux deux anniversaires en même temps car Mariette a contribué à l’opéra Aïda en supervisant les costumes et les décors de l’opéra.

Suite à l’inauguration, une conférence a été tenue autour de la contribution d’Auguste Mariette à préserver et conserver les pièces archéologiques égyptiennes. Parmi les intervenants, Dr Mohamed Ibrahim, fameux archéologue, a mis en relief la passion de Mariette pour l’Egypte et pour l’archéologie.

Il est bon de savoir à cet égard que l’opéra Aïda de Guiseppe Verdi et scénarisé par Auguste Mariette, prend place durant l’Égypte pharaonique. Au centre d’un climat politique troublé, l’héroïsme et la trahison se côtoient autour d’un triangle amoureux uni dans un sort inéluctable. Ces attributs antinomiques finissent alors par entraîner la déchéance tragique du couple Radamès-Aïda, amenant ainsi à la mort de ces derniers.

Ce scénario a été élaboré suite à une demande du vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha, souhaitant célébrer avec un opéra inédit l’ouverture de l’Opéra Khédival du Caire en 1870. Celui-ci demande que la couleur strictement égyptienne soit conservée dans le libretto, les décors et les costumes, et charge Auguste Mariette de veiller sur cette exigence.

Afin d’accéder aux aspirations du vice-roi, il dessine lui-même les costumes d’Aïda. Delphine Baron est la couturière responsable des costumes dans les ateliers à Paris. Ismaïl Pacha tient à ce que les costumes soient produits en France, sans doute par souci de qualité et de prestige que suscite le savoir-faire français. Des problèmes surviennent dans la conception des costumes, d’une part pour des raisons stylistiques et logistiques, mais aussi pour des raisons politiques. La première représentation d’Aïda est finalement donnée au Caire le 24 décembre 1871. Alors que la fantaisie prévaut dans la réalisation des costumes durant cette époque, ceux d’Aïda sont appréciés pour leur exactitude historique.

.Le livret d’Antonio Ghislanzoni reposait sur un scénario conçu par le célèbre égyptologue français, Auguste Mariette. Si son nom ne figure pas sur les livrets imprimés, c’est que Mariette avait souhaité garder l’anonymat. Pourtant, il en revendique la paternité auprès de ses intimes : « Le scénario est de moi, c’est-à-dire que j’en ai conçu le plan, que j’en ai réglé toutes les scènes et que l’Opéra, dans son essence, est sorti de mon sac. ». « Je suis tout à l’Egypte, elle est tout pour moi. » Auguste Mariette aurait fort bien pu reprendre à son compte cette devise de Jean-François Champollion, son illustre prédécesseur. La carrière de ces deux prestigieux égyptologues n’est d’ailleurs pas sans similitudes. Issus d’un milieu modeste, enseignants l’un et l’autre, l’étude des langues anciennes – le copte notamment – est à l’origine de leur passion pour l’Égypte antique. Très tôt, Mariette se procure le Précis du système hiéroglyphique des anciens Egyptiens de Champollion et s’initie à la lecture des hiéroglyphes. En 1849, il est nommé auxiliaire à la conservation des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. En 1850, le ministère de l’Instruction publique lui confie une première mission en Égypte, où il doit faire l’acquisition de manuscrits coptes et syriaques. Mais sa mission ayant échoué, il utilise les fonds qui lui ont été alloués pour entreprendre des fouilles dans la nécropole de Saqqara et il met au jour le Serapeum de Memphis, nécropole des taureaux sacrés Apis.À l’époque de la création, le fait était parfaitement connu. Ernest Reyer l’écrit sans détour dans son feuilleton destiné à la presse : le poème de l’opéra Aïda est « une invention du savant directeur du musée de Boulaq, de l’illustre égyptologue qui a attaché son nom à tant de merveilleuses découvertes, et tout récemment à celles du Sérapeum. Il l’a écrit tout entier, en prose. »

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