La culture du soin comme parcours de paix

28-12-2020 10:44 AM


Le message du Pape François pour la 54ème Journée mondiale de la paix célébrée le 1er janvier 2021 a pour thème «La culture du soin comme parcours de paix». Selon la Cité du Vatican, le Pape François indique dans son message que la culture du soin comme «engagement commun, solidaire et participatif pour protéger et promouvoir la dignité et le bien de tous» et «disposition à prendre soin, à prêter attention, à la compassion, à la réconciliation et à la guérison, au respect et à l’accueil réciproque», constitue un moyen privilégié pour construire la paix, «éradiquer la culture de l’indifférence, du rejet et de la confrontation, souvent prévalente aujourd’hui».

Dans les huit pages du texte, intitulé «La culture du soin comme parcours de paix», daté, selon la tradition, au 8 décembre, solennité de l’Immaculée Conception, le Pape s’adresse aux chefs d’État et de gouvernement, aux dirigeants d’organisations internationales, aux chefs spirituels, aux fidèles des différentes religions, et aux hommes et femmes de bonne volonté.
Il leur rappelle ce qu’il a écrit dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti: «Dans de nombreuses régions du monde, il faut des chemins de paix qui mènent à la guérison des blessures, il faut des artisans de paix prêts à engager des processus de guérison et de rencontre renouvelée avec ingéniosité et audace».

Le Pape indique que dans de nombreuses traditions religieuses il y a des récits qui font référence à l’origine de l’homme, à sa relation avec le créateur, avec la nature et avec ses semblables. Dans la Bible, le Livre de la Genèse révèle, dès le début, l’importance du soin ou du fait de garder dans le projet de Dieu pour l’humanité, mettant en lumière la relation entre l’homme (‘Adam) et la terre (‘adamah), et entre frères. Dans le récit biblique de la création, Dieu remet le jardin “planté en Éden” (cf. Gn 2, 8) entre les mains d’Adam avec la charge de “le cultiver et de le garder” (cf. Gn 2, 15).

SS François ajoute que la naissance de Caïn et Abel provoque une histoire entre frères dont les relations seront interprétées – négativement – par Caïn en termes de protection ou de garde. Après avoir tué son frère Abel, Caïn répond à la question de Dieu : « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9). Oui, certainement ! Caïn est le “gardien” de son frère. « Dans ces récits si anciens, emprunts de profond symbolisme, une conviction actuelle était déjà présente : tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres ».

La Sainte Écriture présente Dieu non seulement comme créateur mais aussi comme celui qui prend soin de ses créatures, en particulier d’Adam, d’Ève et de leurs enfants. Le même Caïn, bien que retombe sur lui la malédiction en raison du crime qu’il a commis, reçoit en don du Créateur un signe de protection pour que sa vie soit sauvegardée (cf. Gn 4, 15). Ce fait, en même temps qu’il confirme la dignité inviolable de la personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, manifeste le plan divin pour préserver l’harmonie de la création parce que « la paix et la violence ne peuvent pas habiter dans la même demeure ».

Le soin de la création est justement à la base de l’institution du Shabbat qui visait, outre le fait de réguler le culte divin, à rétablir l’ordre social et l’attention aux pauvres (cf. Gn 1, 1-3 ; Lv 25, 4). La célébration du Jubilé à l’occasion de la septième année sabbatique accordait un répit à la guerre, aux esclaves et aux personnes endettées. En cette année de grâce, on prenait soin des plus fragiles en leur offrant une nouvelle perspective de vie de sorte qu’il n’y ait aucun nécessiteux dans le peuple (cf. Dt 15, 4).

SS revient sur l’année 2020, marquée par la grande crise sanitaire de la Covid-19, devenue phénomène multisectoriel et global, aggravant des crises très fortement liées entre elles, comme les crises climatique, alimentaire, économique et migratoire, «provoquant de grands inconvénients et souffrances».
Le Saint-Père constate ainsi qu’«à côté des nombreux témoignages de charité et de solidarité», différentes formes de «nationalisme, de racisme, de xénophobie, et aussi de guerres et de conflits qui sèment la mort et la destruction», ont pris un nouvel élan cette année.
Suivant l’exemple du Maître, poursuit l’évêque de Rome, les premiers chrétiens «pratiquaient le partage pour que personne parmi eux ne soit dans le besoin et ils s’efforçaient de faire de la communauté une maison accueillante, ouverte à toute situation humaine, prête à prendre en charge les plus fragiles».
Lorsque, dans les temps qui ont suivi, la générosité des chrétiens perdit un peu de son élan, certains Pères de l’Église insistèrent sur le fait que la propriété est conçue par Dieu pour le bien commun. Ambroise soutenait que «la nature a répandu toutes les choses pour les hommes et pour un usage commun. Par conséquent, la nature a produit un droit commun pour tous, mais l’avidité en a fait un droit pour un petit nombre».
Une fois donc passées les persécutions des premiers siècles, observe le Saint-Père, l’Église a mis en œuvre, établissant de nombreuses institutions pour le soulagement de tous les besoins humains, des hôpitaux, des logements pour les pauvres, des orphelinats, un accueil pour les enfants ou des refuges pour les gens de passage.
Ces exemples de charité agissante de si nombreux témoins lumineux de la foi, sont devenus le cœur battant de la doctrine sociale de l’Église qui s’offre comme «un précieux patrimoine de principes, critères et indications» desquels tirer la «grammaire» du soin, relève le Pape. Une grammaire prenant en compte la promotion de la dignité de toute personne humaine, la solidarité avec les pauvres et les sans défense, la sollicitude pour le bien commun, la sauvegarde de la création.
Le Souverain pontife invite donc les responsables des organisations internationales et gouvernements, du monde économique et scientifique, de la communication sociale et des institutions éducatives, à prendre en main cette «boussole» de principes pour imprimer «un cap commun au processus de globalisation», «un cap réellement humain» comme déjà indiqué dans Fratelli tutti.
Une boussole utile également pour les relations entre les nations, «qui devraient être inspirées par la fraternité, le respect mutuel, la solidarité et l’observation du droit international». Protéger et promouvoir les droits fondamentaux de l’homme, et respecter le droit humanitaire, «surtout en cette période où les conflits et les guerres se succèdent sans interruption». En effet, le Pape François déplore que «de nombreuses régions et communautés ont cessé de se souvenir d’une époque où elles vivaient en paix et en sécurité», et que tant de personnes souffrent de la violence, de la faim, de l’exil et du manque d’éducation.
La pandémie et le changement climatique mettent donc en évidence la grande «dispersion des ressources pour les armes, en particulier pour les armes nucléaires», qui pourraient être utilisées pour «la promotion de la paix et du développement humain intégral, la lutte contre la pauvreté, la garantie des besoins sanitaires», fait remarquer le Successeur de Pierre, tout en relançant la proposition faite lors de la dernière Journée mondiale de l’alimentation: «Créer un “Fonds mondial” avec l’argent dépensé pour les armes et autres dépenses militaires afin d’éliminer définitivement la faim et de contribuer au développement des pays les plus pauvres».
Les chefs religieux en particulier, poursuit le Souverain Pontife, peuvent jouer «un rôle irremplaçable dans la transmission aux fidèles et à la société des valeurs de solidarité, de respect des différences, d’accueil et d’attention à nos frères et sœurs les plus fragiles». Les chrétiens, et c’est l’invitation finale du Pape doivent se tourner vers la Vierge Marie, «Étoile de la mer et Mère de l’espérance», et tous ensemble «collaborer pour avancer vers un nouvel horizon d’amour et de paix, de fraternité et de solidarité, de soutien mutuel et d’accueil réciproque» en prenant soin les uns des autres.

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