La spiritualité d’une icône du football mondial

06-12-2020 06:07 PM


Légende du football mondial, Diego Maradona s’est éteint le 25 novembre à l’âge de 60 ans. Toute sa vie, que ce soit sur un terrain de foot ou dans les rues qu’il a arpentées, il n’aura cessé de témoigner d’une certaine spiritualité.

Il était sans conteste l’un des plus grands joueurs de football de tous les temps. L’Argentin Diego Maradona s’est éteint d’une crise cardiaque, quelques jours après avoir été opéré d’un hématome de la tête. Après l’annonce de son décès, le gouvernement argentin a décrété trois jours de deuil national. Si ces dernières années ont été marquées par de nombreux problèmes de santé liés à une vie d’addiction et d’excès, cette légende vivante qui a marqué à tout jamais l’histoire du football a toujours témoigné d’une certaine spiritualité, multipliant les signes de croix et génuflexions sur les terrains du monde entier, peu importe l’équipe contre laquelle il jouait.

Très tôt surnommé « El Pibe de Oro », (Le gamin en Or), Diego Maradona a grandi dans un bidonville de la banlieue sud de Buenos Aires. Rien ne le destinait à être adulé par les foules, ni à fouler les pelouses des plus grands stades de football. Son plus fameux geste reste celui de « la main de Dieu », ce jour où il marque en quart de finale de la Coupe du monde de 1986 au Mexique contre l’Angleterre et permet à l’Argentine de l’emporter quatre ans après la fin de la guerre des Malouines. Lors de la conférence de presse d’après-match, Maradona du haut de ses 1,65 mètres exacerba la polémique par le commentaire qui valut à ce premier but son surnom : « un poco con la cabeza de Maradona y otro poco con la mano de Dios » (« un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu »).

On sait que Diego a toujours été fidèle à sa patrie et au football, mais l’on sait moins qu’il était homme à tenir ses promesses… même les plus éloignées de son image sulfureuse.

Enfant aux pieds bénis, tête brûlée par les rêves de gloire, Diego Maradona débarque à Naples dans les années 1980. Il vaut très cher et il le sait. Chaque dimanche, tous les Napolitains se dirigent vers le stade pour assister à ses prouesses. Pourtant, le 26 mars 1989, il s’échappe de son pays d’accueil pour aller honorer une promesse faite à sa femme Claudia. Il lui avait promis de se rendre au sanctuaire de Lourdes pour remercier la Sainte Vierge de la naissance de leur fille, appelée pour l’occasion Dalma-Lourdes. Mais son arrivée déchaîne la foule des fidèles, à tel point que le joueur est empêché d’aller se recueillir près de la Grotte.

D’autre part, le pape François, grand fan de football, a rendu hommage à son célébrissime compatriote. Informé de la mort de Diego Maradona, le pape repense avec affection aux occasions de rencontres de ces dernières années, et se souvient de lui dans la prière, comme il l’a fait ces derniers jours lorsqu’il a eu connaissance de son état de santé.

Une réaction intervenue quelques heures seulement après sa mort. Vatican News, le média officiel du Vatican, a également mis en ligne une vidéo avec une rencontre entre le pape et Maradona en 2014, au cours de laquelle les deux hommes se prennent chaleureusement dans les bras.

Le pape François a en effet rencontré Maradona à deux reprises, depuis son élection. Une première fois, en 2014, lorsque l’ancien champion argentin avait remis à son compatriote un maillot orné du numéro 10. Mais en sortant de sa rencontre avec SS François, celui que l’on surnommait « el pibe de oro » (le gamin en or) avait affirmé aux journalistes qu’à ses yeux, c’était le pape qui est « le vrai champion ».

Pour le pontife comme pour le « gamin en or », le football est une affaire de cœur et de peuple. Ce sont d’ailleurs ces deux dimensions qui les ont rassemblés à Rome en 2014, lors de l’organisation d’un match interreligieux pour la paix au Stade Olympique de Rome. Le joueur argentin avait été le capitaine de l’équipe du chef de l’Église catholique, portant les couleurs de son organisation Scholas Occurentes (lancée par le pontife alors qu’il était archevêque de Buenos Aires).

Lors d’une audience privée avant ce match de gala, les deux hommes avaient cette fois-ci évoqué « ces enfants qui partout dans le monde n’ont rien à manger ». Une réalité qui les ramenait sans doute tous les deux à leur enfance, cette vie d’avant où ils se côtoyaient sans le savoir dans les bas-fonds de Buenos Aires.

Une seconde rencontre suivra en 2015, en marge de la présentation d’une association d’aide à l’enfance soutenue par Maradona. Un nouveau rendez-vous avec le pape à l’issue de laquelle il salue « un pape fantastique ».

Dans un livre paru en France, « Un temps pour changer » (Flammarion), le pape fait d’ailleurs allusion à ce soir de 1986 où l’Argentine a remporté la Coupe du monde de football. Le père Jorge Mario Bergoglio réside alors en Allemagne, où il travaille à sa thèse de théologie.

« Je ne voulais pas voir le match et j’ai su que nous avions gagné seulement le lendemain, en lisant le journal. Personne dans ma classe d’allemand n’en a parlé, mais quand une jeune fille japonaise a écrit « Vive l’Argentine » au tableau, les autres ont ri. Le professeur est entré, a dit de l’effacer et le sujet fut clos. » Une situation qui a représenté pour le pape un moment de forte solitude, affirme-t-il également dans ce livre.

« C’était la solitude d’une victoire seule, parce qu’il n’y avait personne pour la partager ; la solitude de ne pas appartenir, qui fait de toi un étranger. On t’enlève de là où tu es et on te met dans un lieu que tu ne connais pas, et où peu à peu tu apprends ce qui compte vraiment dans l’endroit que tu as quitté ».

Quant à Maradona, il avait affirmé à plusieurs reprises que c’est grâce au pape François qu’il s’était rapproché de l’Église, après s’en être éloigné pendant un temps.

A noter que le cortège funéraire de Maradona avait quitté le palais présidentiel jeudi 26 novembre en fin d’après-midi. 60 kilomètres séparent le cœur de Buenos Aires du lieu des obsèques. Tout le long du parcours, des milliers d’Argentins sont venus lui faire leurs adieux. Aux abords du cimetière, il régnait même une ambiance de soir de grand match. C’est en tout petit comité que Diego Maradona a été inhumé à l’abri des caméras, sous une tente. Il repose désormais dans le caveau familial, aux côtés de ses parents. Maradona en Argentine, c’est une attraction touristique. Pour les Argentins, il est un peu plus grand que ça. Il a quelque chose de spirituel, presque religieux. En témoignent par exemple tous les hôtels qui fleurissent un peu partout dans Buenos Aires, depuis sa mort, devant les lieux où Maradona a vécu, devant les stades où Maradona a joué. Le cimetière de Bellavista va devenir un lieu de pèlerinage pour les Argentins, pour les fans de football du monde entier

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