Le tapis de chœur de Notre-Dame au Mobilier national à Paris

19-09-2019 12:52 PM


A l’occasion de la 36e édition des Journées européennes du patrimoine sous le thème « Arts et divertissement », le tapis monumental de Notre Dame très rarement déployé était l’une des attractions de ce week-end. Les visiteurs du Mobilier national pouvaient voir, dans la grande salle des réserves, ce chef d’œuvre de tissage du XIXe siècle.

 

Mesurant près de 27 m de long pour 7 m de large, tissé de laine aux couleurs chatoyantes, le tapis de chœur est un exemple parfait du savoir-faire des manufactures françaises.

Concernant son histoire, il serait important de noter que l’intendant général du Garde-Meuble de la Couronne, Armand Thierry (1773-1844), baron de Ville-d’Avray, propose en mars 1825 de décorer le chœur de Notre-Dame de Paris par un tapis décent pour les jours où le roi y assiste à une grande cérémonie. Il précise que le tapis devrait être fait en deux parties, une de 11 mètres, l’autre de 13 mètres.

Le 16 avril 1825, le duc de Doudeauvilleministre de la Maison du Roi, autorise la réalisation du dessin et du modèle en grand. Le baron de Ville-d’Avray charge alors Jacques-Louis de la Hamayade de Saint-Ange (1780-1860), dessinateur du Garde-Meuble de la Couronne de faire un dessin de tapis de style gothique pour le chœur de l’église Notre-Dame. Charles-Adrien Devertu, peintre des Gobelins, fait le modèle en grand.

Il est alors commandé par Charles X. Le tissage commence le 15 septembre 1825 à la manufacture de la Savonnerie qui se trouve encore sur la colline de Chaillot sur le plus grand métier de haute lisse (3,48 m de haut et 11,70 m de largeur). La même année, par mesure d’économie, la Manufacture de la Savonnerie est rattachée à la Manufacture royale des tapisseries des Gobelins. Ce rattachement va entraîner le transport des huit métiers à tisser de la Savonnerie vers les Gobelins, à démonter, ployer et remonter les tissages en cours, dont le tapis de chœur, le 15 janvier 1826. La bordure de la première partie du tapis est presque terminée. Pour accélérer la réalisation du tapis on décide d’utiliser au total quatre métiers à tisser : Le deuxième métier a été monté le 1er juillet 1826 pour la partie inférieure de la croix, Le troisième métier a été utilisé à partir du 1er avril 1827 pour la partie de la croix portant les armes de France, Le quatrième métier réalisant à partir du 15 janvier 1828 la partie du tapis comportant les cornes d’abondance.

Ces quatre parties ont été achevées successivement et ont été rentrayées deux à deux.

Après la révolution de juillet 1830, le départ de Charles X et l’arrivée de Louis-Philippe Ier, les fleurs de lys ont été supprimées.

Le tapis est présenté au Louvre, en mai 1838, à l’exposition des productions des manufactures royales. Il est livré en septembre 1838 par la manufacture des Gobelins au Garde-Meuble de la Couronne.

Le roi Louis-Philippe offre le tapis à la cathédrale en 1841, à l’occasion du baptême de son petit-fils, le comte de Paris. Il est sorti de l’inventaire du Garde-meuble de la Couronne en mai 1843.

À la demande de l’archevêque de Paris, les deux parties sont rentrayées en 1843 par le Mobilier de la Couronne pour former un seul ensemble.

En 1893, le conseil de fabrique de la cathédrale demande de supprimer la réunion des deux parties car il ne sert « que deux fois l’an, à Pâques et à l’Assomption, à cause des frais trop considérables qu’occasionnent sa pose et sa remise en place ».

Le tapis de chœur a été utilisé à l’occasion de toutes les grandes célébrations: Le 1er juillet 1852, il est posé pour un Te Deum pour l’élection du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte. Il est utilisé pour le mariage de Napoléon III avec Eugénie de Montijo et pour le baptême du prince impérial.

En 1894, le conseil de fabrique signale que l’état du tapis est fort endommagé à l’une de ses extrémités lors des travaux de restauration de la cathédrale exécutés sous la direction de M. Viollet-le-Duc. Les travaux de restauration sont faits aux frais de l’État. La partie endommagée, sous la châsse, est retirée. Des bandes lisses tissées par la manufacture de la Savonnerie encadrent la découpe. Cette découpe comprenait les cercles gothiques en or sur fond orange et le piédestal supportant la châsse composé de petites colonnes et d’ogives. Le tapis réparé est posé dans le chœur pour la visite du tsar Nicolas II, le 2 octobre 1896. Le 7 octobre, l’archevêque de Paris Richard accueille le tsar et la tsarine, accompagnés du président de la République Félix Faure.

Le tapis a été utilisé pour la première messe télévisée de Noël 1948. Il est encore posé en 1980 pour la visite du pape Jean-Paul II à la cathédrale de Paris.

Il est présenté dans la nef centrale, en janvier 2014, en même temps que les ornements « en drap d’or » offerts à la cathédrale par Charles X et Louis-Philippe Ier ainsi qu’une chape et chasuble de l’ornement « Napoléon III ».

Au moment du récent sinistre, ce tapis de laine de 25 m sur 7,35 m était conservé, en deux parties, de part et d’autre du chœur dans des caisses qui l’ont protégé du plomb fondu et des bois enflammés. Mais lorsqu’il a été évacué, six jours plus tard par le Mobilier national, on craignait qu’il ne pourrisse rapidement à cause de l’eau qui l’imprégnait. Laquelle avait drainé avec elle poussières, matières grasses et cendres de bois brûlé. Alors que d’ordinaire, son poids est d’une tonne, là il en pesait trois. Une fois déroulé, il a fallu le sécher dans une gigantesque soufflerie, puis le congeler pour éviter la prolifération des moisissures. Le replier a été compliqué, il fallait le faire entrer dans un grand conteneur réfrigéré, dont la température a été abaissée progressivement à – 35 degrés. Cette opération-là a duré 24 heures.

Débutera après l’exposition sa restauration qui devrait durer plusieurs mois. Celle-ci doit faire disparaître ses auréoles d’humidité, ses déchirures dans la trame, ses tâches et ses trous provoqués par les mites.

Prestigieux mais mal connu, le Mobilier national et ses différentes annexes tentent de mieux se faire connaître: ici sont conservés, restaurés des meubles, tapisseries et tapis précieux, mais sont aussi réalisées de nouvelles créations.

Le Mobilier national a organisé ainsi une visite exceptionnelle, reflet de l’excellence de savoir-faire d’exception et de la vitalité de la création artistique et du design contemporain.
Pour la deuxième année consécutive, l’institution a ouvert les portes de l’édifice moderne construit par Auguste Perret, dans le XIIIe arrondissement de Paris et dévoile un lieu habituellement fermé au public.
Le visiteur était invité à découvrir les trésors de l’institution dans ses réserves où est entreposée l’une des plus riches collections de meubles au monde. Les ateliers de restauration et de création avec les manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, au cœur de la création depuis 400 ans, étaient également ouverts à la visite.

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